‹ Le procès des ministresChapitre 122 sur 151 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

secours à leur escorte. Cette escorte devait se composer de deux escadrons de cavalerie. Elle attendrait les prisonniers aux grilles, du côté de l'Observatoire, avec des voitures et des chevaux que M. de Sémonville se chargeait d'y faire conduire. Le président signa, séance tenante, l'ordre de transfèrement. Le général de Lafayette signa également cet ordre, dont on décida de conQer l'exécution au général Fabvier.

D'ailleurs, le général de Lafayette annonçait le projet de passer la journée sur le théâtre des événemens, comme à un poste de combat. Mais on peut voir déjà dans quelles dispositions d'esprit, indécises et contraires au ferme accomplissement d'énergiques résolutions^ il se rendait à son poste. Il avait adhéré au plan adopté par le gouvernement pour la journée du lendemain. Il y avait adhéré, contraint et forcé, mais se disant à part lui et donnant à entendre qu'en retour de cette concession, il exigerait de Louis-Philippe une politique nouvelle, rigoureusement conforme à ce qu'on appelait alors : le programme de l'Hôtel de Ville. C'est ce sentiment que trahissait sa parole quand, à l'issue de la conférence qui vient d'être rapportée, ramenant le général Sébastiani au ministère des affaires étrangères, il lui disait :

(( \oas le voyez, je fais ce qae voas roulez; mais c'est sous la condition que l'on changera de gouvernement et que la chambre des pairs aura un noaveau personnel ^ »

Nous verrons ces exigences reparaître plus impérieuses et se formuler avec énergie quelques jours plus tard, dans la nuit qui suivit la démission du commandant général des gardes nationales de France. Mais, dès ce jour, elles étaient dans son esprit, dans son cœur, et surtout dans l'entourage par lequel il se laissait dominer; elles y étaient assez puissantes pour qu'il oubliât en une nuit l'assentiment qu'il avait donné au plan du ministère et la promeisse qu'il avait faite d'en seconder l'exécution.

Quoi qu'il en soit, il est permis d'affirmer que du côté du gouvernement, nulle précaution n'avait été négligée. Tout était calculé et prévu, et, malgré l'inquiétante gravité des rapports de police que M. de Montalivet trouva au ministère de l'intérieur en y rentrant, il pouvait espérer que la journée du lendemain s'écoulerait, sinon paisible et sans émotions, du moins sans accident. Toutefois, les notes parvenues au gouvernement dès le matin, les prédictions

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