‹ Le procès Pache (extraits du dossier)Chapitre 24 sur 66 · XII · texte numérisé non relu

XII

SAMPSO à Charles HESSE

Besançon, le 8 Avril lyp^, Van 2^ de la République Française.

Mon Général, Votre silence me fait craindre pour votre santé, cette crainte m'afflige, veuillez, je vous prie me tirer d'inquiétude ; écrivez-

(i) Bouis (Joseph-Marie), aide de camp de Hesse. Cf Chuquet, 0/. cif, p. 415.

moi un mot, dites-moi que vous vous portez bien et me voilà content.

Les nouvelles de l'armée de la Belgique sont très affligeantes. Les troubles de l'intérieur sont une suite indispensable de la perfidie de Dumouriez. Ce scélérat voulait donc nous donner un roi, il veut nous intimider encore, par les proclamations qu'il a faites à son armée ; mais le monstre courbera la tête sous le glaive de la loi.

Besançon s'est ressenti de la secousse qui a eu lieu dans presque tous les départements de la République, mais les corps administratifs ont prévenu l'orage, en mettant en état d'arrestatation, 126 individus suspects. Cette mesure a été prise, parce que nos aristocrates se félicitaient déjà que la perfidie de Dumouriez favoriserait la contre-révolution ; les jacobins redoublent de surveillance, les vrais sans-culottes s'oublient toujours lorsqu'il s'agit de sauver la chose publique.

Je vous avais annoncé, dans ma dernière lettre, que le Général Wimpffen devait venirprendre le commandement de la 6^ division; il est enfin arrivé le 4 du mois, il a été réquérir le département d'enregistrer sa commission. Le directoire a cédé aux désirs du général, mais l'enregistrement fait, le procureur général syndic et le président ont dit à Wimpffen, qu'ils lui conseillaient au nom de la chose publique de se retirer de Besançon où sa présence ne pouvait qu'être nuisible ; le directoire de district et la municipalité sont venus ensuite, ils ont tous parlé le langage de la vérité, le maire s'est surtout distingué par son énergie Enfin Wimpffen à qui le cœur a dicté une mesure sage, a prié les administratifs de recevoir sa démission, et il est parti sur le champ. Un conventionnaire qui se trouve en cette ville a ordonné au général Sparre (i) de rester jusqu'à nouvel ordre.

(i) Arthur Chuquet, op. cit : p 218.

Le général Deshautschamps(i) vient d'obtenir sa retraite àcause d'infirmité. Legrand est toujours le même. Le commandant de la place m'a chargé de vous dire que votre fusil ne serait fait que dans le courant de la semaine et qu'il ne manquera pas de vous le faire passer tout de suite. Le citoyen commandant m'a chargé, en outre, de vous dire mille choses honnêtes.

Les troubles des environs des [un nom de lieu illisible] sont apaisés ; il y a une grande quantité de prisonniers ; il serait à souhaiter que les lois fussent promptes et sévères. 11 n'y a rien de nouveau du côté de la Suisse.

Des nouvelles que je viens de recevoir de Perpignan m'annoncent que le département manque absolument de troupes, des armes, des munitions de guerre et des denrées, mais, quoique l'on manque de tout, les Espagnols n'osent pas nous attaquer, ils sont sans doute convaincus de la vérité que les hommes libres vaincront toujours les esclaves et les despotes.

Donnez-moi, je vous prie, des nouvelles de Paris et de la Convention. Dites-moi l'époque où vous croyez que Bouis arrivera à Paris, je ne sais plus de ses nouvelles depuis le 17 du mois passé.

Recevez, je vous prie, l'assurance de mes sentiments fraternels, je suis avec cordialité citoyen général, votre dévoué concitoyen.

Le Républicain,

Sampso.

P. S. — Brian d'Ormois et les sans-culottes de Besançon vous disent mille choses honnêtes. Courage, mon général. Les revers de la république doivent augmenter s'il est possible, notre courage. Nous devons sauver la république, dussions-nous mourir;

(i) Cf. A. Chuquet, p. 220.

nous devons tenir notre parole. La liberté ou la mort, doit être à jamais notre devise.

Le citoyen Sampso est lieutenant colonel du 3e bataillon du Gard, installé par moi et confirmé par vous, alors ministre.

Charles Hesse.

XIII ]i5]

Charles HESSE à PACHE

L'ail ^^ de la Liberté, le 8 avril i'/p2, à Paris.

Moyens infaillibles, pour savoir tous les projets des puissances étrangères, à très peu de frais, et sans ambassadeurs ni envoyés, ni consuls (i).

M. Bettmann, de Bordeaux, a dix millions de bien. 11 est banquier et consul pour S. M. l'Empereur dans cette ville. Il faudrait donc aviser, soit par un de ses commis, soit par un de ses agents au moyen de découvrir les intentions de l'Empereur. Cette commission ne doit être confiée à Bordeaux qu'à deux ou trois personnes au plus, dont la prudence, la discrétion, l'honnêteté et l'esprit, soient parfaitement connus. Ce Bettmann de Bordeaux est sans enfants et a soixante et douze ans. Toute sa fortune retombe à son frère qui demeure àFrancfort-sur-le-Mein. Celui-ci est le banquier de toutes les cours d'Allemagne et particulièrement de S. M. l'Empereur. 11 est chargé spécialement de

(i) Hesse qui avait voyagé, connaissait l'Europe et particulièrement TAllemagne: il Kjait les journaux allemands. II traitera dans la suite les questions de politique extérieure dans VAmi des lois. (Chuquet, op. cit. p. 377).

toutes les remises d'argent pour les troupes, paiements, approvisionnements et magasins de guerre. Sa fortune est immense et sa cupidité insatiable. 11 est en correspondance journalière avec son frère de Bordeaux qui frète journellement des vaisseaux pour Ostende, Trieste, Dantzig, Hambourg et Thorn. Je recommanderais également à la surveillance des amis de la constitution de Marseille, avec les mêmes précautions qu'à Bordeaux, le chevalier d'Aquino, consul du Roi de Sardaigne, subtil et fin comme un Italien, et M. Kick, consul de Sa Majesté l'Empereur. Il y a de plus, deux négociants à Marseille, dont j'ai oublié le nom, qui sont en correspondance directe avec le ministère et le comité autrichien, et qui frètent également pour Trieste, Livourne et les iles du Levant.

11 existe aussi à Bordeaux, une maison de banque, dirigée par M. Valkiers de Gamarache, riche négociant de Bruxelles, et successeur des frères Rambert (c'est entendu). 11 me semble que des agents actifs et intelligents et surtout bien payés, envoyés dans ces deux villes sous le prétexte spécieux du commerce, auquel même on pourrait les intéresser pour en être plus sûr, voyageant en outre sur les vaisseaux frétés, pourraient nous rapporter des renseignements positifs et détaillés (c'est entendu).

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