‹ Le Procès Van Korn, vaudeville en 1 acteChapitre 5 sur 22 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

Madame TILMANS, SABLONVlLLE.

(Madame Tilmans ouvre toute grande la porte du fond et voit un jeune homme en pantalon et en gilet, accroupi lo long du poélo de l'antichambre.)

MADAME TILMANS.

Ah!

• SABLONVILLE, toujours accroupi.

Ah! la! la!

MADAME TILMANS.

Monsieur... qui êtes-vous?

Un jeune homme plein d’aDgoisses...

MADAME TILMANS.

Que faites vous là?

SABLONVILLE.

Je me cache, mais i! me cherche, et je crois qu’il brûle... moi je brûle aussi... vous faites trop de feu chez vous... madame, sauvez-moi !

MADAME TILMANS.

De qui?

SABLONVILLE.

D’un mari!...

MADAME TILMANS.

Un mari!... et que lui avez-vous donc fait?...

SABLONVILLE.

Dame ! à un mari!...

MADAME TILMANS.

Il s’agit d’un mari... je vous prends sous ma protection immédiate... Conlez-moi vos malheurs... mais que tenez-vous donc là?

SABLONVILLE.

Moi, rien!... Tiens! si fait!... C'est un tire-bottes... (Le jetant dans un coin.) J’étais si troublé!... Je vous disais donc... MADAME TILMANS.

Ah! ça, dites donc! vous êtes en voisin.

Vous croyez?... c’est possible!... J’étais si troublé.

MADAME TILMANS.

Contez-moi vos malheurs.

SABLONVILLE.

C’était aux Champs-Élysées, il y a trois jours à peine...

MADAME TILMANS.

Et vous voilà déjà en voisin, vous êtes vif!...

• SABLONVILLE.

La vie est si courte!... Tel que vous me voyez, j’adore la peinture... un jour, dans les environs du rond-point, j'avise une femme pleine de santé avec des yeux vert d’eau qui ne tiendraient pas ici, et des cheveux blonds qui n’y tiendraient pas non plus. Je me dis : de Sablonville... Je m’appelle de Sablonville... mon ami, voilà un Rubens... Tu ne peux pasper-

dre l’occasion d'avoir un Rubens... il fallait entamer le dialogue. J’emploie mon moyen qui est infaillible.

MADAME TILMANS.

Voyons voire moyen...

SABLONVILLE.

Je pose le pied sur la queue de la jupe. Si la dame lire sans se baisser, il n’y a rien à faire; si elle se baisse en disant : pardon, monsieur, vous ôtes sur ma robe, il y a de l’espoir.

Et elle s’est baissée.

SABLONVILLE, modestement.

Je ne dis pas cela... (Reprenant.) Tout en prenant le thé chez elle...

MADAME TILMANS.

Vous êtes vif.

SABLONVILLE.

La vie est si courte!... Tout en prenant le thé, elle m’ap-

K rend qu’elle est doublée d’un mari belge, mais rien de Ruens; à la seconde tasse, je savais qu'il était passé en France chargé d’une mission spéciale, et qu'il battait la banlieue depuis deux jours. *

MADAME TILMANS.

C’est bien ça les maris!...

SABLONVILLE.

Je l’avais complètement oublié... mais quand revint la pâle aurore, nous entendîmes un vague son, c’était le mari qui Sonnait violemment. (En ce.momcnt, on entend un violent coup de sonnette.) c’est lui! ne le laissez pas entrer !

MADAME TILMANS.

Il est trop tard, la bonne aura ouvert.

SABLONVILLE.

Je suis perdu ! Resauvez-moi !

MADAME TILMANS.

Est-ce qu’il vous a vu chez lui?

Pas moi ! mais mon habit, c’est la môme chose. (Deuxième coup do sonnette.)

MADAME TILMANS.

Cachez-vous, alors.

SABLONVILLE.

Pas derrière le poêle.

MADAME TILMANS.

Là ! dans celle chambre !

SABLONVILLE.

Que vous ôtes généreuse !

MADAME TILMANS.

Du moment qu’il s’agit d’un mari, on peut disposer de moi.

SABLONVILLE.

Mais, je ne peux pas rester dans ce costume au mois de janvier.

MADAME TILMANS.

C’est juste!... Prenez cette redingote ! (Eiieluî donne ta livrée.) SABLONVILLE, I emportant.

Vous êtes ma Providence!... (n entr<l ù droite. 2“* coup de sonnette.)

Page 1