LIVRE PREMIER
La chambre prorogée, les ministres s'occupèrent, sous la présidence du roi, d'arrêter la conduite qu'ils devaient tenir. M. d'Haussez, ministre de la marine, et M. de Guernon-Banville, ministre de l'instruction publique, étaient hostiles au projet de dissolution. Le premier pensait qu'il n'était pas impossible de constituer une majorité dans la chambre des députés. Pour former cette majorité,* il suffisait de déplacer 25 voix. D'après lui, ce déplacement n'était qu'une affaire de places et d'argent. « En dépensant 3 millions et en distribuant habilement quelques emplois, disait-il, nous pouvons acheter AO voix. Nous connaissions, a-t-il écrit plus tard, le tarif des consciences; il n'était pas très élevé. » Cette proposition fut repoussée par le roi comme immorale. M. d'Haussez n'insista pas; mais il réclama des mesures de sûreté. Il entendait par là l'élimination
de tous les fonctionnaires dont le dévoûment était douteux et la formation d'un camp sous Paris. On lui donna satisfaction, en destituant M. Galmon, directeur-général des domaines, et six préfets considérés comme ennemis, et à ce prix on le rangea au parti de la dissolution. M. de Guernon-Ranville persista à s'y opposer. Ne songeant qu'au péril qui résulterait pour la couronne, devenue solidaire des résolutions du cabinet , de l'élection d'une chambre nouvelle, si le gouvernement s'y trouvait en minorité, il aurait voulu qu'on tentât de vivre encore avec la chambre actuelle. Mais il ne put rallier ses collègues à son opinion. Il se laissa entraîner par leur conviction, et la dissolution fut résolue.
Toutefois, il ne suffisait pas de l'avoir résolue; il fallait encore examiner les deux hypothèses qu'elle soulevait et arrêter le plan qu'on suivrait dans l'une et dans l'autre. Ou la chambre nouvelle offrirait une majorité au gouvernement ou elle serait plus hostile que celle qu'on allait dissoudre. Le conseil décida que, dans le premier cas, le gouvernement proposerait diverses modifications à la loi électorale es une loi rigoureuse contre la presse. Quant au second cas, la majorité du conseil ne le considérant pas comme possible , on ne jugea pas utile de s'en