ET AUX COMPOSITEURS
L’étude (lu solfège est indispensable à quieoiKjue se destine à la pratique de la musique, quelle que soit la partie de cet art à laquelle on se voue plus tard.
La vocalisation et le chant proprement dit ne concernent que ceux qui embrassent cette dernière spécialité.
On a déjà dit (pie l’étude bien dirigée du solfège rend moins pénible la tâche des professeurs d’instruments, les(iuels n’ont plus à s’occuper (jue d’en enseigner le mécanisme ou la manière de les faire parler; d’indiquer les moyens d’en égaliser les sons; de donner à leur ensemble l’apparence d’une voix belle et pure, et de se servir de cette voix pour chanter avec le goût, la grâce et le style le plus distingués. Cette tâche, on le voit, est encore assez compliquée, et l’on sent tout ce (pi’elle demande de temps, d’application, de soins constants de la part du maître et des élèves.
Dans le monde, l’étude de la musique, pour beaucoup d’enfants, commence par le piano. Comme de sept à huit ans la main est généralement assez développée pour les premiers exercices du clavier, le maître, après une instruction préalable mais très concise sur les signes musicaux, le nom des notes de la gamme majeure d’ut et la place qu’elles occupent sur la portée ainsi ([ue sur le clavier, aux deux clefs de sol et de fa, le maître, disons-nous, pose de suite les doigts de l’enfant sur les touches, sauf à lui faire connaître les autres signes à mesure qu’ils se présentent, et à l’instruire des règles et principes de l’art au fur et à mesure que l’occasion y donne lieu.
L’embarras de lire à la fois sur deux clefs différentes et de faire agir simultanément les doigts est plus apparente pour des hommes faits que pour les enfants : malgré leur légèreté et leurs distractions, ils ont la mémoire si prompte, si heureuse, que les difficultés qui ne tiennent qu’à cette faculté ont bienltit disparu. En outre, il y a, pour le piano, un nombre si prodigieux de morceaux ou études pour tous les degrés d’avancement, ([ue leur choix et leur progression bien entendus, conduisent promptement l’élève au de^ré de force où le travail lui devient agréable. A quoi l’on doit ajouter, que la pose si naturelle, si commode du corps; le peu de fatigue que donne l’exercice des doigts sur le clavier, exercice que l’on prolonge à peu près impunément, contribuent beaucoup à accélérer les progrès. Aussi n’y a-t-il aucun instrument sur lequel on entende un plus grand nombre de ces petits prodiges qui étonnent le commun des auditeurs, mais (pii ne prouvent à d’autres que la grande facilité d’un instrument au jeu du([uel l’exécution mécanique des doigts a la plus grande part, puisque les sons s’y trouvent tout formés; que la qualité et surtout l’égalité de (‘es sons dépendent de l’ouvrier (jui a fabriqué le piano; et leur justesse, de celui ijui l’accorde.
Sur tout autre instrument, au contraire, et avant de songer à ac(piérir la volubilité permise à sa nature, il faut passer un long temps à former les sons, avec l’archet sur les uns, avec le souflle sur les autres ; à leur donner la beauté, la pureté, la sûreté dans toute leur étendue; la justesse d’intonation qui dépend d’une oreille préalablement exercée aux rapports des sons; à se rendre propres enfin toutes les qualités exigibles.
Sans so faire une spécialité du piano, nous pensons qu’il devrait être commun à tous les musiciens (i). D'une part, il repose de rinstrunient principal qu’on a adopté sans en retarder les progrès; d’autre part, sa ])ratique est indispensable aux études d’harmonie et de composition. Les musiciens allemands s’essaient dans leur jeunesse sur un ou deux instruments à corde et à vent. De là cette facilité (ju’ont leurs compositeurs d’écrire convenablement pour tous, avant pris, soit par expérience, soit par analogie, une connaissance suffisante de leur mécanisme, et de ce (jui est cord'orme à leur nature, comme de ce (}ui s’en écarterait trop. Nos jeunes prétendants à la scène lyrique ne sentent peut-être pas assez l’utilité de ces études, sujîerficielles sans doute, et qui ne conduisent guère qu’au plus simple accompagnement ; mais qui leur sont bien utiles du moment où ils écrivent pour l’orchestre.