LIVRE DEUXIÈME
tendait à une condamnation capitale et ne dissimula qu'imparfaitement un mouvement de satisfaction. Quant à H. de Gbantelauze, il se retourna vers M. de Guernon-Ranville et lui dit avec simplicité : « Eh bien , mon cher, nous aurons le temps de faire des parties d'échecs. »
Dans Paris, la nuit s'était écoulée assez calme, troublée seulement par la marche des patrouilles et les rumeurs des troupes campées autour de grands feux sur les quais et dans les rues entre le Luxembourg et le Pont-Neuf. Les attroupemens qui avaient menacé gravement la sécurité publique s'étaient dispersés vers minuit, sans se montrer irrités du transfërement des ministres et de leur condamnation, bien qu'elle semblât trop clémente à la plupart de ceux qui l'attendaient depuis la veille. Mais au matin, ces dispositions pacifiques se modifièrent. On put même
salon de M. Coste, directeur du TempSy comme quoi M. de PoUgnac, peu au courant des lois de son pays, avait cru quo la mort civile signifiait Texécution capitale par la guillotine, par opposition à Toxécution militaire par les armes. Bi. Sauzet riait en racontant cette particularité qu'il déclarait parfaitement exacte. » Saos couteàter l'authenticité de ce trait, qui peiat bien d'ailleurs Tancion président du conseil, nous ferons remarquer que Tun de ses compagûons d'infortune, M. de Guernon-Ranville, s'est abstenu d'y faire allusion, encore qu'il ait constaté dans ses Mémoires l'effet que fit sur les condamnés la lecture du jugement.
Iti
craindre que les proclamations da général de Lafayette et de H. Odilon Barrot. apposées dès le matin sur les murs de la capitale afin de remercier la garde nationale et la ligne de leur attitude de la veille et de rassurer la population, ne fussent impuissantes à contenir des passions que surexcitaient sans relâche les propagateurs de désordre.
Il est vrai que celle du préfet de la Seine semblait plutôt faite pour déchaîner ces passions que pour les contenir. C'étaient toujours les mêmes flatteries adressées à la foule, les mêmes complaisances pour la vanité populaire. Il n'était fait aucune allusion à l'attitude factieuse des partis, à l'attitude courageuse de la cour des pairs. Qu'un préfet ait pu tenir un tel langage sans être destitué sur-le-champ, cela ne peut s'expliquer que par la diflSculté de passer d'une phase révolutionnaire à une phase d'ordre. Les rassemblemens de la rue devinrent bientôt si tumultueux que le rappel fut battu. La garde nationale reprit les armes et demeura en permanence sur les points menacés, au Luxembourg, aux Tuileries et au Louvre. Gomme au 18 octobre, le gouvernement redoutait une marche sur Tincennes. Des rumeurs sinistres circulaient. On disait que la troupe se laissait désarmer, que l'artillerie de la garde nationale