LIVRE PREMIER
de M. de Chantelauze justifiant ces diverses mesures par rénumération des griefs qui les avaient rendues nécessaires. Le roi voulut entendre deux fois la lecture des ordonnances sur la presse et les élections. Puis il se tourna vers son fils :
(( Vous avez entendu ?
— Oui, mon père.
— Qu'en pensez-vous?
— Lorsque le danger est inévitable, il faut l'aborder franchement et tête baissée. On périt ou Ton se sauve.
— C'est votre avis, messieurs, reprit le roi en promenant ses regards autour de la salle.
— Oui, sire, répondit le baron d'Haussez; nous sommes d'accord sur la fin, non sur les moyens. Je reconnais que la mesure est indispensable; mais je reconnais en même temps qu'on n'a pas de moyens suffisans pour la faire réussir.
— Vous ne voulez donc pas signer? demanda le roi.
— Je signerai , sire, parce que je considérerais comme une lâcheté d'abandonner dans une telle circonstance la monarchie et le roi; mais je déclare, que je me rallie non à ma conviction, mais à la responsabilité de mes collègues. »
Le roi parut méditer cet avertissement; puis il reprît :
(( Plus j'y pense et plus je demeure convaincu qu'il est impossible de faire autrement. »
Il signa, et quand les ministres eurent mis leur nom au-dessous du sien, il ajouta :
« Voilà de grandes mesures. Il faudra beaucoup de courage et de fermeté pour les faire réussir. Je compte sur vous; vous pouvez compter sur moi. Notre cause est commune. Entre nous, c'est à la vie et à la mort. »
M. de Polignac répéta ensuite que les forces militaires en ce moment à Paris suffiraient pour réprimer les perturbateurs et sauvegarder la paix publique, si elle était troublée. Les ministres ajoutèrent foi à ces paroles. Elles confirmaient des assurances analogues données à l'un d'eux par le préfet de police, qui lui avait dit :
« Quoi que vous fassiez, Paris ne bougera pas; marchez hardiment, je réponds de Paris; sur ma tète, j'en réponds. »
Ces assertions étaient erronées. M. de Polignac ne savait même pas qu'il n'y avait à Paris que 17,000 hommes. Gomment l'aurait-il su , puisqu'il négligeait systématiquement de consulter le général