‹ Le procès des ministresChapitre 108 sur 151 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

répondu : « Eh bieni il faut aussi tirer sur les troupes. »

La déposition de H. Ârago causa dans Tauditoiro une certaine émotion. H. de Martignac, se levant au milieu du trouble de l'assemblée, fit observer à la cour que le témoin n'avait pas entendu lui-même cette criminelle parole et que le témoignage direct de M. Delarue ne pouvait malheureusement être invoqué, cet oilicier se trouvant à l'étranger.

Mais de toutes les dépositions, la plus impatiemment attendue et la plus émouvante fut celle du marquis de Sémonville. Le grand référendaire de la cour des pairs avait à raconter la démarche que le 28 juillet il avait faite, en compagnie de son collègue M. d'Argout, auprès des ministres d'abord, à Saint- Cloud ensuite. Il entra pâle, chancelant, accablé par le poids de sei^souvenîrs plus encore que par la vieillesse, et, s'appuyant contre le dossier d'un fauteuil apporté à son intention, il commença son récit. Dans sa physionomie, dans sa parole, dans son attitude, dans son geste, il y avait une solennité apprêtée , un peu théâtrale , bien conforme d'ailleurs au caractère de ce spirituel et malin personnage duquel on disait qu'il était un incomparable comédien ; mais sa relation traitait d'événemens d'un si puissant inté-

rèt qae l'âiiotioD qa'îl laissait voir en pariant devait être anssi sincère qae celle qu'on ressentait autour de loi en Técoutant.

Il raconta donc commoit, le 28 juillet, il s'était rendu à Tétat-major où il avait trouvé le maréchal Mannont en proie au plus visible désespoir; comment ayant demandé à vmr le prince de Polignac, et ce dernier étant venu, il lui avait parlé o avec une violence qui touchait presqu'à l'outrage » en lui enjoignant d'arrêter l'effiaâon du sang. « L'élévation de ma voix et de celle de H. d'Ârgout, dit-il dans son récit, amena dans le salon ob nous étions, d'une part les officiers généraux et les officiers de l'étatmajor qui étaient dans la première pièce, et de l'autre tous les ministres. Dès ce moment l'entretien, la discussion, je ne pourrais pas dire la dispute, devint général. On pria les officiers de se retirer, et nous restâmes avec les ministres. » Dans ce conseil, M. de Polignac, supplié par le témoin de faire cesser les hostilités, se retranchait derrière l'autorité du roi, « toujours avec le même calme et la même poli* tesse. Les autres ministres semblaient être de notre opinion, mats craignaient de la manifester, à ce qu'il nous a paru. » Enfin M. de Polignac demanda à se retirer pour délibérer avec eux. Pendant ce temps.

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