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. France eût affirmé sa modération et sa sagesse. Le procès des ministres fut le terrain sur lequel les exigences des uns et la ferme volonté des autres de maintenir l'ordre et de faire respecter la Charte de 1830 se rencontrèrent en un choc redoutable dont il nous a paru bon de ressusciter les bruyantes péripéties.
Ce n'est pas seulement une question d'humanité qui fut résolue le 21 décembre 1830, quand la justice de la Cour des pairs, secondant les généreuses intentions de Louis-Philippe, épargna la vie des anciens ministres de Charles X et quand l'énergie de quelques hommes de cœur et de devoir les protégea contre les fureurs d'une populace ameutée; ce fut aussi une question d'avenir. Issu d'une révolution, le nouveau gouvernement proclamait ainsi par ses premiers actes qu'il résisterait à la domination des passions révolutionnaires et au joug de ceux qui voulaient exploiter ses embarras au profit de leur ambition et de leur popularité. Au lendemain de son avènement, il fondait sa puissance sur les bases éternelles de tout gouvernement fort, libéral et humain. Il s'assurait une longue existence, qui aurait
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duré, il est permis de le croire, bien au-delà des dix-huit années durant lesquelles elle s'est exercée, si les principes qui avaient fait la force et assuré l'impérissable gloire du ministère Perier étaient restés pour M. Guizot et ses amis l'objet d'un égal respect, — temps heureux durant lequel la France a joui librement des bienfaits d^ la paix et de la liberté et que tout ce qui s'est passé depuis fera regretter toujours aux amis sincères des institutions représentatives.
On peut apprécier, par ce rapide exposé, l'intérêt et le but des pages qui vont suivre. Consacrées à l'histoire des scènes dramatiques qui précédèrent et suivirent la chute de la monarchie légitime, elles permettront d* étudier dans tous leurs développemens les difficultés que rencontra dès sa naissance le gouvernement de Juillet et les efforts qu'il fit pour les vaincre. Elles démontreront, en outre, qu'après la victoire d'un parti sur un autre, quand l'œuvre du sort est accomplie, quand les débris d'une couronne gisant sur le sol de la patrie attestent que les vengeances les plus légitimes comme les plus injustes ont été satisfaites, et que toutes les fautes ont
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reçu en une fois un solennel et sévère châtiment, il n'est ni bon, ni digne, ni logique que les vainqueurs aillent rechercher parmi les vaincus des victimes expiatoires pour faire peser sur elles les dernières convulsions d'une colère épuisée. Si le roi Louis-Philippe et les plus sages de ses conseillers avaient été' libres d'agir selon leur cœur, jamais M. de Polignac et ses collègues n'auraient été poursuivis ; et lorsque, durant les préliminaires de leur procès, M.Berryer, alors à ses débuts, déclarait que la Charte étant violée dans la personne du roi déchu, elle ne pouvait plus être appliquée à ses ministres; lorsqu'il s'écriait: ^ Oui, ils sont coupables I mais vous ne pouvez pas vous faire leurs accusateurs, et je ne leur vois plus de juges sur la terre de France, » il affirmait une doctrine vraie autant que généreuse et répondait à la pensée intime de toutes les intelligences droites. Mais ce fut à cette heure difficile la destinée douloureuse du gouvernement de Juillet d'être contraint de subir le despotisme de l'opinion. Du moins, il traça lui-même avec une énergique résolution et une inQexible rigueur la limite qu'il ne dépasserait pas^ et provoqua une admirable et con-
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solante conjuration qui répondait aux clameurs vengeresses en proclamant les droits de la clémence, et les fit prévaloir ati dernier moment. Près d'un demisiècle a passé sur ces événemens, mais le temps, en s'écoulant, n'a pas modifié pour les hommes animés de sentimens justes et humains l'expression qui était alors dans la plupart des consciences, et Ton tressaille encore en relisant ces belles parolea que M. Guizot prononçait à la tribune de la chambre des députés le 9 novembre 1830 : « Après avoir changé le gouvernement et renouvelé la face du pays, c'est une ch^se misérable que de venir poursuivre une justice mesquine à côté de cette justice immense qui a frappé, non pas quatre hommes, mais un gouvernement tout entier, toute une dynastie. En fait de sang, la France ne veut rien d'inutile. Toutes les révolutions ont versé le sang par colère, non par nécessité ; trois mois, six mois après, le sang a tourné contre elles. » Les sentimens que M. Guizot exprimait avec tant d'éloquence animèrent non-seulement M. de Martignac et les autres défenseurs des accusés, mais encore leurs juges, et c'est un spectacle honnête et consolant que celui de tant d'efforts
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entrepris afin de sauver la vie de quatre hommes pour qui l'histoire plaiderait sans doute aujourd'hui les circonstances atténuantes, si leur tentative avait réussi; qui furent surtout coupables de n'avoir pas compris leur temps, d'avoir séparé les intérêts de la couronne des intérêts du pays, et sacrifié, avec une légèreté qui n'eut d'égale que leur incapacité, les .droits de la nation à leur dévoûment pour une dynastie que leur présence aux affaires mettait seule en péril.
Tel est donc le récit que nous plaçons sous les yeux des lecteurs. Ils y trouveront, ils le savent déjà, un respect profond pour le passé, une ardente admiration pour les grandes mémoires à qui les temps contemporains n'ont pas encore donné de rivales. Les hommes de 1830 avaient été formés pour la plupart à la forte école de la Restauration. Ils y avaient puisé le goût et l'amour de la liberté, et appris à en connaître les inépuisables ressources et les précieux avantages. Mais ils n'admettaient pas plus qu'elle dégénérât en licence, ni qu'elle donnât des armes à la tyrannie du nombre qu'ils ne comprenaient que, sous prétexte d'ordre public, on essayât
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de courber le pays sous le despotisme d'un seul. Ils entendaient poursuivre l'œuvre entreprise par leurs anciens : l'initiation de la France aux institutions libérales, mais aussi la défendre contre l'anarchie, et le procès des ministres fut la date décisive où, entre la politique complaisante qui flatte les défauts du pays et celle qui leur résiste, ils firent leur choix. On peut donc, surtout à cette heure de leur carrière, les offrir en exemple à leurs successeurs, et c'est pour cela que de ces récits, rédigés d'après des documens propres à remettre en lumière des vérités oubliées, se dégage le plus attachant intérêt.
Mais si l'histoire ressuscitée, ainsi que nous le faisons, avec impartialité et sagesse, peut servir, parles enseîgnemens qu'elle porte en soi, à éclairer le présent, elle ne doit pas être aux mains des partis un instrument de passion et de haine. Le devoir de l'écrivain politique consiste non à y rechercher ce qui peut accroître nos divisions et nos discordes, mais ce qiû peut les apaiser et nous en inspirer la salutaire horreur. Les maux qu'elles ont produits, les catastrophes qu'elles ont provoquées, les efforts qui ont été tentés pour les contenir, voilà les seules