‹ Le procès des ministresChapitre 29 sur 151 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

ministère Perier pouvait encore tirer la monarchie de la situation critique qu'elle subissait. Malheureusement Charles X nourrissait la conviction, — c'était aussi celle de ses ministres et de sa cour, — que la retraite du cabinet ébranlerait le principe monarchique et amoindrirait la prérogative royale. La pensée ne vint ni aux membres du cabinet de donner leur démission, ni au roi de la leur demander. Les uns et les autres ne songèrent qu'à la résistance. Ils n'avaient pas attendu le résultat définitif des élections pour s'en entretenir. Dès le 6 juillet, après les premières opérations électorales favorables à l'opposition, le recours à l'article 1& de la Charte, qui réservait au roi « le droit de faire toutes les ordonnances nécessaires pour la sûreté de l'état, » avait été décidé, sur la proposition de AI. de Polignac, malgré l'opposition de M. de Guer non -Ran ville; et le lendemain, après avoir écouté l'opinion de ce dernier, le roi s'était rallié à la majorité du cabinet, en engageant ses ministres à régler sans délai les moyens d'application du système qu'ils avaient conçu.

L'examen de ces moyens occupa plusieurs séances du conseil. Il donna lieu à des débats que l'influence de H. de Polignac et l'adhésion du roi à toutes les

propositions du ministre qui possédait sa confiaDce ne cessèrent de dominer, et d'où elles écartèrent tour à tour la résistance de M. de Guernon-RanviHe, les craintes de M. d' Haussez, les scrupules de M. de Hontbel. Les fatales ordonnances dans lesquelles, pour le malheur de la France, allaient se résumer et être mises en pratique les vues politiques de M. de Polignac furent ainsi rédigées sans que les objections de ses collègues parvinssent à diminuer la foi robuste qu'il professait pour son système. Cette foi, depuis qu'il occupait le pouvoir, ne l'avait pas abandonné un seul jour. Â cette heure décisive, elle stupéfiait tous ceux qui étaient en relations avec lui. Elle arrachait à l'ambassadeur d'Angleterre cette parole caractéristique : « Quand je vais aux affaires étrangères, je crois entrer dans le paradis des fous de Milton. Ces fous sont dans une situation déplorable, mais ils se croient toujours à merveille. »

Les illusions de M. de Polignac flattaient le secret désir du roi. Il les partageait. Il croyait au succès, et les avis qui lui venaient de toutes parts et même des cours étrangères engagées avec la France dans la sainte-alliance passaient sur son esprit sans le troubler, sans altérer sa sérénité. Il y répondait en niant les projets qu'on lui attribuait, u (In coup d'état per-

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