‹ Le procès des ministresChapitre 134 sur 151 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

discutait en ce moment lui fournit l'occasion qu'il cherchait de les prendre publiquement et, au lendemain de la crise dont nous avons raconté les péripéties, d'exposer le pays à une crise nouvelle dont on ne peut apprécier la gravité qu'en se souvenant de la popularité du général, de son influence, de son rôle pendant les Journées de Juillet, de la pari qu'il avait eue à la fondation du nouveau gouvernement, — crise redoutable, si elle se fût prolongée et si l'esprit de résolution qui avait présidé à l'enlèvement des ministres dans la journée du 21 décembre n'eût dénoué en quelques heures les difficultés que la démission du commandant général faisait naître.

La chambre, après des débats qui duraient depuis plusieurs jours, venait d'aborder l'examen de l'article 50 de la loi ayant pour objet la réorganisation de la garde nationale. Cet article emportait la suppression du commandement supérieur que le général de Lafayette avait exercé pendant cinq mois dans une situation exceptionnelle, mais qui, de son propre aveu, devait prendre fin avec cette situation elle-même, à moins de créer dans l'état un pouvoir rival de celui du parlement et de celui de la couronne. La commission de la chambre et son rapporteur, M. Charles Dupin, s'étaient montrés à cet égard intraitables, plus

intraitables même que le gouvernement. Par considération pour le général et par crainte que la sup* pression de son commandement ne déchaînât des passions encore menaçantes, le ministère, d'accord avec le roi et appuyé par un certain nombre de députés, était désireux de trouver une solution qui donnât satisfaction aux principes et permit à Louis- Philippe de donner à l'homme dont la popularité était alors si puissante un témoignage éclatant de confiance. La commission, au contraire, avait écarté tous les amendçmens que divers membres de la chambre étaient venus développer devant elle. M. Charles Dupin les combattit à la tribune avec la même rigueur, quand l'article 50 permit à leurs auteurs de les présenter de nouveau et de les défendre. Ceux de MM. de La Rochefoucauld et de Yauxelles furent repoussés.

C'est alors que M. Eusèbe de Salverte déposa une proposition additionnelle, portant que les fonctions du commandement général cesseraient avec les circonstances qui les avaient rendues nécessaires. Malgré l'opposition du rapporteur, qui combattit énergiquement la forme et le fond de la proposition, le gouvernement, par Torgane du ministre de l'intérieur, fit mine de s'y rallier, en provoquant une ré-

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