‹ Le procès des DantonistesChapitre 29 sur 37 · PREMIER FAIT · texte numérisé non relu

PREMIER FAIT

Saint-Just avait fait son rapport contre Danton, Camille Oesmoalins, et autres, dans la journée du 11 germinal, au nom des comités de Salut public et de Sûreté générale.

La Convention, qui n'avait point encore déterminé les formes qu'elle a cru devoir prendre depuis, pour la mise en jugement de ceux de se? membres prévenus de crimes, sans rien statuer sur les

faits contenus dans ce rapport, les avait purement et simplement décrétés d'accusation et renvoyés, au tribunal révolutionnaire pour y être jugés.

Tout le monde se rappelle Tétat de stupeur dans lequel Tarrestation et le décret d*accusation portés contre des hommes qui avaient rendu de si grands et de si importants services à la Révolution, avaient jeté tous les patriotes : « Danton, Camille, des traîtres!... « vouloir rétablir la royauté, eux qui Tout détruite ; eux qui ont a tout sacrifié pour le bonheur du Peuple et la République !...Non, u cela n'est pas possible, disaient tous les Patriotes ; la haine, la « jalousie, la calomnie, la médiocrité les poursuit... On veut les a perdre, les sacrifier!... «

Ce doute respectable, produit par l'amour de la justice et la reconnaissance de grands services rendus à la patrie, pouvait amener des événements, dont le résultat n'eût pas été à l'avantage des projets de leurs ennemis, il fallait le détruire, il fallait enfoncer le poignard de la conviction dans le cœur de leurs amis, qui étaient tous ceux de la patrie. Billaud-Varennes se chargea du rôle : il était digne de lui.

Il monta à la tribune dés Jacobins ce même jour-là, \ 1 germinal, et donnant à sa voix cet accent sombre et funèbre qu'on lui connaît : c Au silence qui règne dans cette enceinte, je vois que, a comme moi, un sentiment pénible et douloureux afflige vos «< âmes... Il vous en coûte, sans doute, de croire que des hommes « qui ont si longtemps joui de votre estime, qu'ils avaient captée « par les services qu'ils paraissaieat rendre à la liberté, soient des a traîtres, des conspirateurs!... Eh bien! apprenez à les con- « naître... les scélérats!... »

On fait la lecture du rapport perfide et fallacieux de Saint-Just. Billaud en fait le commentaire le plus astucieux ; il présente comme prouvés, des faits qui n'étaient qu'en question. Enfin, pour arracher, étouffer même jusqu'à la pitié dans les cœurs les plus sceptiques, sécher les pleurs qu'elle faisait couler.... Connaissez ces scélérats tout entiers : sachez, quoiqu'il n'en soit nullement question dans le rapport qu'on vient de lire, qu'il existe au comité de Salut public, qui ont été saisies et que j'ai en ma possession, comme membre de ce Comité, plus de quatre-vingts pièces écrites, qui prouvent matériellement l'existence de la conspiration formée pour rétablir la royauté, et de laquelle ils étaient les chefe; que les comités de Salut public et de Sûreté générale, pour ne laisser absolument aucun doute dans l'esprit de qui que ce soit, sur les projets de

ces infâmes conspiratenrs, va faire imprimer et disiribneri avec la pins grande profasion, toutes ces pièces.

Hélas I cette assertion produisit l'effet que Billaud en attendait... a il existe des preuves, disaient» d'un air consteruô, les Patriotes, « en essuyant leurs larmes, qui constatent que ce sont des traîtres, « des conspirateurs! Qui Taurait cru?... Cependant, si le fait est « yrail... » Eh bien; eh bien, plus de pitié pour eux I qu'ib meurent!... Quelques-uns seulement disaient en baissant la tète et les yeux humides : « Mais atteodons ces pièces... ne les condamnons pas u avant de les avoir vues!... » Je répétais la même chose, il est mon ami, je le crois incapable de conspirer, de trahir sa Patrie, la cause du Peuple; mais si les preuves dont on parle existeot! si elles constatent qu'il est un conspirateur!... Je l'ai dit, je l'ai juré; je prononcerais; que dis-je? j'immolerais moi-même au salut de ma Patrie, de la République, tout ce que j'ai de plus cher au monde, mon père, ma femme, mes enfants, s*ils conspiraient contre elle... Ah ! si celui que mon cœur chérissait est un traître... qu'il meure!...

Ils sont mis en jugement, le 14, à dix heures du matin. On £ût lecture du rapport de Saint-Just, qui tient lieu d'acte d'accosa* tion.

On attendait celle des pièces annoncées par Billaud, et leur distribution... On n'en parla point... La journée se passa en des discussions de pure forme.

Le lendemain 15, on était dans la même attente: il n'en fut pas question.

Le 16, les accusés parurent au Tribunal : ils furent renvoyés un instant après, et environ deux heures après jugés et condamnés, sans qu'il eût été nullement question dans la procédure des pièces annoncées par Billaud : on n'eu a pas entendu parler depuis.

Billaud, tu as dit que c'était toi qui avais dénoncé I>anton... Il avait été ton bienfaiteur, ton ami, il était le mien. Tu connaissais ses vertus privées. Tu savais, malgré ce qu'en a dit le fourbe Saint- Just, combien il était bon fils, bon frère, bon mari, bon père, boa ami ; combien son âme était sensible, franche, généreuse : ta Ta* vais éprouvé par toi-même; tu étais malheureux, ainsi qae t& femme ; il vous avait obligés ; il vous avait ouvert son cœur et sa main... Billaud, Billaud, tu as fait un grand acte de vertu, s'il était coupable ; la reconnaissance dans les âmes sensibles est, pent-ètre» plus difiicile à effacer que les sentiments de la nature... Ta as vaincu Brutus... mais s'il était innocent?*.. Si l'ingiatitade... sil« haine... si la jalousie... si l'envie... Ah! si tu ne t'empresses de

prodaire ces preuves matérielles de la conspiration annoncées par toi, ou de dire ce qu'elles sont devenues. Dis, dis-moi, sous quels traits te peindre, sinon sous ceux qui ont servi de modèle an fameux tableau de la vengeance d'Ape/2e, dont la vue seule épouvanta ses concitoyens, et dans lequel il avait représenté Tenvie, la calomnie, la jalousie et ringratitude, traînant par les cheveux et égorgeant sur Fautel de la vengeance, l'innocence, l'humanité, la bienfaisance et l'amitié trahies ; car, encore un coup, il faut bien le dire, mille témoins sont là pour l'attester; on ne trouve rien qui ressemble aux preuves que tu as annoncées dans le procès de ces infortunés, desquels, il est encore bon que tu le saches, on a recueilli religieusement jusqu'à la moindre expression, jusqu'au plus léger soupir...

Tu diras aussi, Billaud, ce qu'est devenu ce Roi, que tu avais également, par le même motif, sans doute, annoncé à la même tribune, avoir été choisi et nommé par Ronsin et ses co -accusés, pour le placer sur le trône brisé de Gapet, et que les comités de Salut public et de Sôreté générale avaient fait arrêter et tenaient en prison; car tu sens bien que ces animaux-là, quels qu'ils soient, ne doivent point habiter la terre des hommes libres.

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