LIVRE PREMIER
Cette année fut véritablement une année fatale. Rien ne réussissait au ministère. L'expédition d'Alger elle-même, au moment de devenir pour la Restauration un titre de gloire impérissable, fut impuissante à arrêter les ardeurs de cette Fronde nouvelle, ni ce mouvement désastreux qui détachait d'heure en heure de la dynastie ceux qui s'étaient dévoués pour elle et qui, loin de vouloir sa chute, avaient longtemps rêvé d'en faire l'inébranlable fondement d'un régime d'ordre et de liberté.
Un incident singulier autant que dramatique acheva d'ameuter contre elle les colères des partis. Des incendies, que leur nombre et les circonstances dans lesquelles ils se produisirent ne pouvaient faire attribuer qu'à une malveillance inspirée par les plus détestables calculs, éclatèrent en Normandie au commencement de 1830. Du 18 février au 7 juillet, on n'en compta pas moins de cent soixante-dix-huit dans les trois départemens du Calvados, de la Manche et de l'Orne , formant le ressort de la cour de Gaen^ Des mains inconnues lançaient des fusées sur les chaumes des habitations, dans les granges, sur les meules de paille éparses dans les champs. Les