LIVRE PREMIER
pénétré de rexcellence de sa cause et de la légitimité de sa conduite, rempli de confiance dans Tissue des débats, semblant ne pas comprendre la gravité des griefs invoqués contre lui; M. de Peyronnet, solen* nel, digne, avec cette nuance de forfanterie qui lui était propre; M. de Ghantelauze, presque dédaigneux pour des juges dont il ne reconnaissait pas la compétence, se laissant arracher les paroles, ne répondant aux questions que contraint et forcé ; M. de Guernon* Banville s'appliquant honorablement à ne pas séparer sa cause de celle de ses collègues, mais en même temps s'expliquant avec netteté sur la résistance opposée par lui aux ordonnances, « encore qu'il les eût signées, dit-il, parce qu'il les croyait autorisées par l'article là de la Charte; » tous d'ailleurs unanimes à ne pas trahir le secret de leurs délibérations, empressés à couvrir le roi et exprimant l'avis que la chute de Charles X dégageait leur responsabilité.
Les commissaires apportèrent les plus grands égards dans l'accomplissement de leur mission. On raconte qu'à l'aspect de H. de Chantelauze, qu'il avait autrefois connu, M. Mauguin fondit en larmes et lui tendit la main. Dn fragment de l'interrogatoire de M. de Polignac, copié sur la minute du greffier, aux archives de France, achèvera de faire revivre aux
il6 LE PROCÈS DES MINISTRES.
yeax du lecteur la physionomie de ce premier acte de la procédure.
D. Prince de Polignac, reconnaissez-vous votre signature au bas des ordonnances?
R. Je la reconnais.
D. Ayez-vous participé à celles qui ne portent pas votre nom ?
R. Comme ministre, oui.
D. Quel est le rédacteur du rapport au roi?
R. Je ne peux le nommer.
D. Qui est-ce gui a envoyé aux députés les lettres closes pour les convoquer?
R. Je l'ignore.
D. Quels motifs ont fait confier le commandement au duc de Raguse?
R. Il lui était depuis longtemps destiné.
D. Savez-vous d'où est venu l'ordre de tirer sur le peuple?
R. Je l'ignore ; mais j'affirme que l'ordre contraire a été donné.
D. Avez-vous donné Tordre de distribuer de l'argent aux troupes?
R. Non. Il ne leur a été distribué que ce qui a été nécessaire à leurs besoins.
D. Sur quelle caisse ?