LIVRE DEUXiÈMi
Bârrot. Le maréchal Soult, dont la place eût été naturellement dans ce conseil, se tenait en permanence au ministère de la guerre afin d'être prêt à donner les ordres nécessités par les incidens qui se pressaient d'heure en heure et d'en surveiller l'exécution*.
La conférence s'ouvrit sous la présidence du général de Lafayette. Après un exposé de la situation de Paris, présenté par le ministre de l'intérieur, et sur la proposition du baron Pasquier, il fut unanimement décidé qu'aussitôt après la clôture des débats engagés devant la cour, et avant que les pairs entrassent dans la chambre du conseil, les anciens ministres seraient immédiatement conduits, par un petit escalier communiquant directement avec le jardin du Luxembourg, jusqu'à des voitures destinées à les ramener à Yincennes, en traversant ce jardin uniquement occupé par la troupe de ligne.
Le général de Lafayette ne se rallia pas à ce plan sans le discuter avec vivacité. L'occupation du jardin
1. Une connaissance approfondie des passions et des tendances qui animaient les personnages du temps que nous racontons permet de croire que si le maréchal Soult n'assista pas à cette conférence, c'est que ses collègues du ministère négligèrent à dessein de le convoquer, les hommes dont il aimait alors ii s'entourer et qui exerçaient sur lui une influence quelquefois peu conforme aux intérêts politiques du gouvernement étant notoirement hostiles aux autres membres du cabinet.
par la ligne et Texclusion de la garda nationale étaient à ses yeux une injure pour celle-ci, une insulte à la générosité du peuple. Il alléguait que ces mesures, dictées par la défiance, deviendraient non un acte de sagesse, mais une sorte de déQ propre à exciter les colères et non à les apaiser :
(( Vous employez trop d'armée et pas assez de peuple, » répétait-il.
Mais il dut renoncer à convaincre la majorité de ses auditeurs, et finit par céder. Il consentit, quoiqu'à regret, à ce que la troupe de ligne occupât seule le jardin à l'heure où les anciens ministres devaient le traverser.
De son côté, le baron Pasquier, pour mieux assurer le succès de ce plan si simple et si facile, devait s'efforcer de bâter la fin des débats publics, afin que le transfèrement , qui surexcitait et ameutait tant de mauvaises passions, eût lieu dès la première beure de l'après-midi , bien avant le moment présumé par l'attente publique.
On arrêta encore toutes les mesures militaires que dictait la prudence. Des postes devaient être échelonnés entre le palais du Luxembourg et le château de Vincennes, sur la route qu'avaient à parcourir les anciens ministres, afin de prêter au besoin aide et