UNE LETTRE DE
M. le U-Colonel du Paty de Clam
A L. GRÉGORI
Jjo lieutenant-colonel du Paty de Clam,' en voyage à F Étranger, a envoj'é d'Italie la lettre suivante à M. Grégori :
Rome, 3 Décembre 1908.
Monsieur,
J^ai reçu ici les épreuves de ma déposition et je les ai retournées, après correction.
Je suis heureux de cette circonstance qui me permet de vous adresser mes félicitations pour Vattitude courageuse que vous avez eue dans des circonstances si difficiles et pour Vénergie, VJiaMleté et la présence d'esprit dont vous avez fait preuve.
Les débats de votre procès ont produit un effet énorme à l'Étranger, malgré les efforts désespérés qu'ennemis et faux amis ont tentés pour les étouffer. Le germe d'une revision sérieuse de l'Affaire- Dreyfus existe dans ces débats ; ce germe pourra éclore quand les gens clairvoyants auront compris pourquoi les diversions bruyantes ou sournoises se produisent toujours de la même façon quand l'heure des explications décisives paraît sonner.
Comme vous l'avez fort bien écrit, c'est vous et nul autre qui avez risqtiê votre vie et votre liberté, c'est vous et nul autre qui pendant deux longues séances avez, avec 31^ Menard, tenu tête à toutes les forces coalisées pour empêcher la vérité de se faire jour, c'est vous et nul autre que le Jury de la Seine a acquitté. La question qui demeure est celle-ci : pour quelles raisons a-t-on voulu faire commencer l'Affaire Dreyfus au bordereau survenu « entre temps » ? Pourqîwî se refuse -f-on
énergiquement à laisser parler du « premier temps » pendant lequel se sont passés les événements décisifs ?
La falsification de la dépêche Fanizzardi^ dont je me proposais de parler à votre procès , est nn effet, ce n'est pas une cause,
La violation de Varticle 445, c'est un effet, ce n'est pas iine cause.
Parlons des effets et de leurs conséquences, soit. Mais n'oublions pas, ne laissons pas oublier, ne cherchons pas à faire oîiblier les causes.
V Affaire Ih'eyfu$ ne remonte pas à 1898. Elle remonte à ma connaissance à 1893, et c'est entre 1893 et oct.obre 1894 que les intéressés ne veulent pas qu'on aille regarder. Tôt ou tard, il faudra qu'on y regarde, soyez- en sûr, et votre acte qu'on voudrait étouffer prendra toute son importance.
Pour l'instant, laissons les braves gens leurrés se convaincre par eux-mêmes qu'on leur suggère une tactique d'avortement. Ne laissons pas oublier voire procès, revenons-y souvent, distillons-en les débats. C'est une parallèle ouverte devant la position et qu'il faut organiser solidement en vîie des cheminements ultérieurs.
Veuillez croire, Monsie^ir, à V expression de mes sentiments particulièrement distingués.
Lieutenant-colonel du Paty de Clam.
TÉMOrNS CITÉS AU PROCÈS
Voici la liste des témoins cités par M. Grégori :
1 M. Georges CLEMENCEAU, ministre de l'Intérieur ;
2 M. LE GÉNÉRAL PICQUART, ministre de la Guerre ;