LIVRE PREMIER
« Non, dit -il, je les ai combattues et dans les conseils préparatoires et dans le conseil tenu sous la présidence du roi où elles furent dérmitivement arrêtées. Je crois pouvoir ajouter que dans celui où pour la première fois le principe en fut émis, M. de Peyronnet se joignit à moi pour les combattre. »
Quant à M. de Ghantelauze, aigri et malade, il refusa tout net de répondre.
Le ton de ces interrogatoires, les clameurs de l'opinion dont les échos leur arrivaient jusque dans leur prison, Taccent passionné des haines impitoyables dont ils étaient l'objet, ne permettaient pas aux anciens ministres de Charles X de se faire illusion sur l'issue de la procédure commencée contre eux : elle devait aboutir à une mise en accusation. Dès le 10 septembre, ils en avaient tous au même degré la conviction et s'occupèrent de se choisir des défenseurs, ayant décidé qu'il ne convenait pas à leur intérêt que la défense fût commune.
Après avoir pensé tour à tour à M. Hennequin ^ à M. Odilon Barrot, à M. Berryer*, après avoir consulté sa famille et ses amis, le prince de Polignac
1. Né à Paris en 1786, mort en 1850, une des gloires du barreaa de Paris.
2. Né à Paris en 1790, mort en 1870. L'illustre orateur débutait alors dans la yie politique.
manifesta Tintention de confier sa cause à M. Laines Hais l'ancien président de la chambre des députés, devenu pair de France, ne possédait plus ni la jeunesse, ni la vigueur, ni la confiance en soi, indispensable à l'avocat auquel incombe la tâche de disputer au bourreau une tête désignée par la passion populaire. Il estimait qu'il fallait à H. de Polignac un défenseur dont le nom le couvrirait assez « pour le rendre moins odieux à la France et inspirer la clémence de ses juges. » Il lui conseilla lui-même le choix de M. de Martignac. Aucun autre ne pouvait être ni plus judicieux, ni plus habile.
Des dramatiques événemens qui avaient précédé la révolution, le nom de Martignac sortait pur et respecté. Déplorant les malheurs qu'avait prévus sa sagesse, et contre lesquels il était resté impuissant, M. de Martignac siégeait maintenant dans la chambre des députés, y représentant ces idées modérées dont l'application soutenue aurait pu sauver le trône de Charles X, et à la défaite desquelles survivaient en lui l'attachement et la confiance qu'elles n'avaient cessé de lui inspirer. Lorsqu'il connut par le duc de Guiche ' le conseil donné à M. de Polignac par M. Laine,
i. Né à Bordeaux on 1767, mort en 1835.