‹ Le procès des ministresChapitre 40 sur 151 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

gauche devenait, comme la rive droite, le théâtre des plus saogl&Ds excès. Les casernes des gendarmes, le poste du Luxembourg, tous ceux des barrières étaient désarmés; les appartemens de l'archevéché mis au pillage; la prison de la Conciergerie était forcée et trois cents malfaiteurs recouvraient ainsi la liberté. Dans la plupart des églises, le tocsin sonnait. Des barricades s'élevaient de toutes parts. Enfin, rémeute s'emparait des Tuileries où le maréchal Harmont avait établi son quartier-général et massacrait les soldats qu'en évacuant le palais, pour rallier ses troupes à l'Arc-de-Triomphe, il avait chargés de couvrir sa retraite. Tel était le lamentable résultat de la funeste campagne de M. de Polignac, étourdiment entreprise en violation de la Charte, sans plan arrêté, sans moyens de défense. Pendant que le sang français, versé par sa faute, rougissait le pavé des rues, les ministres, qui d'abord s'étaient établis en permanence à l'hôtel des affaires étrangères et avaient fait proclamer l'état de siège, s'attachaient à tromper le roi sur la gravité de la situation, et tandis que le maréchal Harmont écrivait à Saint-Cloud : « Ce n'est plus une émeute, c'est une révolution ! » ils ne cessaient de répéter : « Ce n'est qu'une émeute; toutes les mesures sont

prises; la monarchie n'est pas en danger. » Le roi, qu'on ne voulait pas alarmer, se refusait donc à croire au péril. Aux avis réitérés du duc de Raguse lui représentant la nécessité de sauver, par une mesure immédiate, alors qu'il en était temps encore, l'honneur de la couronne, il répondait en remerciant les troupes (( de leur bonne et honorable conduite, et en leur accordant un mois et demi de solde. »

Le roi conserva ainsi jusqu'au dernier moment sa confiance et sa sérénité. C'est le 29 seulement qu'il consentit, sur la proposition du prince de Polîgnac, à retirer les ordonnances. Les ministres étaient arrivés à Saint-Cloud dans la matinée de ce jour, suivis de deux pairs de France, H. de Sémonville, grand référendaire, et le comte d'Argout. Après avoir vainement sollicité du maréchal Harmont la révocation des ordonnances et la démission du cabinet, MM. de Sémonville et d'Argout s'étaient décidés à se rendre auprès du roi pour lui faire connaître la vérité et obtenir de lui une décision qui pouvait encore à ce moment sauver son trône, et dont le matin même le duc de Mortemart avait tenté sans succès de lui démontrer la nécessité. Ils tinrent à Charles X un langage suppliant. M. de Sémonville pleura, se jeta à ses pieds, et parvint enfin à faire prendre ses conseils

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