LIVRE PREMIER
plus contradictoires, M. de La BourdonnayeS non corrigé de ses défauts, non repentant de ses erreurs, plus acharné que jamais à détruire toute liberté, symbolisait aux yeux du pays cette chambre de 1815 dont il représentait les passions les plus odieuses et les folles ardeurs de l'extrême droite, auxquelles l'accentuation de ses propres violences avait plus d'une fois puissamment contribué à donner un caractère jacobin. Plus jeune que lui de quelques années, tour à tour chouan et bonapartiste, soldat de l'empire qu'on l'accusait d'avoir trahi, et soldat de la royauté pouf laquelle il ne pouvait être une force, le général de Bourmont' rappelait les malheurs de la patrie pen-
1. Né à Angers en 1767, mort au château de Mésangeau (Maineet-Loire) en 1839. Émigré, officier à l'armée de Condé, siégea dans la chambre des députés de 1815 à 1830 et fut un des membres les plus violons de Textrêmo droite.
2. Né en 1773, au château do Bourmont (Maine-et-Loire), mort ou 184(>. Officier aux gardes françaises à T&ge de seize ans, puis émigré, aide de camp du princo de Condé, commanda des bandes vendéennes, se rallia en 1808 à Pempire, servit avec distinction dans Tarmée, et, après la défense do Nogent en 1814, fut nommé général de division. Après lo retour de l'Ile d'Elbe, il accepta de Napoléon un commandement, qu*il abandonna trois jours avant la bataille de Waterloo, pour se rallier à Louis XVIII. En 1830, il prit, comme ministre de la guerre, le commandement de l'expédition d'Alger et fut fait maréchal de France après la prise de cette ville. Après 1830, il quitta la France, n'y rentra qu'en 1832 pour tenter de soulever la Vendée et seconder la duchesse de Bcrry. Il alla combattre ensuite en Portugal pour don Miguel, mais sans
dant les cent-jours, dans ce qu'ils avaient eu de plus douloureux pour l'orgueil national et de plus fatal. Telles étaient les personnalités dirigeantes du nouveau cabinet, celles qui lui donnaient sa signification précise et à côté desquelles ses autres membres, M. de Courvoisier^ et M. de Chabrol S qu'on savait résolus à ne s'associer à aucune mesure contre le régime légal, M. de MontbeP et M. d'Haussez^, que le public connaissait à peine, ne devaient tenir qu'un rôle de second plan.
Quand on se reporte à ces temps agités et lointains qui ont continué jusqu'à nous la formidable crise politique et sociale ouverte au siècle dernier, on est tenu de reconnaître que les gouvernemens subissent comme les peuples la folie et l'aveuglement. Le 8 août 1829, le chevaleresque mais imprévoyant Charles X, en appelant au pouvoir des hommes passionnément dévoués à sa couronne, y mit du même
plus de succès, et rentra ensuite en France, où il vécut oublié Jusqu'à sa mort.