LIVRE DEUXIÈME
M. de Sémonyille et M. d'Ârgout proposèrent au maréchal d'arrêter les ministres. M. d'Argout se chargeait de faire connaitre à la population de Paris la nouvelle de cette arrestation pendant que le duc de Raguse et M. de Sémonville iraient expliquer leur conduite au roi. Les indécisions du maréchal empêchèrent la réalisation de ce projet. H. de Sémonville et H. d'Argout partirent alors, suivis des ministres, pour Saint-Gloud, où ils virent le roi, et les ordonnances furent retirées.
Dans sa déposition, écoutée religieusement, le grand référendaire de la cour des pairs n'avait trahi aucun des détails de son entrevue avec le roi , détails dont il n'était pas question dans sa déposition écrite et qui par conséquent étaient complètement ignorés des juges comme du public. Sur l'observation du président qui fit délicatement allusion au serment de dire « toute la vérité » prêté par le témoin, ce dernier reprit :
(( Je crois, j'ai toujours cru que les résolutions que je voulais combattre en entrant dans le cabinet du roi étaient personnelles, anciennes, profondes, méditées, le résultat d'un système tout à la fois politique et religieux. Si j'avais eu un doute à cet égard, il aurait été entièrement dissipé par ce dou-
louieax entretien. Toates les fois que j'ai approché da système da roi , f ai été repoussé par son inébranlable fermeté; fl détoomait les yeox des désastres de Paris, qa'il croyait ezagâ^ dans ma bouche, il les détournait d'an ange qui menaçait sa tète et sa dynastie. Je ne sois parvenu à sa résolution qu'après avoir passé par son cœur, lorsqu'après avoir tout épuisé, j'ai osé le rendre responsable envers luimême du sort qu'il pouvait réserver à M** la daupbine, peut-être élwgnée i dessein dans ce moment; lorsque je le forçai d'entcyidre qu'une beure, une minute d'bésitation pouvait tout compromettre, si les désastres de Paris parvenaient sur son passage dans une commune ou dans une cité, et que les autorités ne pussent pas la protéger. Je le forçai d'entendre que lui seul la condanmait au seul malbeur qu'elle n'eût pas encore connu, celui des outrages d'une population irritée. Des pleurs ont alors mouillé les yeux du roi; au même instant, sa sévérité a disparu, ses résolutions ont cbangé, sa tête s'est baissée sur sa poitrine; il m'a dit d'une voix basse, mais très émue : « Je vais dire à mon fils d'écrire et d'assembler le conseil. »
A la suite de cette importante révélation, H. de Polignac, pressé d'en détruire l'eflTet, demanda à y