‹ Le procès Pache (extraits du dossier)Chapitre 27 sur 66 · XV · texte numérisé non relu

XV

Le Même à PACHE

Orléans, le 24 juin iJÇy, l'an 2^ de la République française, une et indivisible.

Citoyen Maire, J'invoque toute l'influence de votre amitié et de votre estime pour moi. Je la mérite, car je suis honnête homme et s'il pou-

vait vous en rester un doute, je vais vous en donner la dernière preuve.

Les commissaires de la Convention Bourdon de (l'Oise) et Dameret viennent de nous démontrer, au Comité du salut public de la municipalité d'Orléans, que l'armée de Tours est désorganisée ; que les généraux de cette armée, à l'exception de Santerre, sont des traîtres et des imbéciles, vu qu'on n'a pris aucune des dispositions militaires d'usage ; en un mot qu'il n'existe ni redoute, ni retranchements, ni avants-postes, ni postes détachés, ni correspondance établie. Il ne m'appartient pas d'en juger ni de prononcer, puisque je suis à Orléans. Ce que je sais bien à la vérité, c'est que le député Carra a empoisonné l'esprit public.

Pour remédier à tant d'inconvénients, les commissaires de la Convention doivent demander au Comité de salut public de la Convention le pouvoir de m'installer général en chef à Tours. Je m'y suis refusé et je m'y refuse encore. Dépourvu d'ambition, d'intérêt et d'amour-propre, je ne puis, ni ne dois accepter la place de général en chef; car quoique depuis le 14 juillet 1789, je sois resté, comme Marat, incorruptible, et ce qui est plus étonnant encore, quoique je n'aie jamais été dénoncé, j"ai contre moi le péché originel ; car je suis né pour mon malheur prince de Hesse, et il ne convient pas à la nation française d'avoir pour général en chef, un prince de Hesse, quand elle fait la guerre à tous les tyrans d'Allemagne. Je vous conjure donc^ au nom de la chose publique et comme citoyen français, en mon propre nom, de me laisser en seconde ligne et de vous opposer à ma nomination sur laquelle vous devez être consulté.

Je vous rendrai bien plus de services, comme général de division, car ainsi que Marat, je ne cesserai de vous dénoncer les aristocrates, les feuillants et les traîtres. J'ai la fierté et la certitude de vous dire que j'ai déjà sauvé six cents millions à la France, et la paix serait déjà faite, si les ministres de la République, avaient voulu m'en croire. Mais, ainsi que Cassandre et

Marat, je suis toujours écouté et jamais cru. Laissez-moi donc retourner à l'armée des Alpes avec mon ami Dubois-Crancé et je vous promets de vous rendre un bon compte de Lyon et des frontières.

La seule demande que j'ose vous faire et que je vous ferai toujours, c'est de me protéger contre mes calomniateurs et d'obtenir de la Convention nationale, quand la paix sera faite, du pain et un asile pour y mourir en repos ; car il est bien juste qu'elle récompense un étranger qui a renoncé à ses titres, à ses biens et dont la tète est proscrite, et qui la sert avec un zèle et une fidélité irrévocables. J'en appelle à vous même.

Je suis avec respect, citoyen Maire,

Le général de division, Charles Hesse.

XVI [i6]

GUILLAUME à CAMBON

Lo/idrcs, le i8 octobre lyp^.

Monsieur, Trompé par Biderman, commissaire municipal, vous avez, à votre tour, trompé la nation, dont vous gérez les intérêts, et vous lui avez volé plus de 3 millions. Je ne vous en ferais pas l'observation, si les bases du décret que vous avez fait rendre le 24 novembre 1792, ne présentaient cette somme comme un déficit qui doit frapper sur ma maison. Vous avez senti le ridicule de la commission municipale, qui après avoir usurpé ma maison s'y perpétuait, sans rendre compte de sa gestion. Vous avez fait ordonner ce compte, sous peine d'interdiction ; Biderman vous l'a ordonné, et il vous a dit un mensonge que l'éinissioit

des billets de la maison de secours était de 10.213.500 francs. Non. C'est la fabrication qui est de cette somme. Cela résulte des procès-verbaux dans lesquels on a constaté la quantité des talons des registres de différeuLes couleurs, ces talons prouvaient qu'il y avait eut une fabrication de telle somme ; mais n'établissait pas l'émission. Ce second objet était constaté ^ar des bordereaux journaliers d'émission, des registres et autres pièces trouvées dans mes bureaux, et ils se montaient à 7.400.000 francs. Je vous l'avais dit dans un mémoire très court que j'avais donné à la Convention, le i'^^' octobre 1792 et qui a été renvoyé après lecture, au Comité des finances. Vous devez sentir cette différence delà fabrication à rémission. Dans les mois de février et mars, mon émission était inférieure de plus de moitié à celle que j'ai faite dans les mois de janvier et décembre précédents. J'avais cependant conservé le même nombre d'ouvriers de fabrication : il y avait donc tous les jours, un excédent de fabrication sur l'émission ; c'est cet excédent qui était dans mes bureaux, ainsi que mes registres le constatent, qui a été pillé par Biderman de Lorme, alors juge de paix, son adjoint Dorival et autres fripons de cette trempe; aussi, quoique dans ma maison, n'ai-je pas été présent à l'apposition des scellés, le procès-verbal le prouve. De Lorme a voulu revenir sur ce fait par un faux qui est constaté dans une information faite ad hoc par devant un de ses confrères.

J'ai intérêt que vous revisiez le compte qui vous a été donné par Biderman et que vous lui fassiez regorger les trois millions qu'il vole, par votre ministère à la Convention, et qu'il fait appliquer à un prétendu déficit de ma caisse.

S'il ne vous a pas payé pour consentir l'approuvement de ce compte faux, vous y reviendrez; dans le contraire, vous n'y reviendrez pas et je vous aurai toujours en opposition, tant que vous serez le principal gérant des finances de France.

je ne me livre pas aujourd'hui à beaucoup de renseignements,

parce que je ne sais pas si votre intention serait d'en faire usage : votre conduite d'après cet avis, dirigera la mienne. Saisissez cependant mon objet et ma marche. Je ne veux que vous démontrer le faux du compte qui vous a été présenté par Biderman: je ne veux pas vous en rendre un, je ne vous en dois pas. Je n'en dois pas à la commission municipale qui s'est emparée de ma maison, et ce, contre les dispositions mêmes du décret du 28 mars, je n'en dois point au département qui, jaloux du pillage fait par la commission, s'est emparé à son tour de la gestion qu'il a d'abord confiée à Guérin et aujourd'hui à Jacques Brisset^ qui, sur ma plaidoirie a été condamné au carcan et au bannissement pour escroquerie ; je ne dois compte qu'à mes créanciers, qu'aux porteurs de mes billets, de ma signature, parce que je n'ai pas fait une opération publique, nationale, municipale, maïs particulière, une simple opération de banquier, de commerçant. Mes billets n'étant échangeables que contre ceux de la caisse patriotique, c'est-à-dire d'un autre banquier, et malgré le départ furtif de mon caissier, si on ne m'eût pas jeté dans les fers, si on n'eût pas livré ma maison au pillage de la commission et de ses satellites, si on m'eût laissé continuer mes opérations qui, malgré tous les décrets de suppression ont été encore dix mois en vigueur, j'aurais tout payé et j'aurais même une fortune de plus de deux millions, je veux dire la masse de la propriété.

Sans doute, vous n'expliquerez pas contre mon affaire, mon départ. Je suis resté tant que j'ai eu l'espoir de me faire rendre justice. Mais mes deux associés, égorgés dans la nuit du 2 Septembre, massacre auquel je n'ai échappé qu'en prenant le nom de M. de la Mothe, m'avertissaient assez des intentions de la commission envers les chefs, et propriétaires de la maison de secours ; arrêté deux heures après, je suis encore assez heureux pour conserver ma vie, malgré l'ordre de mon massacre signé Sergent et Marat. Je l'ai encore en original. On me promène

ensuite d'une prison faite pour moi au Marché aux chevaux, à Sainte-Pélagie, à l'Abbaye, à Bicètre, et, enfin, votre décret du 19 septembre, me fait, réintégrer dans ma maison, sous la garde d'officiers municipaux. Je fais procéder à la levée des scellés, je crie au pillage, je l'établis de tous côtés. Biderman est désolé de ma fermeté, il redoute les lumières que je porte sur ses opérations premières, et me fait proposer de m'éloigner, il y met la condition que je n'enverrai aucune réclamation, que je garderai le silence dans l'état actuel des choses sur tout ce qui est relatif à ma maison, je promets tout; et Biderman remet à son collègue mon gardien, trois passe-ports signés du ronsL'il executif provisoire, au moyen desquels j'ai passé en Angleterre, j'ai même revu, à l'embarquement, les hommes de l'ambassade.

Je ne dévoile aujourd'hui les menées de Biderman, contre la parole que je lui avais donnée, que parce qu'il a eu l'infamie de faire déclarer par un jury, composé de ses confrères, que ma maison avait fait banqueroute, quand il n'v avait pas même une faillite, et que j'étais complice de cette banqueroute ; il me met sur la même ligne que Vancher et Boulot, mes infidèles commis, moi qui me suis rendu seul chez Pétion lors maire (c'est un des noms de la Révolution que je prononce avec le plus d'horreur, parce que c'est lui et Manuel qui ont préparé et ordonné les massacres du 2 septembre, qu'ils ont fait exécuter par Dugazon; cette scène est et sera longtemps présente à mon esprit), moi qui ai rendu plainte sur le champ contre eux, moi qui suis resté sous le couteau, moi qui avais dans mes appartements, bureaux et cabinets, toute ma fortune particulière que j'ai sacrifiée à l'instant. Si vous voulez éclairer cette affaire, vous pourrez m'écrira, mais avant de lui donner quelque éclat, emparez-vous de tous les papiers de ma maison et des procès-verbaux d'apposition de scellés, je vous donnerai ensuite un de mes commis qui est à Paris, qui travaillera avec votre homme de confiance. Et en suivant la marche que je leur indiquerai, et les renseigne-

ments que je leur ferai passer, les véritables banqueroutiers de la Maison de Secours seront bientôt connus.

Chargez vos correspondants de me faire tenir votre lettre à Londres, sous le couvert de M. Maze et Le Chevalier, à Amsterdam, sous celui de M. Muitman et son fils, à Liège sous celui de M. Coppmeur. Vous choisirez, mais ie serai en Hollande vers le 19 novembre.

Vous qui êtes le conseiller général des finances de France, vous pourriez m'adresser une procuration à l'effet d'habiter l'hôtel de l'ambassadeur de France à la Haye. Il s'abime, du moins, la majeure partie des appartements. C'est une faible indemnité que m'accorderait la Nation à moi qui ai été dépouillé au nom de cette même Nation par ses infâmes agents municipaux.

Je vous fais passer cette lettre par trois voies dift'érentes ; si je ne m'aperçois point qu'elle vous soit parvenue, je vous l'adresserai par la voie des journaux.

Quand je ne me nommerais pas, vous devineriez à ces détails, qui je suis.

Guillaume, Directeur de la Maison de Secours de Paris.

XVH [17]

FOUCAUD à Xavier AUDOUIN

Limoges, sextidi 16 vciitosc. Van 2 de la République française, une et indivisible (6 mars lyg^).

L'arrestation de Préat n'est plus un dit-on, il est incarcéré depuis hier à deux heures après-midi, à la grande satisfaction de bien du monde. Je serais moi-même aussi satisfait qu'aucun

autre si je croyais que le prévenu fut criminel, car je regarde la découverte d'un faux patriote comme une victoire plus importante que la mort de plusieurs aristocrates avérés. Mais il s'en faut bien que j'aie condamné Préat à la première lecture des lettres qui ont motivé son arrestation ; et de suite j'ai manifesté mon opinion à la société qui, sur ma demande, a arrêté qu'elle lui donnerait deux défenseurs officieux, spécialement chargés non pas de le justifier, car cette importante fonction lui appartient en propre, mais de hâter son jugement, car je crois très important à la cause publique qu'il soit promptement puni s'il est coupable ou justifié s'il est innocent.

Depuis longtemps on tirait sur lui à boulets rouges et moi qui suis franc et qui ne suis passionné que pour la cause du peuple, je ne balance pas de dire que si son arrestation eût été motivée sur les faits que j'entendais tous les jours qu'on lui imputait et si on en eut fourni les preuves matérielles, j'aurais été le premier à le condamner. Je ne crois pas au patriotisme sans vertu et je regarde l'existence d'un républicain vicieux comme celle d'un cercle carré. Mais ici, il est uniquement question de sa correspondance avec Brigueil, par laquelle on prétend établir qu'il a voulu faire vendre le magasin de porcelaine de Limoges au détriment de la République et à son profit individuel. Je puis me tromper, mais encore une fois, lorsqu'on a lu ces lettres à la société, je n'y ai point aperçu de preuve matérielle de ce délit. Justice sera faite; je ne préjuge rien et ce qui me console c'est que le jugement qui sera porté ne peut être qu'avantageux à la République et que le triomphe ou la punition de Préat la serviront également.

Je me propose de parler ce soir sur notre situation actuelle. Nos deux dernières séances ont été superbes, si on en excepte les demandes qui ont été faites, 1° de faire revenir de Tulle nos suspects qui y sont; 2° d'accorder des défenseurs officieux à Guineau, Dumas, Durand, etc.. La 2^ a été déjà octroyée, tu dois

te rappeler que je t'ai dit depuis longtemps qu'on voulait en venir là. Je ne sais, mais je crois que la Société devrait mettre une différence entre ces individus, les deux premiers sont accusés d'une prévarication désignée et doivent comme Préat être promptement blanchis ou condamnés par un jugement. Durand et compagnie sont là pour cause de girondisme. Les adresses signées existent au comité de salut public, ainsi que la dénonciation faite par la société ; le décret de la Convention est clair, et je ne pense pas que l'aveu et le repentir d'un égarement de cette nature soutenu si longtemps et si publiquement puisse exempter la société du reproche qu'on lui ferait d'avoir favorisé les censeurs de la journée du 31 mai si elle leur donnait des défenseurs. C'est encore une opinion que je manifesterai à la tribune avec toute la fermeté d'un homme qui sent le bonheur d'être libre. Je crois bien que mon opinion ne fera pas fortune, mais je la changerai si on m'éclaire, car je n'ai jamais tenu à mes idées, mais bien à la cause et au salut de la chose.

Dis au maire de Paris que j'ai demandé et obtenu hier 1° : que nos missionnaires qui vont partir pour ranimer dans nos districts l'esprit public et révolutionnaire soient aussi chargés d'y prêcher l'importance de l'approvisionnement de Paris en bœufs et de présenter comme mesure contrerévolutionnaire l'indifférence à ce sujet; 2° qu'il sera établi un comité de 4 membres instruits dans la partie pour faire un tableau de la situation de nos bestiaux, rechercher les causes de la pénurie, dans le cas qu'elle fut réelle et proposer les moyens d'y remédier. Je m'y serais déterminé plutôt si Pache ne m'eut pas recommandé d'opérer dans le silence et si je n'eusse pas tant craint moi-même le danger de jeter l'alarme parmi les bons et de répandre la joie parmi les méchants. J'oubliais encore de te dire qu'un des grands crimes imputés à Préat est d'avoir enveloppé sous le couvert du ministre de la guerre la manœuvre qu'il tramait avec Brigueil contre l'intérêt de la République, car il était à Paris à cette époque et moi aussi.

Ah 1 mon ami, pourquoi mes concitoyens ne veulent-ils pas voir que dans ce moment le modérantisme est aussi criminel que l'a été naguère le girondisme, pourquoi du moins ne veulent-ils pas craindre que l'un ne soit bientôt puni aussi sévèrement que l'autre l'a été. Je ne négligerai rien pour faire sentir ces vérités. Je ne puis rien prévoir touchant le succès, mais je n'aurai rien à me reprocher. Je suis sûr de mourir libre et je jure de me comporter en homme libre tant que je vivrai.

Salut. FoucAUD.

Fais-moi l'amitié de me répondre de suite. Je me trompe quelquefois comme un autre, mais je ne serai jamais incorrigible.

XVIII [i8]

BUSSOX à PACHE

A Commune d'Arnies (St-Etieiuic), 12 nivôse^ I'ûii 2^ de la République une, indivisible et démocratique.

Busson, ingénieur des Ponts et Chaussées, au citoyen Pache, Maire de Paris.

Citoyen Maire,

C'est moi qui t'ai adressé un petit ouvrage qui avait pour titre « Réflexions » et c'est à moi que tu écrivis une lettre vraiment patriotique et bien encourageante.

Je veux te faire part de la conduite scandaleuse du représentant du peuple Javogues, qui a été envoyé ici pour restaurer l'esprit public et pour faire punir les traîtres qui ont conspiré avec les Lyonnais.

Le citoyen Javogues est allé descendre avec sa suite dans la maison de Neyron dont les biens sont séquestrés. Le citoyen Javogues et sa suite boivent à longs traits les bons vins vieux du citoyen Neyron, devenus nationaux. Je m'en vais te faire une esquisse de l'orgie au milieu de laquelle le citoyen Javogues a fait la taxe révolutionnaire sur les riches.

Il se rendit à six heures du soir dans la salle des séances de la Commune. Le corps municipal était assemblé, et il y avait un grand nombre de spectateurs. Il était ^ris comme un cordelier. Il fit asseoir, à côté de lui, une jeune et jolie fille qu'il avait appelée pour chanter une chanson patriotique. Il demanda de la bière et donna ordre qu'on en allât chercher dans la cave du citoyen Vincent qui est dans les prisons. On apporta d'abord huit bouteilles de bière. On fit plusieurs voyages, et il se but dans la salle environ trente bouteilles tant bière que vin. Javogues, les officiers municipaux, et ceux qui étaient de nos auiis, mangeaient du saucisson avec du pain blanc qu'on avait saisi à un boulanger (les boulangers ne doivent faire qu'une espèce de pain), buvaient de la bière et du vin à la barbe du peuple qui humait les sermons du réprésentant et qui disait dans son patois : avisa, avisa que Ions Bougres ! ils se soulont bien, et lions lions avisons. Les officiers municipaux et nos amis se jetaient de petites boules de pain blanc à la figure pour s'amuser.

Un des spectateurs voulut faire des observations à Javogues sur les taxes arbitraires qu'il faisait, il cria au chef de la garde révolutionnaire : sac re mille Foutre, arrête {-moi ce boiigre-Ià ; que je le fasse fusiller.

La citoyenne Fressinette, vieille fille (qui a mené et mène une vie libre) étant instruite qu'on l'avait taxée à un taux qui excédait sa fortune, accourut à la séance pour faire des représentations à Javogues qui lui dit à haute voix : « tu es une garce, une sacrée putain, tu as plus t... de coups avec les abbés que je n'ai de cheveux sur ma tête; ton c.doit être si large que j'y en-

trerais tout entier. » Il ajouta ensuite par supplément : « Toutes les femmes sont des sacrées garces, des sacrées putains ; ce sont nos pots de chambre, etc. etc.. »; il reprit ensuite : « J'entends parler des Muscadines ».

Il dit à la fille du Maire qui a environ vingt ans : tu es une sacrée bougresse, une sacrée putain, mais bonne patriote pour cela.

Il embrassa plus de cent fois la jeune fille qui était assise à côté de lui ; il lui porta la main sur le sein, elle lui flanqua un bon soufflet en lui disant : « Comment, toi qui es représentant du peuple, tu t'oublies à ce point là ? » Il lui répondit : « Foutre, vois-tu bien, je ne ferais pas tant de mal en prenant cent tétons qu'en volant un sou de sixliards. »

Je ne crois pas que de pareilles orgies soient bien propres à régénérer nos mœurs.

11 y a plusieurs gueuses, plus gueuses que ces filles qui raccrochaient autrefois sur le port au blé de Paris, qui vont voir le citoyen Javogues qui prend ses ébats avec elles ; il y a une de ces gueuses dont la fille appelle Javogues son papa.

Notre république commence comme finirent les républiques anciennes. Javogues avale les vins vieux des riches que nos armes ont vaincus, il couche dans leurs beaux lits, il voyage dans leurs belles voitures, lui que j'ai vu arriver ici à cheval avant la prise de Lyon, il folâtre avec leurs maîtresses. Est-ce ainsi qu'on régénère les mœurs d'une nation corrompue ? est-ce ainsi qu'on lui apprend à mépriser les superfluités de l'opulence? est-ce ainsi qu'on apprend aux citoyens à respecter les propriétés nationales?

Pauvre république, que de tempêtes tu as encore à essuyer ! que de crimes se commettront dans ton sein, avant que cette foule d'oiseaux de proie qui te dévorent, se soient dévorés euxmêmes ! avant que les mœurs de tes habitants soient régénérées, avant que l'homme vertueux soit recherché et chargé des fonctions publiques. On fait encore l'éloge de l'homme juste, mais

on le laisse dans son coin pour nommer un intrigant, un coquin qui nous caresse et nous tlatte. La Convention a institué une fête à la vertu, et ce sont des voleurs et des scélérats qui occupent presque tous les postes importants de la république ; la Convention a institué une fête au génie ; et ce sont des intrigants et des ignorants qui exercent la plupart des fonctions qui

demandent le plus de sagesse et de lumières Quel parti

prendre ? si nous avons des généraux habiles, ils se concertent avec nos ennemis pour faire égorger nos frères d'armes ; si nous avons des généraux ignorants, ils mènent nos frères d'armes à la boucherie, et nous ne devons les victoires que nous remportons qu'au courage inouï de nos frères, ceux d'entre eux qui reviennent du champ de bataille couverts de blessures sont conduits

dans des hôpitaux où des ignorants les achèvent !!

S'il faut que la République française soit fondée par des voleurs et des scélérats comme la république romaine le fut par des brigands^ soit ; mais que la Convention nationale se hâte d'arriver au but qu'elle se propose et qu'elle donne la chasse à cette foule de corbeaux qui ont fondu sur la chose publique pour la dévorer, qu'elle aille chercher dans leur retraite ces hommes vertueux qui avaient su résister à la corruption de l'ancien gouvernement, ces hommes qui savent qu'un magistrat doit être l'exemple et non le brailleur des vertus, qu'il doit être l'organe des lois et non leur interprète, qui savent que la vertu est la première qualité de l'homme en société, que sans la vertu toutes les qualités sont dangereuses loin d'être utiles, qu'il faut être bon père, bon époux etc., qu'il ne faut désirer être chargé de fonctions que nous sommes incapables de remplir ; il en existe dans la France de ces hommes vertueux; ils se tiennent à l'écart parce qu'il sentent que leur présence est inutile; ils gémissent en secret sur les malheurs de leur pays, ils craignent, avec raison, que si la Convention ne se hâte pas de prendre des mesures sages et vigoureuses, la France ne présentera bientôt plus qu'un

cadavre infect dont les oiseaux de proie se disputeront les restes.

Salut et Fraternité,

BussoN.

Page 1