‹ Le procès des ministresChapitre 103 sur 151 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

avaient des tribunes réservées. Une foule compacte remplissait les tribunes publiques. Parmi les hommes appelés à tenir un rôle dans ce grand débat, cette foule désignait les plus illustres : entre les pairs, ceux qui avaient été les juges du maréchal Ney ; au fauteuil , ce fin et habile baron Pasquier, qui préludait à sa glorieuse présidence de dix-huit ans par une épreuve solennelle de laquelle il devait sortir victorieux ; au banc des commissaires, placé à la gauche du président et faisant face aux accusés, MM. Bérenger, Madier de Montjau et Persil, solennels et graves, revêtus de l'ancien costumQ des députés, dont les manches et le collet n'étaient plus ornés des fleurs de lys; sur les bancs de la défense, M. de Martignac avec son visage sympathique et doux, encadré de longs cheveux et qui trahissait par sa pâleur les émotions de l'ancien ministre sur qui portait la plus lourde part dans la responsabilité de la défense; M. Paul Sauzet, avec sa haute taille, mince et flexible, ses traits altérés et son regard brillant; MM. Hennequin et Crémieux, alors dans tout l'éclat d'une célébrité que la politique laissait encore intacte.

11 fut procédé d'abord à l'appel des pairs : trois cent soixante -trois répondirent; vingt -neuf étaient absens : dix-neuf excusés pour des motifs de santé,

trois parce qu'ils étaient retenus loin de Paris par des missioDS diplomatiques ; le duc de Gramont, à cause de sa parenté avec l'un des accusés ; le maréchal Soult et le comte 'de Hontalivet, à raison de leurs fonctions ministérielles ; Tabbé de Hontesquiou, par suite de son caractère ecclésiastique; MM. de Sémonville, de Glandëves et de Ghabrol-Grouzols, parce qu'ils figuraient au procès comme témoins.

Après cette formalité, on introduisit les accusés. Leur attitude imposa sur-le-champ le respect. H. de Polignac souriait en adressant autour de lui quelques saluts ; H. de Ghantelauze se traînait avec peine et semblait accablé ; H. de Peyronnet affectait un air affligé, qui n'enlevait rien à sa fierté. Quant à M. de Guernon-Ranville, après avoir serré la main de son défenseur, il se plongea dans la lecture d'une brochure, affectant de ne rien regarder de ce qui se passait autour de lui.

La cause s'ouvrit par les questions d'usage aux accusés. Après y avoir répondu , ils déposèrent les protestations et les réserves qu'ils avaient déjà faites touchant l'incompétence de la cour, et que leurs défenseurs devaient développer. Puis, le président donna la parole au2 commissaires de la chambre des députés. L'un d^eux, M. Bérenger, exposa d'abord

Page 1