LIVRE PREMIER
leurs collègues. En quittant Rambouillet, M. de Peyronnet, soit qu'il espérât retrouver le roi à Tours et voulût l'y devancer, soit qu'il eût formé le dessein de se rendre à Bordeaux, sa ville natale, s'était dirigé vers Chartres. Là, il parvint à se procurer une voiture et des chevaux, et partit aussitôt pour le cheflieu du département d'Indre-et-Loire, où il arriva dans la matinée du 2 août.
Malheureusement pour lui, depuis quarante-huit heures cette ville, qu'il croyait paisible et fidèle aux Bourbons, s'était prononcée pour la révolution. Impuissant à réprimer le mouvement, le général Donnadieu, commandant la division militaire, avait dû s'enfuir pour échapper aux poursuites dont il était Tobjet. Maîtresse de tous les pouvoirs, la garde nationale le recherchait activement, exerçant de tous côtés une surveillance rigoureuse, interrogeant les voyageurs et opérant aux barrières des perquisitions dans toutes les voitures.
Dès qu'il connut ces nouvelles, M. de Peyronnet voulut revenir sur ses pas ; mais c'était trop tard. Sa chaise de poste avait été signalée. Sur l'avenue de Grandmont, la portière fut brusquement ouverte par le garde champêtre de la petite commune de Saint- Étienne-extra, qui a été réunie depuis à la ville de
Tours. L'agent de Im force publique Toulut voir les papiers de ce Toyagenr mystérieux et pressé, dans lequel il devinait un grand personnage politique fugiiif. M. de Peyronnet exhiba un passeport que H. Capelle lui avait remis à Trianon, mais dont le garde champêtre contesta la régularité. Des passans s'étaient attroupés ; l'un d'eux déclara qu'il fallait conduire l'inconnu à la poste aux chevaux, et M. de Peyronnet dut se résigner. On le fit entrer dans l'habiiation du maître de poste, où un habitant de Tours, ancien magistrat destitué sous son ministère, le reconnut, et, obéissant à un sentiment de vengeance dont dans un tel moment se serait gardée une âme généreuse, osa le dénoncer.
L'ancien ministre ne chercha pas à nier son identité. Il subit à la maison d'arrêt un interrogatoire sommaire, à la suite duquel il fut gardé à vue dans l'infirmerie de la prison, tandis que les autorités récemment installées annonçaient à Paris la nouvelle de son arrestation et demandaient des ordres, afin de savoir ce qu'elles devaient faire du prisonnier '• À la même heure, MM. de Chantelauze et de Guer-* non-Ranville, ignorant les événemens, s'étaient mis
1. Cost à Tours que nous atoos recuoilli le récit de rarrestation de lf« de PeyroQoet.