‹ Le procès du Panthéon: 4 juin-10 et 11 septembre 1908, Grégori, Dreyfus et Zola, devant le juryChapitre 3 sur 15 · L. QRÉaORI · texte numérisé non relu

L. QRÉaORI

Arrêté le 6 Juin 1908 au Panthéon pour avoir tiré, tion sur Dreyfus, mais sur le Dreyfusisme ;

Acquitté le il Septembre suivant par le Jury de la Seine.

Sur 39 millions d^habitants que compte encore la France, il n'y a pas 300.000 croyants sincères en Vinnocence de Dreyfus et partisans de sa réhabilitation, y compris les politiciens profiteurs de r Affaire et exploiteurs de la Revision.

Ces 500.000, et même moins, font les lois, et la loi, aux 38 millions 600,000 restants.

A cette masse profonde de 38 millions et demi, les coups de revolver du Panthéon sonnèrent brusquement le tocsin. Toute la population endormie sauta dans la rue, se frottant les yeux, réveillée. Et elle attend/ Qu^ est-ce qu'elle attend ? Des chefs et des ordres....

Par la campagne, les coups de fusil du chasseur font envoler les bandes d'oiseaux en claquements d'ailes effarouchées. De même semble-t-U que les coups de feu du 4 Juin aient fait repartir le vol d'événements qui ne s'arrêtent plus.

Dreyfus devant le Jury, les 10 et 11 Septembre dernier, — ce fut sa troisième condamnation, implicitement

contenve dans mon (acquittement : tout le m>onde Va reconnu ; la lecture des débats^ plus loin, le fera ressortir.

V article 445, violé far V arrêt de la Cour de cassation réhabilitant Dreyfus, c^est la protestation de Del Sarte au Palais même; et à la Chambre, de Pierre Biétry qui encourt bravement Vexpulsion.

V affaire Steinheil, c'est la suite de V affaire Dreyfus, U évocation de la mort tragique du président Félix Faure, c'est la première Révision expliquée. Elle ne se serait jamais faite du vivant de Félix Faure qui avait VU la preuve formelle de la trahison. Mais un philtre lui versa la mort ; et la Revision fut faite.

Le Foyer, la pièce représentée à la Comédie Française, c'est le Dreyfusisme au théâtre, avec la société pourrie comme vision d'art.

Dans Vordre militaire, le projet d'augmentation de notre artillerie, c'est le député coreligionnaire de Dreyfus, et meneur de la Revision, M. Joseph Reinaeh, qui vient à la tribune parler tactique et canons. Faisons un cran.

Dans Vordre de la Légion d'honneur, — faisons une croix, — c'est le procureur général Baudouin qui doit être nommé grand-officier !

Au Quartier latin, la jeunesse des Ecoles ameutée, c'est le flot précurseur de la révolte nationale;

Dans un drame parisien, encore, c'est le nom de Fallière; dans la rue, c'est le geste de r homme du peuple contre ce Président !

Le vent ne souffle pas encore en tempête, mais il souffle. La toiture tient à rien par moments. Qu'est-ce que pense le peuple qui est dessous ?

Le 3 Juin dernier, au Quartier latin, à l'arrivée des restes de Zola, camionnés au trot du cimetière Mont-

ma/rtre au Panthéon, je causais avec un gardien de la paix qui, tout en bourrant la jeunesse des Ecoles ameutée, me glissait à roreille ;

— ' C^est pas possible. Monsieur, que la journée de demain se passe sans coups de revolver !

Uèoénement lui a donné raison.

Sublime et musculaire incarna^tion de V incohérence du régime, ce gardien de la paix tapait sur ses convictions en taparU sur les étudiants qui criaient ; A bas Zola ! Car^ impossible de s'y méprendre ; en lui-même, et encore plus fort, il criait : A bas Zola, Dreyfus et le gouvernement !

Ainsi de presque tout le corps des gardiens de la paix ; ainsi de presque toute la force publique à Paris et des départements.

. Les agents sont de braves gens — qui font leur service, mais qui pensent le contraire. Ils font un service d'ordre, — pour le désordre ; car à leur sens droit, en leur nature simpliste, c'est le désordre dont le parti trône aux affaires après avoir trôné dans V Affaire !

Pourquoi cet état d'âme ? Parce qu'ils sont du populo. Le populo n'a pas bronché dans son bon sens au cours de tous les truquages de l'Affaire et de toutes ses malices cousues de grosses ficelles. L'instinct populaire, qui voit toujours cladr et juste, est resté ferme comw/C roc contre la Revision et contre le Dreyfusisme. L'explosion de joie populaire à mon acquittement fut un signe.

Qui donnera le bon coup d'épaules dans la barraque lézardée et branlante, c'est toute la question pour le peuple.

Le lendemain, 4 Juin, au Panthéon, j'eus le spectacle qu'on n'a qu'une fois dans sa vie : le présidera de la République dite Française, les ministres, les sénateurs et députés, les corps constitués, la magistrature, les amhas-

sades, hs délégations d^offickrs de tous grades des armées de terre et de )ner, aux pieds du catafalque de Zola et autour de Dreyfus. Selon, ma formule à la Cour d^ assises, Dreyfus pommait dire : a UEtat, c'est )noi ! »

Mais spectacle plîis touchant ou plus frappant — pour moi — fut celui qui suivit, lorsque mis en pièces, la figure en sang, fêtais conduit à la sortie. Magistrats au type sémitique, toque sur la tête et d^une main experte relevant leurs robes, m"" envoyaient des coups de pied et des injures. Des coups, je fus empêché presque de marcher quelque temps. Des injures, je fus satisfait — ainsi d^ ailleurs que de toute cette vision d'un sabbat; modem style.

Car c'était infernal et superbe! Quand toute cette ynagistrature d'aspect israélite tne cognait, m'invectivait de « Misérable/ Bandit/ Assassin/ » cela faisait honneur à sa juqeotte. — Jugeotte, — de juge. Elle avait rêvé V apothéose sous le dôtne des gloires îtationales. Elle inesurait la chute. Du coup, — ou de mes deux coups, — elle entrevoyait la débâcle, pour preiidre le titre de Zola.

Le 10 H>eptembre 1908, à la Cour d'assises, de sa plus haute voix, V huissier audiencier appelait mes témoins:

M. Georges Clemenceau, ministre de l'Intérieur ! M. le général Pic quart, ministre de la Guerre ! M. le commandant Targe ! M. Doumergue, ministre de l'Instruction publique ! M. Baudouin, procureur général ! M. le général André, ancien ministre de la Guerre ! M. Joseph Keinach, député !

C'était toute la Revision, grands chefs et comparse,^, que je voulais faire passer en revision par le Jury, c'est-à-dire par la justice de la Nation.

'Le bruissement de la salle était tombé. Le grand

silence. Uune voix encore plus forte^ Phuissier réf était son appd. Personne pour répondre à ces noms.

Cet appel dans le vide sonnait encore aux oreilles comme une trompette du jugement dernier. Non, pas le dernier ; le mien ; il était en partie rendu. Cette fuite des auteurs ou collaborateurs de V Affaire^ de ses profiteurs, cette débandade des chefs dreyfusistes du Gouvernement devant le Jury, c^ était le premier gage de mon acquittement.

Ah! V impressionnante minute, grosse sinon d'un siècle, du moins des quatorze ans qu^ avait duré V Affaire, escaladant tous les obstacles, gravissant tous les sommets jusqu^au Panthéon! Ces quatorze ans condensés en ces secondes fugitives d^un appel d^huissier.

Devant le jury, aucun de ces triomphateurs ou bénéficiaires de la Revision, de ses ministres, généraux, officiers et 7nagistrats, ne venait revendiquer son œuvre, n^ avait le courage de son opinion ; et la fierté donc du devoir accompli!

— Je suis dans les Basses-Alpes, écrivait leur commandant en chef, M. Joseph Reinach, au président des assises, et c'est bien loin pour faire le voyage, — {même avec le parcours gratuit des députés, et aussi V indemnité de 15.000 francs).

Dreyfus était abandonné à lui-même ! Zola ne comptait plus.

Maintenant, à la barre des témoins.

L'homme mentait. L'homme, c'était vous, Alfred Dreyfus !

Ici faut-il redire la comynisération que mon défenseur et moi nous ne vous avons certes pas refusée à l'audience pour vos sévères expiations? Victime de votre parti, de votre race, — après avoir été victime de vous-même, —

VOUS Tb auriez demandé qu'à rentrer dans Vornhre après votre grâce.

Mais, œmme Va fortement écrit M. Etienne Lamy, dans le Correspondant, « obtenir la réhabilitation du Juif condamné était pour toute la race d'Israël une question d'honneur ». Et pour les secrètes ambitions de votre cordigionaire Reinach, — elles éclatent à cette heure, — c'était le to be or no to be : Etre ou ne pas être ! Ce n'est pas nous, ce sont les vôtres qui vous ont remis dans le train, pauvre Juif errant

Donc, le 10 Septembre dernier, les jurés parisiens vous voyaient, Dreyfus, vous entendaient ;

Comme je vous avais vu et entendu, voilà bientôt quatorze ans, et étudié, le 19 Décembre 1894, au Conseil de Guerre du Cherche- Midi, avant le prononcé du huis-dos.

Et, en vous voyant à Vétat naturd, en vous écoutant, ils ont compris votre culpabilité ;

Comme je vous avais compris coupable en disant à vos cordigionnaires qui m'interrogeaient au sortir de cette confrontation du 19 décembre 1894, et après Vinstantané psychologique que j^ avais pris de vous : « Dreyfus? Un renard pris au piège. »

Est' ce que les jurés, sHls avaient cru reconnaître en vous un innocent, auraient pu m^acquitter ?

Qu" avez-vous su dire, en effet, pour dissiper ce caractère de culpabilité que vous portez en vous, comme le saint Denis de la légende portait sa tête entre ses mains ?

Rien qvHun énorme et criant mensonge.

Vous savez bien qu^en prétendant, en votre déposition, vous être retourné pour me faire face après mon premier coup de feu au Panthéon, et n'avoir évité le danger de ynort au second coup qu'en vous protégeant la poitrine de votre bras droit, vous avez grossièrement menti.

Voiis savez bien que cette version s'est lamentablement effondrée sous le ridicule^ dont s^est ensuite couvert Vavocaillon venant^ après ^ous, refaire la pose suggérée du Ministère de V Intérieur.

Vous savez bien que^ dans le corps mMicat^ on s'' est quelque peu gaussé de votre coreligionnaire et sénateur^ le professeur à la Faculté de Médecine Pozzi, dépeignant les flots de sang qui auraient remonté sur votre manchette, en Vair^ commue un fleuve qui remonterait vers sa source !

Et alors est apparu^ sous un jet de lumière, le Dreyfus dont un de ses anciens chefs aux bureaux de f Etat-Major, le colonel Bertin-Mourot, disait en déposant devant la Cour de cassation le 20 Avril 1904 :

(( Mais je l'ai vu tout le temps mentir

» Je suis sorti du Conseil de Guerre (à Reime§) très » frappé par l'attitude de l'accusé. Je me disais : Pour- » quoi ment-il ? »

V analyse de Vhistorien sagace saura plus tard rattacher votre cas psychologique et votre impulsion de race au courant d'antisémitisme, marqué par la création de la Libre Parole en 1892 et par le dud malheureux du capitaine juif Mayer avec Mores. Au dedans de vous-même, vous avez ourdi les représailles

Mais, quels qu'aient été votre mobile et votre but, le Jury de la Seine a saisi toute votre Affaire dans le mensonge et la duplicité qui sortaient de votre accent étranger.

Et, en m' acquittant, moi qui venais de vous dire hautement, sans haine personnelle ni parti pris, mon opinion motivée de professionnel du journalisme militaire sur votre culpabilité, il vous a condamné, par voie de conséquence directe, une fois de plus.

« La Cour de cassation a proclamé ma complète innocence ! » nvez-imus crié. Vous n'avez pas crié : « Je suis innocent/ » ^

« 3Ion innocence, écrivez-vous ensuite aux journaux^ a été irréfutablement ^démontrée par la plus haute juridiction du pays. »

Mais nmi ! vous dis-je ! sans acharnement, et simplement parce que cette question là doit être posée : « Votre innocence n^est même pas irréfutablement démontrée par la haute juridiction civile qui vous prodama non coupable après que la juridiction militaire vous avait deux fois proclamé coupable, »

La Cour de cassation, tribunal suprême du Droit, s'est érigée pour vous en tribunal du Fait, adoptant en 1906 à votre profit une jurisprudence toute contraire à celle de la cassation avec renvoi qu'elle avait appliquée en 1899 ! Or, à V examen impartial, son arrêt en Fait ne tient pas debout dans ses a attendus » qu'on peut serrer en trois points :

P La Cour accepte la déposition de cet officier perdu de dettes et d'honneur, le commandant Estherazy, qui se déclare, à Londres, en votre lieu et place,non l'auteur, mais le copiste par ordre de la lettre surprise, le Bordereau.

Cette déposition lointaine, la Cour l'^accepte les

f/eux fermés, sans avoir entendu ni vu le commandant Estherazy, sans l'avoir confronté avec des contradicteurs, tels que les généraux Mercier et Roget, tels que M. Henri Rochefort, sans avoir fait venir et comparaître devant elle ce témoin plus que ce suspect.

Pour n'importe quel Jury, n'importe qui de bonne foi, cette déclaration non contrôlée,' non contradictoire et faite à distance, serait sujette à caution ou nulle.

2^^ La Cour, qui prend pour argent comptant les

déclarations au loin cV Estherazy, refuse de faire état des affirmations portées là, devant elle, par le commandant Le Brun-Renaud sur vos aveux du 5 Janvier 1895 avant votre dégradation, aveux confirmés par les témoignages concordants d^ autres officiers présents à r Ecole militaire, capitaine Anthoine, actuellement colonel du h"^ d'' artillerie à Dijon, commandant Guérin, actuellement général de brigade à Lyon,

Les Jurés parisiens, dans mon procès, ont pu voir devant eux le cofumandant Le Brun-Renaud en chair et en os ; ils Vont entendu maintenir ses dépositions faites à Rennes, puis à la Cour de cassation, et reproduisant votre phrase : « Si j'ai livré des documents à l'Allemagne » Le verdict des jurés a signifié ce qiCUs en

pensaient.

3^' La Cour nie Vexistence de toutes pièces secrètes, compromettant Vempereur d"" Allemagne et livrant le nom de Dreyfus. Mais la crise de la nuit historique du 12 Décembre 1894, les dépositions à la Cour de cassation du colonel Stoffel et de M, Ferlet de Bourbonne, attestent qu^un ou plusieurs documents de ce genre ont existé, puis disparu.

C'est cette preuve formelle de votre trahison, — ou livraison de documents à V Allemagne, — que le Président Félix Faure avait vue. Il en est mort,

La proclamation de votre innoceyice par Varrêt de la Cour de cassation est donc esse7itiellement réfutable.

C'est pour cela que le procureur général Baudoin, véritable auteur de V arrêt, doit être nommé grand-officier!

Et pour cela que les contribuables ont payé la note ! Frais de C Affaire Dreyfus ; demande de crédits supplémentaires à la Chafnbre, 34,140 francs. — Retraite d'Alfred Dreyfus, Officiel du 8 Novembre 1907 {: M, Al-

fred Dreyfus^ chef d^escadron^ 30 ans, 10 mois, 34 jours de SERVICES ! Pension avec jouissance du 25 Août 1907. Votre énigmatique sourire, Dreyfus, a dû voltiger sur cette fleur : 30 ans, 10 mois, 34 jours de SERVICES. (Test beau : Services !

Que la lumière soit encore! Et ce sera la lumière complète.

A votre tour. M, Joseph Reinach! Vous la cheville ouvrière de la Revision, — vous en êtes-vous assez glorifié ! — vous, le fameux chef d'orchestre du grand concert dreyfusard, vous rCavez osé venir sur ma convocation à la barre des témoins. Voccasion était belle pourtant de justifier votre rôle devant la nation représentée par les jurés, de le magnifier même aux yeux de votre race et du nbonde !

Je ne vous aurais pas demandé combien de consciences ont été achetées, combien d^ articles payés avec les millions du Syndicat juif sur budgets de publicité visés par vous, A peine vous aurais-je dit un mot du Panama, votre pouvoir occulte; — ils sont là, dans vos tiroirs, les noms des 158 parlementaires corrompus par votre oncle le baron! C^est de questions militaires, de vos aspirations militaires que je vous aurais parlé.

En Cour d^ assises, je vous ai montré pétulant' officier d'ordonnance, doré sur tranche, aux grandes manœuvres de 1891. Un nouveau Bonaparte perçait en vous

Ce n'était qu'un rêve, si Vun de vos coreligionnaires, autre officier d^ artillerie, restait condamné pour trahison^ s'il vous entraînait, par solidarité de race, dans la réprobation à laquelle sont voués les types de Judas.

Alors, vous 'avez attaqué furieusement VEtat-Maja,.

Alors, les journaux à votre solde, en France et à V étranger, nm^ ont craché V injure à la face. Alors vous avez invoqué contre nos chefs militaires le témoignage du précieux Conyheare en Angleterre ; ce pourquoi vous avez été mis en réforme après avoir passé devant un Conseil d^enquête.

Naturellement, depuis la Revision, votre chef-d^ œuvre, vous avez été réintégré comme Dreyfus.

Et aujourd'hui, vous voilà vice-président de la Commission de V armée. Est-ce assez ? Non ! Vous vous êtes institué grand-maître de VartiUerie française, Varme de Dreyfus. Rapporteur du projet de réorganisation, vous avez rapporté des choses étonnantes ; je vous cite, le style, c'est Vhomme ; a Des cieux sereins se sont trouvés tout

» à coup envahis par V orage C'est assurer plus soli-

» dément la paix... que de fortifier notre artillerie, » puisque c'est épaissir la partie trop faible de notre » bouclier. » Cela fait deux boucliers, celui du canon de 75, et celui de notre démocratie. Je cite toujours votre rapport.

Est-ce assez ? Non ! Vous avez pu parler à la tribune française, c'est d'hier, sur ce problème de l'augmentation d'artillerie. Et il n y a pas eu de poings français pour se tendre vers vous^ l'auteur du chambardement dan,s ('armée/... Vous avez pris la mesure de l'oubli des politiciens ou parlementaires contemporains.

Est-ce encore a;ssez ? Non ! Permettez-moi, M. Reinach, de vous passer aux Rayons X. Votre arrière-pensée intime, je vais vous la dire : c'est votre candidature que %>ous posez patiemment au portefeuille de la Guerre!

Rednach, le Reinach de l'Affaire, l'ancien officie/ de territoriale mis en réforme, ministre de la Guerre français! Pourquoi donc pas? Le Picquart, l'ancien lieu-

tenant'Colond mis en réforme, Vest bien, ministre de la Guerre, Alors, on en ferait le futur généralissime sous le futur ministre de la Guerre Reinach ?...

Voilà fourquoi vous rCavez reculé devant rien, — ah! la ténacité comme la solidarité juives furent admirahles, je le ^proclame plus haut que Drumont lui-même ;

et quand les chrétiens en feront autant Vous rCavez

reculé devant rien, pour déblayer votre route de cette grosse pierre d'achoppement, le précédent plutôt fâcheux de la trahison d'un officier juif comme vous !

Vous ne pouviez prévoir Ullmo.

Et la France a été chambardée, non pas seulement au dedans d'elle-même, mais au dehors, où vous Vavez fait couvrir de boue, pendant l'Affaire, par vos écrivains à gages et vos feuilles mercenaires.

Oui, mais à l'étranger, il y a quelque cJwse aussi de changé depuis mon acquittement. Voyez plus loin la lettre suggestive que vient de m' adresser en voyage, et d'Italie, le lieutenant-colonel du Paty de Clam : a Les débats de » votre procès, m'écrit-il, ont produit un efiet énorme » à l'étranger. »

Là donc, on se frotte aussi les yeux. Demain l'on y verra clair. Demain va défaire partout votre œuvre d'hier.

De tableau en tableau! De comédie en comédie!

'^Reinach, le Reinach de l'Affaire, l'invocateur en 1988 des foudres de l'anglais Conybeare contre les chefs de l'armée française, s' écriant hier à la tribune : « Une » armée puissante est la meilleure garantie de toute » NOTRE indépendance, de toute notre liberté d'ac- )) tion, de tous nos droits. » ( Vifs applaudissements,)

Et au Théâtre-Français, le Foyer, la pièce moins

forte toutefois que V affaire Steinheil, dont les auteurs bien connus font la morale à la Société ! Qu'un rictus énorme distende les mâchoires dans un accès d' hilarité macabre !

Théâtre dreyfusiste, ai-je dit. — Non par boutade/ Rigoureusement^ strictement. Les débats du procès d'il y a quelques mois entre M. Claretie et les auteurs du Foyer révélèrent ce détail attendrissant :

C^ était aux audiences du Conseil de guerre à Rennes ; de belles madames pleuraient ; elles- pleuraient sur le pauvre capitaine persécuté. V échange de leurs larmes fut rechange des premiers serments pour la réception dune pièce à la Comédie-Française. Les journaux ont publié les noms et la lettre de M""^ Mirbeau à M'"' Claretie.

Allons! Mesdames^ et vous, les auteurs en collaboration, relisez ensemble ces pages, sinon immortelles, du moins magistrales ; L'Invasion, et le Théâtre Juif, d'Octave Mirbeau, dans so7i pamphlet Les Grimaces !

A vous enfin, derniers naïfs de France, et, fai dit le mot aux assises, généreuses a poires » dans V Affaire, qui gardez encore quelques illusions sur la vérité, la justice et la lumière de la Revision, — à vous s"^ adresse la confession purement belle et d envolée pathétique d'un des meilleurs du journalisme contemporain, — un de rnes jeunes camarades d' Université, Gustave Téry. Sa lettre remise au cours du procès à M^ Menard, mon éloquent défenseur, qui l'a lue dans son émouvante plaidoirie, pourrait s'intituler : Repentir et regrets d'un Dreyfusard sincère ! Et il n'est pas le seul.

Les intellectuels redeviennent intelligents. C'est la crise finale du Dreyfusisme. S'il a pour lui le gouvernement, il a contre lui l'intelligence nationale. S'il a

"pour lui la majorité du Parlement^ où M. Reinach peut paraître à la tribune^ il a contre lui la majorité du pays.

Le paySy ce sont les âmes! C^est la pensée de ceux qui penserUy la réflexion de ceux qui réfléchissent, la sensa? tien de ceux qui sentent, Vinstinct de solidarité qui relie les êtres de même race ; — c^est le cœur des femmes oii luit toujours la flamme héroïque qui fit les Jeanne d^Arc et les Charlotte Corday; — ce sont les élans généreux delà jeunesse, — dont je fus, — où palpite le tempérament ancestral non encore déformé, non encore nivelé par le rouleau des nécessités ou des lâchetés sociales.

Jeunesse dont les flots poussés comme le rythme des values viennent battre les murs en brèche de la justice, ou les chaires branlantes d'enseignements violateurs de toutes traditions et de toute fierté nationale !

Salut à la jeunesse ! Salut à la race qui se ressaisit, et dont le Jury de la Seine dans mon procès fut le fidèle, courageux et fier interprète, comme il Pavait été dix ans auparavant au procès Zola ! Salut à Vâme nationale qui se retrouve! Et salut au bon Populo, criant sa joie patriotique à la Cour d'assises, après le verdict du Il Septembre 1908!

Les peuples ont le gouvernement qu'ils ynéritent. Le peuple de France, dont le coeur a battu dans celui de la population parisienne, éclatant en ovations chaleureuses à mon acquittement, ce généreux peuple de France mérite un autre gouvernement que celui du Dreyfusisme, Il n'a qu'à le vouloir,

Paris, Décembre 1908,

Louis Grégohi.

Lettre de Gustave Téry

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