DE LA TROMPETTE, DU COR ET DU CORNET A PISTONS
Pendant que l’Anglais Holliday avait l’idée peu heureuse d’appliquer aux instruments de cuivre la perce et les clefs des instruments à anches, d’où sont venus le bugle et Vophycléide, le Silésien Blümel (selon la version la plus répandue en Allemagne) vendait aux sieurs Stœlzel eUWiebrecht, musiciens de Berlin, ses premiers essais de soupapes ou ventiles, par lesquelles, divisant les tuyaux du Cor et de la Trompette en six parties, ces soupapes, mues chacune par une baguette d’acier, venaient s’interposer entre les orifices intérieurs des tuyaux, qu’elles ouvraient ou fermaient à volonté.
Par cette opération et par la combinaison du jeu alternatif ou simultané des soupapes, on changeait chaque fois le diapason de l’instrument; c‘’est-à-dire qu’on le baissait au besoin, depuis l’intervalle d uu (lemi-lon jusqu’à celui de cinq demi-tons.
Par exemple, le mécanisme des soupapes (au nombre de trois) étant adapté à un cor en fa, on obtenait, outre ce diapason pour lequel les soupapes n’agissaient pas, ceux de mi, de mil?, de ré, de ré'c? et d'ut, en faisant fonctionner tour à tour, soit une seule des ventiles, soit deux ensemble, soit môme les trois à la fois. C’est ainsi que par des emprunts faits à propos à l’un ou à l’autre des six diapasons, on obtenait lonfi' l’étendue du cor en sons naturels, et sans qu’il y eût aucun vide dans cette étendue. Tel est en effet l’avantage, bien grand sans contredit, qui résulte de cette invention.
Plus tard, on donnait à ces soupapes massives et grossières la forme cylindrique du piston, et on les adaptait à la trompette, dont plusieurs furent envoyées à Paris (C, où elles ne tardèrent pas à recevoir de notables perfectionnements ; mais l’insuffisance de ces perfectionnements était malheureusement encore trop évidente, au point de vue de la sonorité et du manque de justesse de certaines notes, particulièrement de celles qui nécessitaient l’emploi simultané de plusieurs pistons.
C’est alors que M. Meifred, ancien élève de l’Ecole des Arts-et Métiers de Chàlons, membre de l’ Académie de Musique, et, depuis, nommé professeur de cor à pistons au Conservatoire, fit adapter à cet instrument le système des pistons, à la place des soupapes de l’inventeur, mais au nombre de deux seulement, En outre, il imagina d’ajouter, à certaines branches ou tuyaux, deux petites coulisses pour accorder entre eux les quatre diapasons, dont le rapport était peu exact avant cette adjonction. De plus, ayant égard à nos craintes touchant l’abus que l’on ne manquerait pas de faire des pistons, môme à l’orchestre, en transposant avec
(1) En 1820, par M. Sp nliui, a’.ora (Urecte^r de la miniqiie du roi de rnisse.
le seul cor en fa les parties (raccompagnement écrites pour des tubes de rechange différents, et le dommage qui en résulterait pour l’art, si les compositeurs perdaient ainsi rclîel particulier attaché au timbre de (’hacim de ces tubes, M. Meifrcd eut encore riieurcuse idée de disposer le mécanisme des pistons, de façon à ne pas nuire à rindépendancc de la grande coulisse, et de conserver remboîtement qui reçoit les tubes mobiles avec lesquels on varie le diapason du cor.
Enlin, dans les ouvrages qu’il a écrits pour l’étude du cor à pistons, le même professeur a bien voulu renouveler les recommandations que nous avions faites antérieurement (1), de ne se servir des pistons, dans le solo, que pour les notes factices les plus ternes, et pour celles qui font lacune dans la première octave de l’étendue usitée à l’orchestre, afin de ne dénaturer que le moins possible un si bel instrument.
On connaît l’étendue et le diapason du cor ordinaire, d’après ce qui en a été dit en son lieu. Sous ces deux rapports il n’y a rien de changé dans le cor à pistons; l’avantage de celui-ci , c’est qu’entre ces deux sons extrêmes
mais ce qui est à
et
selon la manière d’écrire pour l’instrument, la sonorité, si non l’éclat de tous les sons intermédiaires, étant égale à celle des sons naturels de chaque tube de rechange, ces trois octaves de sons chromatiques peuvent être entendues avec le même suecès(2).
Depuis l’importante modification apportée par M. Meifred au mécanisme appliqué au cor (elle date de Î827), et dont le but a été de donner autant que possible à l’instrument ce qui lui manquait, sans lui enlever sa physionomie spéciale, due au mélange intelligent des sons naturels et des sons factices ; sans le priver d’aucun de ses avantages, de nouveaux perfectionnements se sont successivement réalisés. Ces améliorations, et quehjues autres encore en voie d’exécution, fruits du temps et de laborieux essais de la part des mécaniciens, des facteurs français et étrangers, aidés par les conseils de plusieurs artistes praticiens, et particulièrement de M. Meifred, ont déjà diminué, nous l’avouons, nos inquiétudes, relativement à l’avenir du noble instrument; car le dernier mot n’est pas dit encore, comme on le verra bientôt.
Le cor enfin, par le moyen de pistons ascendants et descendants, et par le secours de la main placée dans le pavillon, a désormais la possibilité de rendre, de quatre ou cinq manières, tous les sons, naturels ou factices, compris dans son étendue diatonique, chromaticpie et enharmonique. Si ces brillantes conquêtes ne sont pas obtenues aux dépens de ses qualités primitives, cet instrument à vent, l’un des plus beaux parmi tous, sera désormais le plus complet.
Puisque le cornet à pistons s’est glissé daiTs nos orchestres de théâtre et de concerts, nous devons en présenter l’étendue, dont le diapason est déjà indiqué par la clef de sol. Ses diapasons variables, c’est-àdire ses tubes mobiles, sont ré, mi[>, fa, sol, la\;?, /at] et sih- ^
Les sons extrêmes de son échelle non interrompue sont ceux-ci : l^r
~tr~ O-
-Y. /?. Ainsi que pour la trompette et le cor, cette étendue est restreinte, soit dans le grave, soit dans 1 aigu, selon le diapason du tube de rechange.
fl'/ Dans V Extrait il’un Traité inédit du Cor à pistons, publié par nous en 1828 (chez Schonenberger, à ParisV (2) La manie de tout pistonner a frappé ji!S:praii trombone, (pü n’en avait nul l)esoin, n’ayant aucun vide dans toute son eteudue. Aussi a t-on reconnu de suite (pie la (juaiité des sous en était ctrangemenl altér. c, et cette innovation n’a obtenu aucune fa'eur.
Etendue et diapason de l’ophydéide, introduit pareillement à l’orchestre :
Dans ces derniers temps , on a varié les dimensions de l’ophycléide, ({ue l’on a divisé en alto, ténor et hanse. Veut-on anéantir le trombonne, ne pouvant \c pistonner?
I/Italie elle-même, la douce et mélodieuse Italie, enchérissant sur le tout, ou voulant que les instruments de cuivre eussent aussi leur hasso profondo, a fait surgir de son volcan un ophycléide monstre, qu’elle a baptisé du terrible nom de bombarda.
— Sons diftlciles.