IX
TREILHARD à PACHE
Citoyen ministre,
Sous le secret, je préviens que vous n'avez plus que très peu d'heures pour vous soustraire aux malheurs qui vous sont préparés par les ennemis du bien. Profitez de mon avis, fuyez au plus vite, avant deux fois vingt-quatre heures, vous êtes perdu ; si vous restez, les Manuel, les Thuriot, les Marat ont gagné leur cause, tout est perdu, fuyez. Brûlez la présente et profitez de ma leçon.
Treilhard.
Le 31 décembre 1792.
TAILLEFER à PACHE
Paris, le 22, soir.
Je prends la liberté, citoyen, de vous demander si vous avez encore saisi l'occasion de conférer avec quelques uns de vos collègues, sur le mémoire que je vous ai soumis, relativement à la guerre de la Vendée, et aux moyens de la comprimer. Les circonstances deviennent de jour en jour plus urgentes ; tous les bons esprits sentent la nécessité d'en venir à une mesure décisive pour en finir, on en a encore parlé dans la Convention au-
jourd'hui, et ceux-là même qui ont combattu la proposition d'un tocsin universel dans toute la république, idée effectivement peu sage, et qui dans certains départements pourrait amener des résultats avantageux à la malveillance, n'ont cependant pas laissé de convenir que dans les départements du centre dont l'esprit est bon et auxquels Paris donne le ton, cette mesure serait salutaire et qu'en définitif, on serait réduit à l'employer, avec peu de fruit sans doute, si l'on attendait à la dernière extrémité ; tel a été notamment Tavis de Thuriot, dont le civisme et le jugement vous sont connus.
Pour l'amour de la Patrie, citoyen, je vous conjure d'exposer ces idées, nos maux, nos dangers, nos ressources, nos moyens, à ceux de vos collègues qui possèdent votre confiance; encore une fois, il n'y a pas de moments à perdre, nous n'en avons que trop perdu. L'audace, les succès des rebelles sont dûs à notre faiblesse, à notre inconcevable torpeur; bientôt, si l'on ne lui oppose pas le développement de la grande, la dernière ressource des Républicains: l'insurrection, nos maux deviendront à leur comble ; la république périra, l'épée de Damoclùs frappera nos tètes.
Vous savez qu'une foule de ces vils soldats faits prisonniers, ou plutôt complices, et propagandiste:^, à Saumur, se sont glissés dans la section de Paris, et ailleurs, ou ils poursuivent l'esprit public par des prolégomènes infâmes, à la louange des révoltés. Hier, j'en ai fait saisir plusieurs dans la section des Tuileries que j'habite. La Convention a prononcé un décret aujourd'hui, contre les gens, mais sans une exacte surveillance, ils peuvent corrompre. Mais si, l'on ne secoue cette bonace léthargique avec le trident de l'insurrection, bientôt la Vendée sera appelée par la perte de l'esprit public, et d'ici on lui tendra la main.
Conférez avec vos amis, avec vos collègues, avec les grands colliers des jacobins sur toutes ces choses. Secouez le Comité de salut public, qui s'endort ou s'affaisse sous le travail ; proposez lui cette mesure dont j'ai parlé ou telle autre meilleure que
votre sagesse aura suggérée. Je sais qu'on offre de dix à douze mille soldats tirés de Metz. Excellente ressource, sans doute, mais elle n'est pas encore en mouvement, mais elle n'en rendra que nos moyens plus forts sans les rendre inutiles, d'ailleurs, le temps se perd. Le Comité nous fait des bouts de rapport, cela ne satisfait pas ceux que les dangers de la patrie alarment. Adieu. Citoyen, recevez mes fraternelles salutations.
Taillefer, député.
Rue Saint-Nicaise, n^ lo.
Ecrivez-moi un mot en réponse, s'il vous plait.
XI [II] Charles HESSE à PACHE (i) A Paris, Je 14 Mars lyg^ Van 2^ de la République Française.
Citoyen maire, je ne parle plus de moi, mais bien de la chose publique, si je connaissais le ministre de la guerre autant que vous, je m'adresserais à lui. Voici le fait en peu de mots :
Votre successeur Beurnonville est un coquin (et je le prouve). A l'époque de la trahison de Dumouriez, le fameux Custine envoyait à Besançon le général Wimpffen, contre-révolutionnaire connu mais les corps administratifs lui ont signifié de sortir de la ville, et je vous envoie à cet effet, la lettre originale qui m'est écrite de Besançon, en date du 8 avril, par un homme irrévocable, cela doit vous prouver la connivence de Dumouriez, de Beurnonville et de Custine, je vous le repète encore une fois,
(i) Cf. Arthur Chuquet. Un prince Jacobin, Charles ae Hesse ou le général Marat. Paris, A. Fontemoing, 1906 in-8° 423 p.
dussè-je perdre ma tête sur un échafaud, vous n'ouvrirez les yeux sur Custine que lorsqu'il ne sera plus temps.
Vous verrez, par un article de cette même lettre, que Perpignan est dépourvu généralement de tout et j'ai remis le même état il y a quinze jours à Servan qui a rougi et ne m'a rien répondu (et on veut faire la guerre aux Espagnols).
Je vous dénonce en outre le citoyen Dubreton, commissaire ordonnateur à Bayonne, comme un aristocrate fieffé (et je prouve) il sort des bureaux de la guerre et a travaillé sous Lajard et D'à baucourt et mon aide de camp Bonis (i) me le dénonce en date du 9 avril 1793 et signe comme moi, j'ai sa lettre entre les mains (et on veut faire la guerre aux Espagnols) ; en vérité, c'est une démence.
Citoyen maire, j'ai rempli mon devoir, je réclame le vôtre.
Je suis avec respect et la plus profonde estime.
Charles Hesse, lieutenant général.
P. -S. — Si vous n'avez plus besoin des deux papiers que je vous ai confiés, il y a huit jours, je vous prie de me les renvoyer.