‹ Le procès des ministresChapitre 58 sur 151 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

comment la remplir? Sur quel point des côtes de la Manche aller prendre la mer pour passer en Angleterre? Il résolut d*abord de se rendre à Caen, puis il dut modifier ce plan, en raison de circonstances que nous allons raconter.

En quittant Versailles, l'ancien président du conseil ayant manifesté le désir de s'arrêter à son château de Millemont, sur la route de Dreux, où sa femme devait déjà s'être rendue, M. de Semallé, convaincu que ce désir était gros de dangers, prit, sans en tenir aucun compte, le chemin de Chartres. Il ne fut pas plus traitable à Rambouillet, où M. de Poli-^ gnac voulait attendre le roi, et, ordonnant au postillon de s'engager dans des chemins de traverse, il se dirigea vers le château de Pinceloup, appartenapt à M. de Lammerville. Le propriétaire était absent; les fugitifs furent néanmoins bien reçus chez lui, purent s'y reposer et en repartirent à trois heures du matin. Ce fut là leur première étape. Ils voyagèrent pendant toute la journée du lendemain , non sans être exposés à de périlleuses aventures. Au Guéd.e-Longroy, des émissaires de la nouvelle révolution, à qui fort heureusement M. de Polignac était inconnu^ voulurent s'emparer de leurs chevaux; l'énergie de M. de Semallé eut seule raison de leur prétentiop.

g2 LE PROCÈS DES MINISTRES.

A la poste de Chartres, plus de trente voitures étaient dételées faute de chevaux. Là encore, l'habileté du guide de M. de Polignac éloigna de ce dernier les dangers qu'un arrêt prolongé aurait attirés sur lui. Le prince n'était pas rassuré cependant, car, ayant constaté qu'il avait encore dans ses poches plusieurs petites clés des ministères des affaires étrangères et de la guerre, il crut prudent de s'en débarrasser et les jeta une à une dans les champs couverts de moissons. Enfin, après diverses péripéties analogues et une station au château des Feugerets, appartenant à un cousin de M. de Semallé, on arriva à minuit an château de la Gastine, résidence de ce dernier, à deux lieues de Mamers. On avait traversé vers dix heures du soir cette ville, au grand galop, non sans attirer l'attention de nombreux promeneurs retenus hors de leurs demeures par la beauté du soir ou par la gravité des événemens. M. de Polignac n'avait pas été reconnu, et c'était là l'essentiel.

Jusqu'à ce moment, M. de Semallé avait caché soigneusement, même aux personnes desquelles il recevait l'hospitalité, le nom de son compagnon. C'était, disait-il, M. Pierre Perrot S le précepteur de ses enfans. Quand, après avoir renoncé à se rendre à

!• Le linge du premier était marqué P. P.

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