HOTES DE EIIAPITKE HH
(A) Par une singularité bien remarquable, c’est à l’époque où l’abus du bruit se manifestait de plus en plus sur notre scène lyrique; où la société paisible qui fréquente nos spectacles se passionnait pour le vacarme musical, que l’on cherchait à le diminuer dans les camps, au milieu de tout l’appareil de la guerre. Ainsi, au caractère vif, entraînant et vraiment martial de nos anciennes musiques militaires, jusqu’à 18 15 exclusivement, on substituait un caractère tout opposé, celui de la douceur, de la mollesse, de la tristesse même; d’abord, par rabaissement général du diapason et l’emploi des gammes bémolisées dont il a été parlé; ensuite, par l’usage fréquent des modes mineurs, et l’accumulation prétentieuse des accords dissonants les plus pathétiques; enlin par la teinte sombre et la lourdeur d’exécution inhérente aux instruments de cuivre d’invention moderne, et que l’on a soin de mettre en évidence, plus souvent que ceux dont la nature est essentiellement chantante.
(B) C’est apparemment pour remédier à eette impuissance que, dans les musiques de régiment, le chant est si souvent donné aux basses, et ses accompagnements aux parties supérieures. Ce renversement fréquent de la manière habituelle d’écrire est ce que l’on entend chaque jour, avec force mugissements des trombones et aboiements des ophycléides ! Ce n’est pas ainsi que MM. Louis et Fessy écrivaient pour les musiques de la Garde Nationale de Paris ; ce n’était pas non plus la manière d’un Munch, d’un Beer, d’un Krommer, et même, quoique à une moindre hauteur, de Michel Guebauer, dont nous avons déjà parlé.
(C) .M. Carafa, membre de l’Institut et professeur de composition au Conservatoire, s’est empressé de réparer le mal, en appelant des maîtres de hautbois et de basson dans l’Ecole régimentaire placée sous sa direction (le Gymnase musical). Mais naguère on a brusquement supprimé cette école, et l’on a envoyé ses élèves dans les cla.sses du Conservatoire. De sorte que, cette dernière institution, destinée à peupler de virtuoses les orchestres de Pal is et de la province, doit maintenant s’occuper à former des musiciens de régiments, instruits autrefois dans ces régiments mêmes par leurs chefs de musique.
(1) Ou peut en excepter les Suites de M. Krommer à douze et seize parties. De même, les morceaux composés par M. Reicha pour dix instruments, tant à cordes qu'à vent, et qu’il a intitulés Diecetti, sont de véritables symphonies.