XIV
Le Même à PACHE (i)
Orléans, le 6 Mal i"]^), l'cin 2^ de la République Française.
Vertueux magistrat, je dépose les peines de mon cœur dans votre sein. Voici le fait :
J'ai été nommé le i6 mai général de division dans l'armée des Alpes, et les commissaires Dubois-Crancé et Albite m'avaient laissé en partant de Paris un ordre par écrit, pour rester à Lyon et y prendre le commandement, car nous avions prévu tous les malheurs. Arrivé à cette ville, eh bien ! le i8 mai, deux jours après le départ des commissaires, Bouchotte m'a ordonné de partir 1 our Orléans. J'ai refusé, il a insisté, j'ai dû obéir. A présent, je \ous demande s'il ne m'est pas permis de croire que Bouchotte fut dans le secret ; et certes, je vous le dis en confiance, si j'avais été à Lyon, les patriotes eussent été vainqueurs, sans effusion de
(i) Cf. Arthur Chuquet, op. cit.
3â LE PROCÈS PACHE
sang. J'en pleure de rage. Répondez-moi sur cet article, car je le crois de la plus haute importance.
Dieu merci, les quatre commissaires aristocrates de la Convention sont partis avant-hier de notre ville. Lcsagc était le plus dangereux de tous. Ne le perdez pas de vue ; car à coup sûr, c'est un des agents du complot brissotin.
Je vous ai promis de vous instruire des faits qui pourraient compromettre la chose publique ; je vais vous tenir parole, et je vous dénonce une force départementale que j'ai découverte à Orléans, et voici la copie de ce que j'ai écrit à ce sujet à l'adjoint Deforgue, ^^ division et la municipalité provisoire d'Orléans, aussi bonne que celle de Paris, écrit par le même courrier à ses députés à la Convention.
« Les Volontaires de Seine-et-Marne qui sont ici depuis le « 24 mai, au nombre de quatre compagnies et qui y attendent « l'arrivée de cinq autres pour compléter un bataillon, ont une « solde de trente francs par jour qui leur est payée par le depar- « tement du Loiret, et qui doit être remboursée par le départe- « ment de Seine-et-Man/e, au moyen d'une imposition que ce « département doit lever sur les riches. Ce bataillon, en outre, « n'est avoué, ni par le Ministre de la Guerre, ni par le pouvoir (( exécutif provisoire, et cette levée de trente francs par jour (( est contraire à toutes les lois. Il étoit bien libre au départe- « ment de Seine-et-Marne de mettre dans la poche de chaque « volontaire cinquante louis, si cela lui eût convenu, mais ce « département ne pouvait pas créer de soi/ a 11 for/ /c privée une « paye plus haute que celle des autres troupes, ety6' vo//s déi/oucc « ce fait comme attentatoire à la liberté p//hliqiie et an maintien de (( la diseiplii/e et de la tranij/iillité (i). Je vous avoue même que
(i) Chuquet, op. cit., p. 228-n. Hesse à Bouchotte (3 juin) et à Deforgues, 5 juin (A.GJ.
« les autres troupes n'ont pas vu avec plaisir l'augmentation de « solde dont jouissent prématurément les quatre compagnies de « Seine et-Marne, quoiqu'elle soit accordée par le département. « C'est une providence que cette différence de paye n'ait pas em- « pêche la création des quatorze bataillons déjà partis pour « Tours. Il aurait pu en résulter les plus grands malheurs. J'ignore (( l'intention du fondateur ; elle est perfide et punissable au der- « nier point. Faites-en part au ministre de la Guerre pour qu'il « prenne une connaissance prompte de tous les faits, et qu'il « avise aux moyens qu'il jugera les plus convenables ».
Je vous prie d'en conférer avec Collot d'Herbois, Julien, et les députés du Loiret ; car cela mérite d'être approfondi et pourroit donner lieu à des éclaircissements très curieux.
La société populaire est excellente et l'esprit public gagne chaque jour. De mon côté, nuit et jour, je suis occupé des intérêts de la république et je puis dire avec fierté que je la sers gratis, car on ne paye, ni moi, ni mon aide de camp.
Adieu, citoyen Maire. Je vous offre mon respect.
Le général de division,
Charles Hesse.