PREMIÈRE JOURNÉE
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a Une salle envahie bien avant l'heure des débats, dit le compte rendu des grands journaux parisiens. A tel point que les témoins ne sauront oii se mettre. » C'est l'enceinte des places assises ou réservées. « Beaucoup se retrouvent qui, à cette même date, jour pour jour, il y a neuf ans, revenaient de Eennes. C'est un anniversaire. »
Nombre de toilettes féminines. Les amis de Zola, les partisans de Dreyfus sont venus des premiers. Les amis de Grégori, sa famille, sœur, fille, et nièce, vofsinent sans embarras avec les précédents. Le beau temps de la saison fait passer une brillante lumière par les hautes fenêtres entre -Ouvertes.
Sur les bancs des témoins, on regarde beaucoup Alfred et Mathieu Dreyfus, le commandant Le Brun -Renaud, le colonel du Paty de Clam, MM. Henri Rochefort, Maurice Berteaux, Pierre Biétry, JPerlet de Bourbonne, etc.
Pour le public debout, pour le poptdo d'une inlassable patience à faire queue malgré l^s rigueurs de consigne et la sévérité d'un service d'ordre exceptionnel, les portes s'ouvrent à midi. La place est remplie en un clin d'œil. Pas de doute, à regarder tous ces braves gens et, ces gens braves : ils sont venus pour voir et pour applaudir, sinon de leurs mains, au moins de leurs cœurs, l'auteur de l'acte du Panthéon. Le Dreyfusisme n'a mordu en rien sur l'instinct populaire, sur le bon sens de la masse. L'attitude et même les manifestations de ce « gros public » le prouveront tout au long des débats.
A midi, la Cour entre en Séance. Elle est présidée par M. le conseiller Ch. de Vallès, qu'on sait avoir été substitut à Belley, ville natale de l'accusé Grégori : coïncidence du destin ! M. l'avocat général Lescouvé occupe le siège du ministère public. Au banc de la défense est assis M® Joseph Menard, vice -président du Conseil municipal de Paris, assisté de ses secrétaires, M^^ Paye et Couprie.
Lorsque raccutié Grégori se préseule, escorté de trois gardes municipaux, un murmure de sensation parcourt Tauditoire. Tout le monde se lève. L'auteur et inculpé de Tacte du Panthéon produit du reste une ti-ès heureuse impression avec son air calme. C'est un homme de taille moyenne, les cheveux commencent à grisonner. Il est vêtu d'une jaquette foncée, un crêpe au bras, en deuil de sa mère, morte à la fin de l'an dernier.
« Il promène sur l'assemblée, disent encore les comptes rendus de Journaux, la lueur perçante d'un regard très vif ; souvent accoudé sur la balustrade, soutenant sa tête dans sa main, avec une attention toujours également soutenue. »