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DU TROMBONE

En italien, trombone, augmentatif de tromba, signifie grande trompette. En adoptant le nom, son genre et son orthographe, on en a simplement francisé la prononciation.

Les Allemands avaient autrefois cinq espèces de trombones, qu’ils désignaient par les noms de canto, alto, ienore, basso et contra-basso. Mais lorsque Gluck fit venir les premiers qu’on ait entendus à Paris, il se borna aux trois intermédiaires, c’est-à-dire aux trombones alto, ténor et basse. C’est ainsi qu’ils ont été conser- \ és à r Opéra pendant plus d’un demi-siècle.

I.es dimensions de ces instruments et le diamètre de leurs embouchures différaient, et chacun des trois genres restait dans la sphère de son étendue, du moins à l’orchestre. Alors aussi les pavillons des, trombones étaient renversés, ce (jiii atténuait la force naturelle et un peu âpre de leurs sons. En outre, et loin qu’on en prodiguât l’usage, ils étaient entendus rarement, dans des morceaux lents, des marches religieuses ou funèbres, des invocations, plutôt que dans ce qui exige de la vigueur, de l’éclat et surtout de la vitesse et de la légèreté.

Leurs sons posés, adoucis, soutenus, répandent une teinte tantôt solennelle, tantôt lugubre, quelquefois déchirante sur les chants qu’ils accompagnent. En général, c’est par cette entente à la fois sage et sobre des instruments selon leur nature, que Gluck et ses contemporains, Sacchini, Piccini, Vogel, Salieri, ont sù produire les jrlus heureux effets.

Aujourd’hui, tous ceux ((ui jouent du trombone veulent briller dans le solo, le thème varié, le concerto; faire entre eux assaut de volubilité, de difficultés vaincues; et comme, pour cela, le trombone-ténor, plus doux (jue son alto, plus léger que sa basse, offre aussi une plus grande étendue relative, ils le préconisent aux dépens des deux autres, qu’ils ont définitivement banni de l’orchestre (G. Mais on peut dire qu’en cela ils ont borné à ta fois l’étendue et les ressources de l’instrument, en même temps qu’ils ont privé les compositeurs des elîets résultant de l’amalgame de ses trois timbres.

Au moins devait-on être préservé de cette réforme dans l’École publique de musique, au Conservatoire... Ebî le moyen qu’il en fût ainsi, lorsque c’est précisément le partisan le plus exclusif du trombone-ténor, homme de talent d’ailleurs, qui professe dans l’établissement! Le directeur sommeillait-il alors? Si sa religion, si celle des compositeurs et des ebefs-d’orebestre a été surprise en cela, ils sentiront peut-être un jour le besoin de remettre les choses en l’état où elles étaient, et dont elles n’auraient jamais dû sortir. Ils ont le

(1 j De celui tlu UraïuJ-Oitéra iki moins, ou, depuis plus de vingt ans, les trois Iromljones sont du même genre, c’est-à-dire ténors.

droit de l’exiger, et doivent en user, car c’est dans l’intérêt de l’art dont ils sont les premiers conservateurs (A).

L’étendue commune dans laquelle se renferme chaque genre de trombone, quant à l’accompagnement, est de deux octaves, sans lacune entre les sons extrêmes notés dans l’exemple suivant, et l’on écrit pour les trois parties de même que pour l’alto, le basson et le violoncelle. 1^" Exemple :

Trombone-alto.

Trombone-tenor.

Vo-

Trombone-basse.

A partir de la première note grave du trombone-basse, le mr t|, il y a solution de continuité, jusqu’aux six notes sous-graves que voici : 2' Exemple :

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Quanta l’étendue du trombone-ténor, pour l’exécution des solosdc toute espèce, elle est la suivante, dont on ne donne aussi que les sons extrêmes. 3® Exemple :

Une aussi grande étendue, sans lacune entre ses deux limites, est fort avantageuse sans doute, si l’on ne prend que rarement les sons aigus, en les amenant avec précaution; mais s’il faut les tenir et les adoucir à la fois, dans des mouvements lents ; si, d’autre part, les compositeurs emploient une ou plusieurs des six notes sous-graves appartenant au trombone-basse, et chaque fois qu’ils le trouveront à propos, le tromboneténor sera-t-il toujours assez assuré de ses moyens, également bien disposé pour le satisfaire dans le premier cas? en aura-t-il la possibilité dans le second? Le doute peut être permis à celui qui a acquis une longue expérience sur un instrument dont la nature et les deux genres ont quekiue rapport avec le trombone.

La conséquence de tout ceci est que les instruments, quels qu’ils soient, qui concourent à l’exécution musicale au théâtre et dans les concerts, ne sont pas la propriété exclusive de ceux qui les jouent : ils appartiennent encore plus au compositeur qui les met en œuvre, et au public qui veut et doit jouir de tous leurs effets. Loin donc qu’un musicien ait le droit de borner les ressources instrumentales de l’orcbestre, il devient coupable de le faire; coupable envers les auteurs et les auditeurs, comme d’une espèce de larcin dont il les rend victimes.

rVOTE COM.^ILÜE AE TROMBONE ET AE COR.

(.\) Malgré cette différence des genres dans l’instrunient, un seul exécutant les peut enseigner tous trois; mais il semble convenable que ce soit le tromhone-tenor , puisque, 'dans sa plus grande extension, il réunit à peu près rétendue des deux autres, et, par là, peut mieux prêcher d’exemple.

Il en est de môme des deux genres du cor; c’est-à-dire qu’un bon cor-basse paraît devoir être préféré au coralto (i) pour enseigner l’un et l’autre; la différence d’étendue, dans l’aigu, n'étant que de quelques [demt-tojjs; tandis que, dans le grave, l’un possède deux octaves de sons auxquels l’autre ne saurait atteindre, pas plus qu’il ne lui est donné de faire entendre les batteries ou arpèges proin-es au seul cor-basse. Celui-ci saura donc mieux aussi donner l’exemple avec le précepte aux deux genres de l’instrument. C’est ce que nous croyons avoir prouvé pendant un long professorat au Conservatoire, et ce qu’avaient prouvé avant nousM. Üomnich et notre bon maître Joseph Kenn(2).

(1) Il est entendu que nous ne parions que de renseignement dans le Conservatoire et ses succursales.

'2: Né à Deux-Ponts, le 20 septembre 1757; mort à Fontainebleau, le 16 février 1840. Joseph Reim mérite de notre justice autant que de notre reconnaissance une mention particulière pour avoir, le premier, fait entendre l’effet si ravissant de trois cors réunis dans ses 36 trios. Ceux de Reicba et les nôtres ne sont venus que longtemps après.

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