ICONOGRAPHIE
Compliquée par les nombreuses figures destinées à illustrer les multiples éditions de la THERESE PHILOSOPHE, de la SOR- CIERE et même de RECUEILS publiés à l'étranger, une Iconographie du Procès Girard-Cadière est presqu'impossible à faire, car il est fort probable qu'un certain nombre de gravures apologiques, satiriques, caricatures, dessins, et même peintures, ne sont, pas plus parvenus jusqu'à nous, que les fameux rubans « à la Cad' ère », qui furent à la mode au moment du jugement, et sur lesquels, étaient brodés les principales scènes de cette affaire.
Cependant la bibliothèque de Lyon conserve (124), dans un exemplaire de la « Procédure sur laquelle le père J.-B. Girard », etc. (125), un signet fait d'un ruban de soie blanche moirée, de 3 cm. de large, avec une dentelle en chenille de soie bleue,- sur lequel sont peints, à la gouache, le père Girard, en noir, et Catherine Cadière, en rose; les fleurs qui alternent avec les personnages paraissent imprimées avec quelques roucîies de gouache (126) (Voir reproduction).
Cette excentricité de la mode peut nous paraître excessive aujourd'hui, mais il ne faut pas oublier que nous sommes en plein xviiP siècle et qu'alors les « roués » venaient de lancer les « vestes de petits soupers ». Comme les pourpoints, suivant l'usage du moment, se portaient boutonnés jusqu'en haut, on ne pouvait voir que la partie supérieure de ce vêtement; mais pendant les fêtes, d'un certain genre, les débauchés déboutonnaient leurs pourpoints et montraient à leurs compagnes des scènes d'orgies, avec tous les détails lascifs inhérents, peintes ou brodées sur leurs vestes. (127)
(124) Sous le numéro 27373.
(125) Voir titre complet, page 84. ■
(126) Renseignement dû à l'amabilité de M. H. Joly, conservateur de la bibliothèque de Lyon.
(127) Chronique Scandaleuse. Paris 1791.
Ruban de soie blanche moirée
avec personnages peints
servant de signet à un volume
de la Bibliothèque de la ville de Lyon
Si nous avons parlé de peinture, c'est que le souvenir d'un « Tableau dans lequel on dépeint le père Girard, les yeux levés au ciel et les mains élevées au-dessus de sa tête, mais en le regardant dans un certain jour, on aperçoit une jeune fille peinte au-dessus de luy », nous a été conservé par les vers suivants qu'il inspira (128) :
Lorsque ce directeur sonde sa pénitente Et qu'il porte sur elle, une main pétulante, N'allez pas critiquer sa vive charité, Il poursuit l'ennemy de sa Société.
Soleinne possédait un recueil de 48 gravures (n° 3782 de son catalogue) qui comprenait:
La suite des 32 planches, publiées sous le titre de « Histoire du P. Girard » (130).
Une suite, peu commune, de 7 jolies figures, in-8°, gravées par Larmessin d'après Vanloo.
Cinq estampes gravées, par Diacre:
Deux dessins à l'encre de Chine et quelques autres gravures, malheureusement, non décrites.
Il y eut, sans doute, de nombreux dessins, que l'on colportait sous le manteau et qui ne furent jamais gravés, témoins les:
Cinq Estampes que l'on a prétendu avoir parues à Toulon... (en mars 1731) et dont le manuscrit n° 23861 de la Bibl. Nat. nous a conservé la description:
LA Ire ESTAMPE représente l'Evêque de Toulon, en habits pontificaux, crosse, ayant pour mître la coiffe de la sœur Cadière, sur laquelle on avait mis une calotte de plomb. Derrière luy, on y voyait le père Sabatier, jésuite, qui le tenait par des rênes et au-dessus, on y lisait, en gros caractères: « A Monsieur de Montauban, Grand Vicaire du Père Sabatier, Jésuite. »
On a voulut, par cette estampe (131), reprocher au bon prélat qui n'est pas moins respectable par sa naissance que par sa dignité, son peu de génie, sa crédulité sur les prétendus miracles de la Cadière et son aveuglement pour le père Sabatier qui a toujours passé pour avoir un empire absolu sur son esprit, chacun veut que l'esprit turbulent de ce père soit la seule cause de l'éclat qui a fait cette affaire et cela sur l'assurance qu'on donne qu'il n'a pas tenu au Carme et à la famille
(128) Dont une copie figure dans le « Recueil n° 14606/831 de la Bibliothèque de Chartres.
(130) Voir: Bibliographie, page 47.
(131) Ces appréciations, ainsi que la description des estampes, sont copiées textuellement sur le manuscrit 2386Ï, déjà cité.
Cadière qu'elle n'ait été assoupie dans son commencement, et M. l'Evêque qui en avait apparemment d'abord senti la conséquence, leur en avait, dit-on, . donné sa parole d'honneur, mais la demande qu'il fit faire le lendemain à son officialité, rompit toutes ces mesures, rendit la chose publique et ces gens-là, dans leur surprise, furent forcés d'avoir recours à la justice séculaire.
LA 2me ESTAMPE représentait la Cadière dans un nuage de gloire tenant d'une main l'habit de la Société (de Jésus) et les trois Commissaires placés au dessous dans ces situations: M. l'abbé de Charleval regardant cet habit avec crainte. M. de Faucon en décrottait les. bords et M. d'Argens y passait les vergettes (132) pour masquer leur crainte et leur envie de plaire à la Société.
LA 3me ESTAMPE représentait M. l'abbé de Charleval assis dans un fauteuil et le père .Girard qui lui présentait une mître avec ces mots: Asperges me hyssope et mandabor la vabis me et supes nivem dealbabor.
LA. 4me ESTAMPE représentait les trois Commissaires et
le père Girard qui leur présentait une bourse en leur disant:
Quoniani iniquitatem. mean ego cognosco, et peccatum moiin contra me est semper.
Enfin une CINQUIEME oh ces mêmes commissaires étaient représentés et auxquels ce Jésuite tenait ce discours: Bénigne fac Domini in bona voluntati tua Sion; ut œdificentur mûri Jérusalem...
Allusion que faisait apparemment l'auteur à une maison de Jésuites qu'on voyait dans le lointain.
L'arrivée à Toulon des deux Commissaires délégués par la Grande Chambre du Parlement d'Aix: M. de Faucon et l'abbé de Charleval, soupçonné d'aspirer à la mître et du Procureur général, M. d'Argens, à qui l'on prêtait certains projets cupides, donna naissance également à une estampe, dont le dessin, à l'encre de Chine, après avoir circulé dans Toulon, fut, dit-on, envoyé à Genève pour y être gravé. (133)
On y voyait Catherine Cadière dans une espèce de nuage lumineux. Le père Girard, assis dans un fauteuil la contemplait, l'abbé de Charleval d'un côté, à genoux, décrottait le bas de sa robe et M. de Faucon, vis-à-vis, lui disait: « Vous n'ôterez pas tout ». M. d'Argens, de l'autre côté, frottait également la robe avec un mouchoir, avec la légende: « Vous noircirai plutôt votre
(132) Brosses pour habits.
(133) Manuscrit 23860, déjà cité.
Girard délit. Cadiére - Sculpsit.
J'ay une grande faim de vous revoir!!!...
mouchoir «. Dans l'éloignement des Jésuites apportaient une mître à l'abbé de Charleval et une bourse à M. d'Argens.
La Bibliothèque Nationale, de Paris, et, le Musée Arbaud, à Aix, conservent dans leurs cartons:
Une suite de quatre gravures, à l'eau-forte, portant l'indication d'origine « London, 1730 », signées de noms de peintres et graveurs imaginaires: /. B. Girard, Cath. Cadière, etc.
Elles représentent:
\° Le P. Girard contemplant les seins de la Cadière.
Signé: Battarelli P... Guioul S... Légende: Ma chère Petite de 3 ans, oubliez et laissez faire. ■
2° Le P. Girard regardant la Cadière se tordant sur son lit.
Signée: J. B. Girard, inv... Cat. Cadière. Seul. Légende: J'attends qu'elle revienne pour lui parler de Dieu.
3° Le P. Girard fouettant la Cadière.
Signée: Molinos, inv... Girard Se... Légende: La justice de Dieu exige que vous soyez mise à nue.
4" Le P. Girard embrassant la Cadière à travers la grille du couvent.
Signée: Escobard inv... Girard Se... Légende: J'ay une grande faim de vous revoir et de tout voir.
Nous donnons une reproduction de cette même scène, mais renversée de sens, avec les signatures imaginaires: Girard, délit... Cadière sculpsit, mais simplement gravée aux traits, et portant, en haut, à droite, la mention « P. L. 152 F. », dont nous ignorons la provenance. (Reproduction).
Le JOURNAL DE BARBIER 'signale deux estampes « indécentes lorsque l'on les regarde par derrière ». Dans l'une, nous dit-il, le père Girard donne la discipline à Cath. Cadière; dans l'autre, lé père Girard la caresse pendant qu'elle se confesse à un carme!
On nous a également signalé une pièce in-folio, anonyme avec cette légende satirique:
« Girard délivré ainsi que Barabbas, le B. H. Paris, condamné ainsi que Jésus-Christ. »
Dans la collection d'estampes relatives à l'histoire de France, léguée, en 1863, à la Bibliothèque Nationale, par M. Michel Hennin nous retrouvons une caricature anonyme, gravée à l'eau forte, nous montrant:
« Catherine Cadière montée sur un perchoir et embrassée par un pisçau à tête d'homme; autour d'elle, sur des branches (j'arbres, sont
perchés d'autres oiseaux, également à têtes d'hommes. » (129 (Reproduction).
Grâce à l'amabilité de MM. P. Fournier, conservateur à la Bibliothèque Nationale, et, Raimbault, conservateur du Musée Arbaud, à Aix, nous avons pu identifier quelques portraits de: