DE LA CONTRE-BASSE
La Contre-Basse (eontra-hasso), ce colosse des instruments à archet, en est aussi le plus grave, quant au diapason de ses sons.
Par l’elîet même de ce diapason, la contre-basse double toujours le violoncelle à l’octave inférieure; mais la lourdeur du jeu de cet instrument étant en raison de la longueur et du diamètre de scs cordes, l’exécutant est obligé de simplifier à chaque instant les traits vifs du violoncelle ; c’est-à-dire de n’en prendre que les notes principales, celles des accords ou de l’harmonie qui accompagnent. Or, pour être à même de distinguer ces notes principales des notes accessoires, il faut posséder une certaine connaissance de l’harmonie; ou bien (ju’une heureuse organisation, jointe à l’habitude et à l’intelligence, suppléent à ce (jui pourrait manquer d’ailleurs (A).
Les compositeurs prennent maintenant la précaution d’écrire une partie de contre-basse indépendante de celle du violoncelle: ils préviennent par là l’effet des prétentions de quelques exécutants qui veulent lutter d'agilité avec leurs dessus. Mais ceux-ci ont pour cela quatre doigts et même le pouce dans les extensions; au lieu que sur les volumineuses cordes de la contre-basse, il ne faut pas moins de deux doigts réunis pour faire un demi-ton ; et, pour un ton, les quatre pareillement rapprochés. De sorte que le contre-bassiste est contraint de glisser presque continuellement la main entière le long du manche.
Le pouce ne sert jamais, du moins dans l’accompagnement ; car on a joué quelquefois des solos, des concertos, des airs variés sur cet instrument, et le nom de Dragonetti est encore célèbre en Angleterre.
En France, la contre-basse est généralement montée de trois cordes, dont la dernière est filée. Ces cordes sonnent à la quinte inférieure l’une de l’autre, et à Y octave inférieure des notes 11 du
violoncelle. * —
Quelques-uns accordent par quartes, de cette façon : 133:=^-
zo.—
D’autres ont des contre-basses à quatre cordes, ce qui est rare chez nous, et commun, dit-on, en Allemagne. L’accord de celles-ci varie au choix de ceux qui les jouent. En fait, pourvu (|ue l’exécutant remplisse convenablement sa partie, ni le compositeur, ni le chef d’orchestre n’ont à s’informer des moyens employés. L’accord de la contre-basse à quatre cordes est généralement celui-ci toujours l’octave inférieure des mêmes sons sur le violoncelle (B).
et ces sons sonnent
On voit, du reste, que c’est encore pour éviter un trop grand nombre de lignes supplémentaires, cette lois au-dessous de la ]tortée, que l’on écrit les notes de la contre-basse dans un diapason que l’on sait n’être pas le sien.
Dans sa plus grande extension à l’orchestre, la contre-basse ne dépasse pas le fa au-dessus de la portée, lequel répond au fa sur la quatrième ligne, pour le violoncelle.
La puissance de son de la contre-basse peut facilement absorber, comme il peut entraîner les autres portées, si ses exécutants n’ont pas la modération et l’aplomb nécessaires, ou ne savent pas écouter ceux qu’ils accompagnent; moyen si simple pourtant, et non moins certain de ne jamais couvrir ni gêner les parties chantantes.
observation.
A la lin du Chapitre Wll de la première Partie de cet ouvrage, il a été dit ce qui suit :
I' On a reinai(jué (pie les gammes diésées ont un degré de brillant et d’éclat qui manque à celles où tes liémols dominent, du moins à l’égard des principaux instruments de l’orchestre.»
.\ous allons essayer d’expliquer les raisons que l’on donne de ce fait.
A l’exception du son le plus grave, fourni par la dernière corde des instruments à aiehet, lequel est nécessairement un à vide, le son naturel des autres cordes, nous le répétons, se produit de deux manières : ou pareillement à vide, ou sur la corde immédiatement inférieure, en posant le doigt à la hauteur voulue pour faire résonner, mais avec moins d’éclat, l’unisson de la corde supérieure, c’est-à-dire, le son qu’elle donnerait à vide.
Toutefois, celui-ci résonnera aussi et comme par sympathie; car l’expérience a prouvé qu’il suflisait de mettre une seule corde sonore en vibration, pour faire frémir et résonner, quoique plus faiblement, toutes celles qui se trouvent être dans un rapport d’unisson ou d’octave supérieure ou inférieure avec la première; et l’on conçoit déjà que ces résonnances multiples augmentent la force et la plénitude des sons donnés. Voilà aussi pourquoi les gammes dans lesquelles on conserve le plus de cordes à vide ont cet éclat, ce brillant, qu’elles perdent au contraire, plus ou moins, soit par la pose des doigts, soit lorsque, par l’effet des signes altératifs, on est obligé d’en diminuer le nombre ou de ne s’en j)lus servir.
Ajoutons à cela que plusieurs instruments à vent ont, dans ces mêmes gammes, plus de sons naturels, c’est-à-dire provenant du doigté le plus simple, que de sons factices, qui dépendent du jeu des clefs ; et que les premiers semblent rentrer dans la série des sons à vide dont il vient d’être parlé ; entin, que la somme de ces sons ne diminue qu’à mesure que les dièses deviennent trop nombreux ; tandis qu’il ne faut que peu de bémols pour les effacer tous.
C’est ainsi qu’on explique la différence d’éclat des gammes diésées par rapport aux gammes bémolisées.
A 1.4 COWTEgK-UASSE:.
(A) En ne faisant que la première note des deux , trois ou quatre temps des mesures indiquées, on rencontre presque toujours juste; et c’est déjà une donnée, quoique elle ne soit pas infaillible. Le mieux est de connaître les accords qui se font entendre; les manières dont ils s’enchaînent, et ceux de leurs sons (pi’on doit prendre pour suivre le violoncelle dans ses traits, et ne pas faire de fautes contre la mélodie, en allant de l’un cà l’autre des accords , des mesures et des temps.
(B) Nous étions plus riches jadis en instruments graves ; car, outre une contre-basse à cinq cordes, dont les
sons étaient
le P. Mersenne parle d’une viole à six cordes, dont le volume était tel.
qu’on y renfermait un jeune page, lequel chantait le dessus d’un duo, pendant que celui qui jouait l’instrument chantait le ténor. 11 cite même un musicien, du nom de Gbanié, chargé de renq)lir cette double fonction aux l»etits concerts de la reine Marguerite de Valois.
JS. B. Pendant longtemps, un descendant de ce Granié a été attaché à l'Opéra de Paris, en qualité d’Accompagnateur.