LIVRE PREMIER
modérés, accusaient les membres du cabinet du 8 août d'avoir perdu la monarchie par leur imprévoyance et par leur faiblesse. Les libéraux leur reprochaient les ordonnances et entendaient les rendre responsables du sang versé. On annonçait leur mise en accusaiion et, pour châtier leur conduite, la peine de mort ne paraissait pas trop rigoureuse. C'est surtout contre le prince de Polignac que la haine populaire était exaspérée, s'augmentant de la vieille impopularité de sa famille et enveloppant dans ses manifestations bruyantes les hommes politiques associés à son œuvre.
En présence de ces dangers par lesquels ils étaient directement menacés et dont chacun des jours suivans devait leur apporter une preuve nouvelle, il ne restait aux anciens ministres d'autre ressource que la fuite. Pdur trois d'entre eux, elle fut couronnée de succès. M. d'Haussez traversa la Normandie sans être reconnu, parvint à gagner Dieppe, d'où une barque de pêcheur le conduisit en Angleterre. Quand Charles X débarqua sur le sol britannique, M. d'Haussez s'y trouvait déjà, et tandis que la police française le cherchait aux environs de Bordeaux, il présentait ses hommages au souverain exilé.
MM. de Montbel et Capelle, après une aventure
tragi-comique au château de Baville, commune de Saint-Chéron, dans le département de Seine-et-Oise, qui appartenait à M, de Saulty, receveur-général à Versailles, obligés par le souci môme de leur sûreté à se laisser ramener vers Paris S purent néanmoins se soustraire à une sollicitude qui, sous prétexte de les sauver, les exposait aux périls les plus redoutables. Le premier atteignit la frontière allemande, xjuil franchit, et alla se fixer à Vienne, d'où, le 21 juillet suivant, après la condamnation qui l'avait frappé par contumace, il adressa au président de la chambre des pairs une longue protestation. Le second resta caché pendant quelques jours chez le curé de Lonjumeau ; puis il se dirigea vers Calais, voyageant dans la voiture d'un marchand de volailles. Â Calais, il prit place sur un bateau en partance pour Douvres. Au moment où ce bateau allait s'éloigner du quai, le gendarme chargé de vérifier les papiers des passagers, n'ayant pas trouvé les siens en règle, voulut l'arrêter. M.Gapelle menaça et pria, et le gendarme, pris de pitié ou intimidé, consentit à lé laisser partir *.
Les autres ministres furent moins heureux que
2. Nous de?ODs ces reaseignemens à la famille du baron Capelle.