LIVRE DEUXIÈME
souvenirs, des opinions et des passions de l'extérieur réagissait sur l'intérieur du gouvernement. M. Odi* Ion Barrot avait aggravé cette situation par l'imprudente légèreté avec laquelle, tout en recommandant l'obéissance aux lois , il encourageait le mécontentement de ceux qui réclamaient avec violence le châtiment des anciens ministres. D'autre part, la note du Moniteury considérée comme un acte de faiblesse, une annonce de mesures militaires qui ne s'était pas réalisée, avaient alarmé et indigné les hommes à qui la sécurité publique paraissait menacée. Une modification ministérielle devenait donc imminente ; elle était dans le désir de tous les membres du cabinet. Un article du Journal des Débats ^ dirigé le 21 octobre contre M. Guizot, qu'il accusait d'impuissance et d'inertie gouvernementale, la rendit nécessaire. M. Guizot et le duc de Broglie remirent leur portefeuille au roi. Leur démission acceptée ne fut pas suivie sur-le-champ de celle de leurs collègues. H. Laffitte, ministre des finances, était resté chargé de constituer un cabinet nouveau dans lequel il espérait retenir plusieurs membres de l'ancien, et notamment M. Casimir Perier. Une négociation laborieuse, qui dura pendant dix jours, acheva de mettre en lumière la diversité des élémens entre lesquels
M. Laf&tte cherchait à créer un accord féconde Pour obtenir le concours de M. Casimir Perier, M. Laflite alla jusqu'à lui proposer de sacrifier M. Dupont de TEure. Mais M. Perier, duquel on peut dire , sans faire injure à sa grande mémoire, qu'il se gardait pour un ministère de durée et qui ne croyait pas à l'avenir de celui que formai M. Laffitte , refusa d*en faire partie. C'est à défaut de lui que M. de Montalivet devint ministre de l'intérieur. M. Dupont de l'Eure conserva les sceaux, le général Sébastiani la marine et le maréchal Gérard la guerre. Le maréchal Maison eut les affaires étrangères, M. Mérilhou 4' instruction publique et les cultes. Peu de jours après, le comte Gérard et le marquis Maison s'étant retirés, on donna pour successeur au premier le maréchal Soult ^ et au second le général Sébastiani , qui céda le portefeuille de la marine au comte d'Argout.
Parmi les hommes que M. LafBtte venait de s'adjoindre et dont il s'était assuré le concours en vue
1. Nous ayons la bonne fortune de pouvoir faire passer sous les yeux de nos lecteurs cinq lettres du roi Louis-Philippe et quatre du comte Mole, adressées à M. Casimir Perier, à Toccasion de la crise mioibtérielle. On les trouvera aux pièces historiques n^ 4.