LIVRE PREMIER
occuper. « Le roi avisera, » se contenta de dire M. de Polignac, les yeux fixés sur l'article lA de la Charte. C'est avec cette légèreté et cette absence de plan qui livraient la monarchie à tous les périls de l'imprévu que le ministère engageait contre le pays cette grave partie dont le trône allait devenir l'enjeu.
Tous les membres du cabinet ne partageaient pas au même degré la confiance du prince de Polignac. MM. de Chabrol, de Courvoisier et de Guemon-Ranville exprimaient l'opinion que le ministère n'était pas à la hauteur de sa tâche : « Nous ne sommes point en force pour soutenir la lutte de tribune qui va bientôt se rouvrir, écrivait ce dernier. Des influences en dehors du conseil nous poussent vers de mauvaises voies; enfin, il n'y a dans notre marche ni ensemble ni fermeté. Nous avançons sur une ligne indécise, sans plan, sans système arrêté; nous vivons au jour le jour, dans une confiance aveugle, tandis que l'orage se forme et nous menace de toutes parts. » La nécessité d'une modification ministérielle commençait donc à s'imposer.
Une circonstance particulière fit croire un moment que cette modification serait immédiate. Il y avait alors un homme qu'un long séjour aux affaires, les talens par lesquels il s'y était révélé, la confiance
dont le roi Thonorait semblaient désigner pour diriger heureusement la monarchie à travers les périls qui se pressaient autour d'elle. C'était M. de Villële ^ Après s'être tenu longtemps éloigné de Paris, il venait d'y rentrer au lendemain de la prorogation de la chambre, et presque aussitôt, la plupart des amis éclairés de la royauté, des membres du centre droit et du centre gauche, les mêmes qui jadis l'avaient renversé, oubliant les griefs du passé, oubliant même son attitude malveillante envers l'administration de M. de Martîgnac, ne se souvenant que de ses services et de son habileté, s^étaient hâtés de se réunir autour de lui, en le déclarant seul capable de dénouer sans conflit la crise provoquée par H. de Polignac. L'accueil que lui fit le roi permit de croire que sa rentrée au pouvoir était arrêtée dans la pensée de Charles X. Mais on se
i. Né à Toulouse en 1773, mort en 1854. Maire de Ba ville natale et député en 1815; ministre sans portefeuille pendant les six premiers mois de 1821; ministre des finances à la fin de cette même année. Son avènement à la direction des affaires marqua le triomphe de la politique de droite et la défaite de la politique du centre, irré* parablement atteinte par une coalition dans la personne du duc de Richelieu et du comte de Serre. Au mois de septembre 1822, il devint président du conseil et conserva le pouvoir Jusqu'en 1828. H a laissé d*importante8 notes politiques qui ont été publiées pour la première fois dans VHistoire de la Restauration de M. Alfred Nettement.