LIVRE DEUXIÈME
son cœur. Sa démission élût prête ; mais il ne se déciderait à la rendre définitive que s'il échouait dans la mission qu'il s'était donnée défaire, dans l'intérêt de la liberté, ce qu'il avait fait dans l'intérêt de l'ordre public. Ce qu'il réclamait avant tout, c'était l'exécution des promesses de l'Hôtel de Ville, et au pouvoir, des instrumens et des organes qui les eussent voulues avec sincérité. Il savait que le roi serait respectueux observateur de ses. engagemens. Mais il n'était pas assisté comme il l'aurait fallu pour donner conûance au pays dont le général se croyait le fidèle interprète.
(( La chambre des pairs n'est pas ce qu'elle devait être, ajouta-t-il. C'est un impedimentum et non un moteur. Il faut en nommer une autre peuplée d'amis sincères de la révolution. La chambre des députés doit êti*e dissoute. Enfin, il faut un ministère inspirant confiance au pays. II n'y a qu'un ministre de l'intérieur possible : Odilon Barrot. »
Il disait ces choses sous des formes douces, polies, flatteuses, même pour celui auquel il s'adressait. Que souhaitait-il après tout? Qu'on accueillit ses conseils « inspirés par l'intérêt de la France et celui de la couronne. » S'ils, étaient acceptés, la crise était résolue, car il conserverait son comman-
dément dans les conditions amoindries que loi faisait le vote de la chambre. Le programme de gouvernement, élaboré par les partisans de la politique de laisser-aller, par ces hommes qui, de bonne foi, mais victimes d'illusions funestes, ne voulaient pas voûr les défauts du pays, ce programme, de l'adoption duquel le général faisait une condition sine qua non^ venait d'être exposé dans son ensemble au jeune ministre de l'intérieur.
Il essaya d'y répondre brièvement, insistant sur la nécessité de maintenir les conditions d'ordre, dont la première était la scrupuleuse observation de la Charte de 1830, Il éleva un doute sur l'existence, chez H. Odilon Barrot, de ces qualités d'homme d'état que M. de Lafayette lui attribuait. Puis il s'expliqua, avec une franchise égale au respect qu'il professait pour le général, sur la manière dont les amis de ce dernier comprenaient sa gloire.
Cet entretien fut interrompu, tout à coup, par un officier qui, entrant sans être appelé, venait annoncer au commandant général que les rapports reçus à l'état-major signalaient une vive émotion dans Paris etfaisaientcraindre des manifestations pour le lendemain. Sans s'émouvoir de ces communications dont le but était aussi évident que leur vérité était dou-