‹ Le procès du Panthéon: 4 juin-10 et 11 septembre 1908, Grégori, Dreyfus et Zola, devant le juryChapitre 5 sur 15 · SOUSCRIPTION EN MON HONNEUR · texte numérisé non relu

SOUSCRIPTION EN MON HONNEUR

Paris, 5 Octobre 1908,

Mon cher camarade,

« Ces souscriptions, écrivez-vous, d^anciens officiers, de gentilshommes, de commerçants, d'ouvriers et d'ouvrières, de hons Français,,, ont dû être une joie et ime récompense pour Orégori. »

Oui, certes, une joie et une récompense qui paient de toutes les peines.

Mais ma première joie, ma première récompense — • nos souscripteurs ne m'en voudront pas de le proclamer — c'est à vous que je les ai dues,

A vous qui, dès la première minute, avez compris et fait comprendre mon geste.

A vous qui, camarade du lycée, êtes immédiatement accouru comme camarade Uu combat sur le terrain où, tout seul, j'avais engagé l'action.

A vous, paladin sorti des rangs de la démocratie, dont l'expérience de la vie et les mécomptes de la lutte sans trêve n'ont pas affaibli l'esprit de dévouement pour toutes les causes viriles, et de solidarité surtout vis-à-vis d'anciens comme vous qui reprenneni le flambeau d'énergie pour le transmettre aux générations suivantes !

Des anciens comme vous ? Que parlez-vous de nos âges ? L'énergie n'a pas d'âge ; la volonté n'a pas d'âge ; la conscience n'a pas d'âge. Et à vous, plus encore qu'à moi pourrait s'ap-

pliquer le pronostic de poète que m'écrivait jadis Victor Hugo : <i Vous serez un jour un vieillard, vous ne serez jamais un. vieux ! »

Les plus que centenaires cathédrales^ mon cher DrumonU ont Véterndle jeunesse...

Ah ! notre jeunesse, à vous et à moi ! Gomment nous apparaît-elle dans le tournoiement tragique des événements contem porains ? '

De noire vieux lycée Gharlemagne, à La Libre Parole, (t de La Libre Parole au Panthéon, quelle divination aurait pu parcourir à V avance ces deux étapes d'histoire au hout desquelles nous nous retrouvons ? Et plus près même V un de l'autre, que nous ne Vêtions sur les bancs en gradins de 1 1 rhétorique d'où nous écoutions la bonne parole d'éléganc' élevée d'un maître disert, tel que M, Gaston Boissier, ou lu science robuste des « développements » du père Lemairv. « Père )), le joli mot familier des élèves vis à vis des maîtres î La France impériale était alors l'arbitre de l'Europe, et il n'y avait pas de question juive ou d'Affaire, — parce qu'il y avait un gouvernement fort. Gela dit par simple acquis de conscience. Nous, les Jeunes, nous étions plus ou moins de l'Opposition.

Et nous en sommes encore, de l'Opposition, nous, les Anciens, non phis par entraînement de jeunesse, mais par mentalité d'hommes mûrs, et parce que dans notre pensée ki France sera ou ne sera pas, la nationalité française sera ou ne sera pas, — . suivant que le régime actuel sera ou ne sera pas.

G'est la beauté de la souscription que vous avez ouverte en mon honneur, mon cher Drumont, c'est sa beauté de signifier ' qu'elle salue votre initiative et la mienne, pour libérer le pays d'une basse tyrannie qui nous déprime, nous divise et non s ravale.

L'éventuelle gravité des complications extérieures n' exige t-elle pas que nous puissions marcher unis, confiants et lu tête haute ?

Voilà ce que me disent, entre les lignes, ces souscriptions qui font de chaque liste publiée par La Libre Parole une lecture si suggestive.

Petites ou fortes, centimes ou francs, elles apportent le salut d'autant d'âmes françaises auxc deux camarades dti bon combat, Edouard Drumont et Louis Orégori.

Partageons-en la fierté, mon cher ami. Four ma part, y entends Vappel suprême qu'elles contiennent : En avant ! et encore en avant !

Ce n'est donc pas seulement de leur mouvement généreux que je crois devoir remercier vos souscripteurs, c'est aussi de la confiance qu'ils mettent implicitement en moi comme en vous.

Aller jusqu'au bout de la tâche commencée tel est le devoir dont l'indication se dégage de ces manifestations les plus variées. Je saurai le comprendre, et je crois qu'il n'y aura pas de meilleur témoignage de ma reconnaissance à toutes et tous pour leurs offrandes oin se reflètent leurs espérances.

Que toutes et tous, femmes de France et concitoyens qui m'honorent de leurs encouragements en cette forme tangible, sachent bien ma résolution d'y répondre en poursuivant la lut e.

Que toutes et tous sachent mon soin attentif à noter les mentions qui font le succès des listes de souscriptions de La Libre Parole.

Souscriptions qui proviennent de la Patrie française ou de l'armée, de prolétaires ou de députés nationalistes, d'ouvrières ou de grandes dames, ce sont autant de présages d'union et d'élan pour la bataille finale à livrer.

Ce sont autant de gages du mouvement ds fond qui renversera le gouvernement de Dreyfus et permettra de le remplacer par un pouvoir enfin digne de la France, digne de son passé, digne des véritables aspirations nationales !

Louis Grégori.

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