‹ Le procès des ministresChapitre 41 sur 151 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

ea considération, en promettant que des concessions faites à temps ramèneraient Paris à l'obéissance et au devoir. Les ministres furent convoqués aussitôt. Us étaient encore bien éloignés de croire que la partie fût perdue. Ils avaient d'ailleurs une excuse. Au moment où ils prenaient congé du maréchal Marmont à son quartier-général des Tuileries, qu'il allait être contraint d'abandonner quelques heures plus tard, il leur avait dit : u Quoiqu'il arrive et sans avoir besoin de nouveaux renforts, la population de Paris tout entière s'armât-elle contre moi, je puis tenir ici pendant quinze jours. Cette position est inexpugnable. » Ils étaient sous l'influence de ce langage, quand le conseil s'ouvrit, convaincus qu'une grande mesure de conciliation était nécessaire pour arrêter l'effusion du sang, mais que sous cette condition, le roi reste* rait aiséoGient maître de dicter ses volontés.

Soudain, au moment même où la délibération commençait, le général Du Goëtlosquet se présenta, arrivant de Paris, « pouvant à peine se soutenir, a raconté un témoin , défiguré par la poussière , sans cravate. » Il venait annoncer que tout se perdait, que les insurgés, profitant d'une suspension d'armes ordonnée par le duc de Raguse, s'étaient emparés des Tuileries, et que le maréchal n'était parvenu qu'à

grand'peine à rallier ses troupes au bois de Boulogne. Paris se trouvait donc au pouvoir des révoltés. Ces tristes nouvelles furent bientôt confirmées par le maréchal lui-même. On le vit entrer tout à coup chez le roi, en disant :

« Sire, c'est une campagne manquée. J'ai la douleur d'annoncer à votre majesté que je n'ai pu maintenir son autorité dans Paris. Les Suisses que j'avais chargés de la défense du Louvre, saisis d'une terreur panique, ont abandonné ce poste important. Entraîné moi-même dans une déroute générale, je n'ai pu rallier mes bataillons qu'à l'Étoile, et j'ai donné l'ordre de continuer le mouvement de retraite sur Saint- Gloud. Une balle dirigée contre moi a tué le cheval d'un officier à mes côtés. Je regrette qu'elle ne m'ait pas traversé la tête; la mort m'eût été moins affreuse que le spectacle dont je viens d'être témoin. »

A ces douloureux détails vinrent bientôt s'en ajou^ ter d'autres. Un gouvernement provisoire se formait à l'Hôtel de Ville sous la direction du général de La Fayette ^ L'émeute, commencée aux cris de « Vive la Charte I A bas les ministres I » dégénérait en une révolution qui s'accomplissait aux cris de « Vive la République I A bas les Bourbons ! »

i. Né àChavaniac d'Auvergne (Haute-Loire) en 1757, mort en 1834.

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