AFFICHAGE A UHOTEL DE M. BOULANGER
chercha à se rendre populaire par des moyens artificiels, et, à cet effet, il rédigea ou fit rédiger — ce qui est à peu près la même chose — sa première biographie légendaire, avec son portrait équestre sur la couverture. C'était « l'histoire d'un héros, destinée aux casernes pt aux villages » ; nous Tavons dans notre dossier, — nous avons tout dans notre dossier. — La librairie militaire Dumaine, qui envoie chaque jour des imprimés aux corps de troupes, devait être le meilleur des agents de propagande ; Boulanger la sollicita donc dans ce but par l'entremise de son émissaire Hentz.
En Tunisie.
M. Boulanger est appelé en 1884 au commandement de la division d'occupation en Tunisie; il veut y jouer au vice-roi devant ses troupes, en s'efTorçant par des moyens tapageurs de gagner une de ces popularités que les services militaires ue font généralement acquérir qu'après de longues années de dangers et de dévouement; comme il avait le commandement des forces militaires, il a cherché — c'était son objectif tout indiqué — à faire disparaître l'autorité qui le primait, celle du résident civil, M. Gambon.
Est-ce vrai, tout cela?
Laissons la parole à M. Cambon lui-même, alors résident à Tunis, aujourd'hui ambassadeur du gouvernement français.
Il ne peut pas être suspecté. D'abord il ne peut être suspecté de rien et, en ce qui concerne Boulanger, il ne peut l'être de partialité, car la première partie de sa déposition est tout entière consacrée à un hommage rendu au général commandant le corps d'occupation de Tunisie, tant que certain ministère qui l'y avait envoyé est resté au pouvoir, période au cours de laquelle Boulanger n'a cessé de se montrer correct. Mais après lui avoir rendu cet hommage, M. Gambon ajoute : Il y a eu une crise ministérielle, un changement de cabinet, l'attitude alors a complètement changé.
Croyait-il — ici je lis textuellement — croyait-il à un changement de système en Tunisie? Ne se considérait-il plus comme tenu par les instructions données par Tancien cabinet? Son ambition était-elle éveiUée par l'offre du portefeuille delà guerre à l'issue delà crise du .30 mars 1885?
Je ne sais rien. Toujours est-il qu'à partir de ce moment, les moindres affaires devinrent des prétextes à réclamations et à conflits.
Tantôt l'administration des douanes, tantôt celle des travaux publics avaient à Se défendre contre les réclamations peu justifiées des administrations militaires, et les règlements élaborés à Paris entre les différents départements rpinistériels étaient tenus pour non avenus. Un jour même, le général annonça l'intention de faire enlever de vive force des ballots d'étamine destinée à la fabrication des drapeaux et retenus en douane pour le payement des droits.
J'avançai personnellement la petite somme nécessaire au dédouannement, et l'incident n'eut pas de suites; mais les journaux ne manquèrent pas de dire- que j'avais mis l'embargo sur le drapeau français et de représenter l'armée comme humiliée par le régime du protectorat. Le régime prudent et ménager des deniers de la France avait pour ennemis naturels les solliciteurs d'emplois et de concessions qui considèrent une colonie comme une mine à exploiter aux dépens du Gouvernement. Il se forma peu à peu à Tunis, un parti réclamant l'établissement du régime militaire et la réunion entre les mains du général Boulanger des pouvoirs de résident et de commandant en chef. Ce parti était-il indirectement encouragé par le général ? Je ne saurai l'affirmer, mais il agissait comme s'il se fût senti appuyé, et l'opinion se répandait de plus en plus que le seul défenseur de l'honneur national en Tunisie était le général Boulanger.
On trouve ensuite dans la déclaration de M. Cambon un fait qui est trop connu pour que j'en parle, c'est celui d'une lutte avec le tribunal de Tunis à propos d'une condamnation correctionnelle que I9 général Boulanger avait considérée comme insuffisante.
Mais ce qui est intéressant à retenir dans cette déclaration, c'est le fait suivant :
A la suite de la condamnation que Boulanger ne voulait pas accepter, il rédigea un ordre du jour aux troupes, où il dénonçait le pouvoir civil et soulevait le conflit dans les conditions les plus aiguës.
M. Cambon ayant eu connaissance de cet ordre du jour, alla trouver M. Boulanger et obtint de lui qu'il ne fût pas publié ni porté à la connaissance des troupes.
M. Boulanger donna, à cet égard, sa parole, et peu d'heures après, Tordre du jour était répandu à profusion et lu à trois appels devant les régiments de la division.
Déclaration du général de Dionne.
Telle est la déclaration de M. Cambon ; voici maintenant celle de M. le général de Dionne. ^
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