Neyeu du prince de Polignac
qaand ce dernier lui eut écrit pour lui recommander la cause de l'ancien ministre, et quand les prières d'une famille éplorée furent venues se joindre à cette recommandation d'un homme qu'il vénérait, il n'osa décliner cette haute et périlleuse mission. Ellrayé d'abord par l'étendue de la responsabilité, il se laissa bientôt prendre par la générosité naturelle de son âme. La grandeur de la faute l'avait indigné; la grandeur de l'infortune le toucha. L'homme qui lui faisait appel et lui confiait la défense de sa vie était son ancien adversaire; c'est surtout pour ce motif qu'il accepta cette défense.
Il n'y mit qu'une condition, c'est que son intervention serait purement gratuite, et comme, au nom de l'ancien président du conseil, le duc de Guiche mettait à sa disposition une somme de 100,000 francs et une plaque en diamans, — M. de Martignac était grand -officier de la Légion d'honneur, — il refusa en disant :
a C'est pour l'honneur du prince de Polignac et pour mon propre honneur que je le défendrai. »
Lorsque pour la première fois, il se présenta à Yincennes aCn de conférer avec son client, ce dernier, sans pouvoir prononcer une parole, prit ses mains avec effusion et, ^attirant contre lui, il l'embrassa.
Le comte de Peyronnet avait tout d'abord songé à son ami Hennequin , une des gloires da barreau français, mis soudainement en lumière douze ans auparavant par le procès Fiévée, et dont la réputation depuis cette époque grandissait sans cesse avec le talent. Il lui écrivit : « Mon cher Hennequin, mes enfans ont dû vous dire combien je suis impatient de vous voir; ce n'est plus d'intérêts généraux, comme autrefois, que j'aurai à vous entretenir, mais des miens, mais de mon procès. L'ami vous recherchait dans ce temps I Aujourd'hui que j'ai un titre de plus, je vous appelle comme accusé; venez donc, s'il vous plaît, dès qu'on voudra. » M. Hennequin accourut et se chargea de la difficile défense de l'ancien ministre de l'intérieur.
Il y avait alors à Lyon un jeune avocat dont les talens s'étaient fait jour jusqu'à Paris, et à qui l'avenir réservait une place éclatante dans notre histoire parlementaire; il se nommait Paul Sauzet^. En prenant, au mois d'août 1829, possession du ministère de la justice, M. de Gourvoisier, qui connaissait et appréciait ses mérites, s'était empressé de lui offrir un poste au parquet de la Seine et les fonctions de maître des requêtes au conseil d'état. H. Sauzet avait