‹ Le procès des ministresChapitre 137 sur 151 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

de ses membres auprès de M. de Lafayette afin d'obtenir une réponse précise. MM, Laffilte et de Monta^ livet furent désignés pour cette mission, qu'ils accom* plirent à dix heures du soir.

Le général les reçut avec sa courtoisie accoutumée, dans son cabinet où il sq trouvait seul, ses officiers étant réunis dans une autre pièce. M. LafBtte prit la parole et énuméra les motifs qui, selon lui, devaient détourner M. de Lafayette du dessein qu'il avait manifesté. Il parla longtemps, a II se complaisait volontiers dans les développemens de sa pensée, nous a dit de lui un contemporain. Il était promptement satisfait de ses discours et croyait avoir rempli tout son devoir vis-à-vis de ceux qu'il voulait convaincre, quand, par le nombre, l'enchaînement et la forme de ses argumens, il était arrivé à se plaire à luimême ^ » Il ne doutait pas que le général fût touché par sa parole et se résignât à conserver le commandement de la garde nationale de Paris. Il le lui dit avec éloquence et crut l'avoir convaincu, encore que

1. Il n'est pas saas intérêt de rapprocher de ce jugement, formulé par an homme qui a beaucoup connu M. Laffite, celui que le duc de Richelieu portait sur son compte : u Ce banquier ambitieux, qui se croyait le roi dos Halles et n'était qu'un écervelé, ce sachant ni ce qu'il voulait, ni ce qu'il faisait, capable de ruiner la France et de se ruiner lui-môme par vanité. »

H. de Lafayette ne fit aucone réponse formelle et se retranchât derrière le soin de sa dignité et de sa popularité, ce qui était sa principale force. Le général se contentait d'exprimer des regrets pour les difficultés qu'il causait au roi. Tout à coup, et comme cet entretien, qui avait laissé de côté la vraie question, touchait à son terme, M. Laffitte se leva et les ministres se retirèrent sans avoir une indication positive à rapporter au roi. Hais quand ils furent seuls dans la voiture qui ramenait M. Laffitte au ministère des finances, H. de Montalivet exprima son étonnement. Il ne partageait pas la confiance de son collègue ; il emportait de l'entrevue qui venait d'avoir lieu la conviction que M. de Lafayette ne modifierait pas sa dédsion première. A ces doutes exprimés avec vivacité, M. Laffitte répondit, au moment où il prenait congé du ministre de l'intérieur :

« Betoumez donc chez le général; interrogez-le, et quand il vous aura répondu, sans doute, vous dormirez tranquille. »

Malgré ce qu'il y avût d'un peu ironique dans cette réponse, H. de Montalivet n'hésita pas et revint chez M. de Lafayette, dans le cabinet duquel il rentrait seul, dix minutes après en être sorti avec M. Laf* fitte. Cette fois, M. de Lafayette montra le fond de

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