‹ Le procès des ministresChapitre 135 sur 151 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

daciion qui, loin de mettre un terme au commandement du général de Lafayette, laissait le roi juge de la nécessité de le maintenir ou de le supprimer. Mais M. Charles Dupin, inébranlable dans son opposition à toute modification apportée au projet de loi, écartant d'ailleurs les questions personnelles et ne parlant qu'au nom des principes, s'éleva vigoureusement contre des idées qui les affaiblissaient ; il s'étonna même de ne pas trouver le ministre de l'intérieur à côté de lui pour défendre la cause qu'il défendait. Le ministre subit sans se plaindre des critiques dont il comprenait la sagesse et qui apportaient après tout au gouvernement un appui destiné à devenir le pivot de sa conduite. C'est alors que M. LalTitte mit en avant l'idée d'un commandement général honoraire, succédant au commandement général eÏÏectif, et cette fois la chambre donna aux propositions du cabinet une adhésion presque unanime. La suppression des fonctions fut votée le 24 décembre, à une imposante majorité.

Quelle allait être, en présence de ce vote, l'attitude du général de Lafayette? En subirait-il sans se plaindre les conséquences? Accepterait-il le commandement général honoraire de toutes les gardes nationales de France et le commandement de celle de

Paris que Louis-Philippe désirait lui voir garder? Adresserait-il au contraire au roi sa démission sans attendre que la chambre des pairs eût ratifié la décision de la chambre des députés? Enfin, si de ces diverses résolutions, il prenait celle que la rumeur publique, dirigée par son entourage, le montrait disposé à accepter, comment la population parisienne accueillerait-elle la nouvelle de sa retraite? Telles étaient les questions qui, dès le 25, se posaient devant le conseil, comme autant d'énigmes grosses de tempêtes et lui causaient d'assez vives appréhensions.

De tous les ministres, le moins alarmé à cet égard était le ministre de Tintérieur. Tenu par situation plus au courant de l'opinion des Parisiens qu'aucun de ses collègues, il croyait avoir acquis la preuve qu'en dépit des apparences, les Parisiens étaient assez indifTérens à la question de savoir si M. de Lafayette resterait ou ne resterait pas à la tète de la garde nationale. Hais, autour de lui, on se montrsdt moins rassuré. Le préfet de la Seine, H. Odilon Barrot, et le préfet de police, «H. Treilhard, affectaient même un pessimisme que son exagération permettait de croire peu sincère et qui exprimait plus encore leur mécontentement personnel que la vérité. Ce

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