‹ Le procès Pache (extraits du dossier)Chapitre 64 sur 66 · DISCOURS DE MARCHAND RELATIF A LA JOURNEE DU 31 MAI · texte numérisé non relu

DISCOURS DE MARCHAND RELATIF A LA JOURNEE DU 31 MAI

Citoyens,

On vous a dénoncé hier dans cette assemblée un complot tendant à renouveler les scènes affreuses du mois de septembre, on vous a dit que des listes de proscriptions étaient faites, par les comités de surveillance, que des membres avaient été nommés pour les porter et une assemblée convoquée à cet effet, par les administrateurs de police à la mairie, que là il ne s'était agi de rien moins que d'égorger tous les hommes suspects, leurs femmes, leurs enfants et ceux des représentants du peuple qu'on jugerait traîtres à la patrie.

Je commence à rétablir les faits suivant la vérité. Et c'est le

premier moyen que j'emploie pour confondre les fourbes qui vous trompent.

Les administrateurs de police ont convoqué un membre de chaque comité révolutionnaire, on les a engagés à connaitre et à nommer, les hommes, qui dans leurs sections étaient connus, par leur incivisme, ceux qui depuis la révolution, avaient manifesté des principes liberticides, enfin à prendre des mesures de sûreté générale. Les comités ont envoyé leurs députés à la mairie. Toutes les propositions qui tendaient à troubler l'ordre, la sûreté des personnes, toutes celles qui portaient un caractère d'inhumanité de désordre ont été i^ejetés, et les hommes seuls qui ont présenté des vues prudentes et sages, des vues enfin utiles au bien public, ont été écoutés. Une section de Paris dénaturant les faits, comme vous l'avez fait vous-même, a dénoncé à la Convention nationale, cette assemblée, comme un groupe de contre-révolutionnaires, d'hommes avides de sang, de scélérats perturbateurs de l'ordre et de la tranquillité publique ; les calomniateurs seront confondus, la vérité terrassera l'imposture, l'intrigue sera ensevelie, tous les partis disparaîtront, tous les meneurs seront pulvérisés, et la liberté survivra triomphante des vains efïorts que l'on fait pour l'anéantir

A la suite de cette dénonciation, on vous a désigné votre comité révolutionnaire comme coupable d'un grand crime, d'une

autorité usurpée, d'un abus de confiance et de suite sans

aucune réflexion contre tous les principes naturels, ces hommes qui sentent si bien le prix de la liberté, les hommes qui respectent si profondément la sûreté des personnes, violant les droits les plus saints les plus sacrés, ont proposé et vous avez eu la faiblesse d'arrêter que chacun des membres d'un comité qui veille nuit et jour aux intérêts de la patrie, seraient l'un après l'autre amenés devant vous, interrogés et tenus de signer leurs réponses, quelques-uns ont eu l'impudeur de demander qu'ils soient d'après leurs interrogations, mis à l'instant en état d'arres-

tation et beaucoup de ceux qui composaient cette nouvelle assemblée, applaudissaient à cette mesure. Pour prix de leurs veilles et de leurs travaux, pour prix de leur invariable attachement à la chose publique, ils ont été ici abreuvés de honte et d'amertumes. Et par qui ? par des hommes qui se reconnaitront bientôt au tableau que je vais tracer.

La juî-te indignation des patriotes s'est enhn manifestée, leur voix étouffée depuis le commencement de cette honteuse séance a repris toute sa force, et les ennemis du bien public, tremblants a l'aspect seul des hommes libres, ont lâchement pris la fuite, dernier parti, digne d'eux, et qui leur restera toujours.

Citoyens, on abuse de votre crédulité, on veut vous perdre, mais non, tant qu'il existera deshommes purs, etvraiment dignes de la liberté, ils braveront hardiment tous les dangers, toutes les menaces et les intrigants ne parviendront à leur but que quand la dernière goutte de leur sang aura coulé ; que dis-je, leur dernier soupir sera l'arrêt foudroyant de leur condamnation, et fera sonner plus tôt l'heure de la vengeance du peuple...

Ouvrez les yeux, citoyens, regardez autour de vous et voyez... qui sont ces êtres qui nous traitent de désorganisateurs, de factieux, d'hommes de sang. Les connaissez-vous? demandez leur ce qu'ils ont fait, ce qu'ils veulent faire.., pour votre bonheur; riche durs, sans piiié, égoïstes, ils voient couler tranquillement les larmes de l'indigent qui manque de tout, ils dorment, ils s'engraissent à leur aise tandis que le pauvre gémit sur un lit de paille où tous les maux qui l'assiègent ne sont rien en comparaison des besoins de la faim et de tous les traits perçants de la misère qui lui font détester la vie; ils jouissent de toutes les douceurs de la paix tandis que vous versez votre sang pour défendre leurs propriétés.

Quand vous épuisez toutes vos ressources pour supporter la cherté des denrées, ils rient de votre détresse, qui prend sa source dans leur avarice et leurs manœuvres féroces.

Entrez dans l'intérieur de leurs maisons, qu'y dit-on, qu'y faiton, citoyens, on y parle ouvertement le langage de la contre-révolution, on y trame des complots contre la liberté, on y pleure le meilleur des rois, victime de la scélératesse d'une poignée de brigands dont l'échafaud doit punir les forfaits, on y tourne en ridicule une république que vous avez juré d'établir sur les ruines de toute espèce de tyrannie : nos malheurs, nos discussions, excitent là les sentiments de la joie la plus vive ; notre division, nos querelles font tout leur espoir, mais nous, élevons nous à la dignité d'hommes libres, exprimons-nous fortement notre volonté suprême, avons-nous le moindre avantage, nous réunissons-nous enfin?

Leur prétendu courage s'abat, ils tremblent, et n'osent se montrer. Voilà l'image de ceux qui aujourd'hui cherchent à vous séduire, à vous entraîner dans leur parti, à vous diviser, à vous armer les uns contre les autres, à vous livrer enfin aux horreurs de la guerre civile.

Il est encore une classe d'hommes qui soit plus dangeureuses qui veulent aussi vous tromper, qui couvrent de fleurs l'abîme où ils veulent vous précipiter; il faut que vous les connaissiez, et je vais vous les démasquer. Ce sont, citoyens, les prétendus honnêtes gens, ces hommes qui savent toujours tenir le milieu, pour se détourner suivant les circonstances du côté du plus fort, qui, semant adroitement le trouble et la division, ne parlent pourtant que de paix, d'union, de fraternité. Ces hommes qui

veulent tout ce qui est bien pour eux et qui comptent

pour rien les sacrifices d'autrui ; qui veulent le rétablissement de l'ordre.... et qui pour l'obtenir accepteraient même un roi si on le leur offrait, citoyens, voilà vos ennemis, et vous les distinguerez aisément, voilà ceux qui nous déchirent, qui nous calomnient, et qui osent ici déclarer que nous voulons les assassiner.

Ennemis irrévocables de leurs principes, nous ne voulons que les convertir, c'est à la loi de faire le reste.

Il est temps enfin que tous ceux qui veulent le bien, qui le veulent à tel prix que ce soit, que ceux qui veulent la république qui abhorrent la tyrannie, se prononcent énergiquenient, il est temps qu'ils unissent leur lumières, leurs travaux^ leurs bras même s'il le faut pour sauver la patrie, pour poursuivre indistinctement et sans égard, tous ceux qui exprimeraient des sentiments contraires réversibles de l'ordre et de la Société; qu'ils forment une masse imposante et inébranlable contre laquelle viendront se briser tous les complots qui auraient pour but l'anéantissement des principes et de la révolution, qu'ils prennent une position imposante et avantageuse d'où ils puissent lancer la foudre contre ceux qui oseraient attenter aux droits sacrés du peuple.

Citoyens, que cette réunion soit prompte qu'elle soit vigoureuse, ou bien la liberté est anéantie, et l'esclavage vous attend.

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