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ORIGINE ET PROGRÈS DE L’HARMONIE

La musique chez les Grecs anciens semblait être parvenue à son apogée, lorsque Pythagore et, plus tard, Âristoxène, disciple d’Aristote, donnèrent chacun un exposé de leur doctrine sur cet art : celui-ci fixanJ tous les intervalles par la précision du calcul, l’autre voulant qu’on ne s’en rapportât qu’au jugement do l’oreille (A).

Leurs diagrammes par quarts de ton; celui des Egyptiens et Arabes modernes par tiers de ton que nous a fait connaître Villoteau, ressemblent bien peu à notre gamme ou échelle divisée en douze demi-tons, et surtout à notre accord tempéré.

Chez eux, horreur de la simultanéité de sons différents; chez nous, besoin d’harmonie. Mais comment le goût nous en est-il venu? Quand s’est-il fait sentir? M. Fétis, dont personne ne conteste le savoir et l'érudition, nous l’apprend dans l’un des numéros de sa Revue musicale.

« IJ Harmonie, qui a commencé aux® siècle, dit-il, n’était composée que de quartes, de quintes el d'octaves, « ce que nous rejetons positivement aujourd’hui. Cela est venu de ce que les maîtres d’alors mêlaient sans « cesse à leurs principes ceux de la musique des Grecs, sans songer que si les anciens considéraient la (I tierce et la sixte comme dissonantes, ils n’employaient les intervalles regardés comme eonsonnants que « successivement, mélodiquement.

« Les écrits de Gui d'Arezzo, de 1022, ne citent encore que des exemples de ee que les musiciens du « temps nommaient dfap/iom'e, triphonie , tétraphonie (à deux, trois et quatre parties), la réforme de celte « cacophonie ne s’étant opérée que dans la seconde moitié du xi® siècle.

« Cette réforme ne se fit pas de suite, mais peu à peu ; et Tintroduction de la tierce et de la sixte donna « naissance enfin à une harmonie en rapport direct avec la composition de la Gamme. »

Longtemps incertaine et timide, cette harmonie prit le nom de déchant, ou mieux discant, deoiscANTUs, double chant. Mais l’une des parties était improvisée aux cadences finales des périodes seulement ; et quand une troisième voix s’unissait à celles qui faisaient déjà tierce majeure ou mineure, elle n’osait encore y ajouter que l’octave supérieure du son grave. Aussi, le premier qui s’avisa de remplir l’accord parla quinte de ce son grave, dût-il passer pour un bien hardi novateur.

Une autre sorte d’improvisation a été celle que , plus tard, on a appelé chant sur le livre, quand deux ou trois chanteurs, placés au lutrin, harmonisaient, fleurissaient surtout à qui mieux, et chacun à sa façon, \e plaint-chant, réservé aux voix graves. Toutefois, pour que la confusion n’allât pas trop loin, on avait établi quelques règles, non écrites, mais verbales et qui se transmettaient par tradition (B),

L’orgue, introduit de bonne heure dans les églises, dût aider singulièrement aux découvertes harmom ques, par la facilité que procure tout instrument à clavier de faire entendre plusieurs sons à la fois. Ce fut aussi ce qui arriva. On n’a employé d’abord que les accords eonsonnants , le majeur çt le mineur, en notes

d’égales valeurs à chaque partie, autrement dit, note contre note. Cette harmonie, quand elle est bien écrite, loin qu’elle soit à dédaigner, suppose du mérite dans celui qui la sait composer, et son effet, moins commun pourrait-on dire, que celui qui permet le mélange des dissonances, est tout puissant sur la multitude, comme il paraît aussi plus digne de son objet. Par exemple, est-il un être assez dépourvu d’oreille, assez barbare en musique, pour rester froid et insensible à l’audition de la sublime Prose des morts {Dies ircBy diesillœ) etc., lorsqu’on lacbante en faux-bourdon aux services funèbres d’apparat? Quelle grandeur, quelle majesté dans cette harmonie si simple ! quel respect, quel recueillement elle inspire ! Le de profundis, plus simple encore, n’est pas moins beau, moins pénétrant.

C’était probablement d’une sorte de chant sur le livre, d’un abus de broderies porté jusques à la profusion, dont \e pape Marcel II (auxvi® siècle) fut tellement scandalisé, qu’il allait supprimer toute espèce de musique dans les églises, lorsque Palestrina, inventeur d’un genre nouveau et mieux approprié au culte, vint défendre avec un si grand succès la cause de V harmonie; et, par la seule éloquence de son plaidoyer musical, fit absoudre l’art des méfaits qui ne devaient être imputés (ju’à ceux qui prétendaient l’embellir, et qui, de fait, le deshonoraient.

L’usage (pdil fit des dissonances par retards, des syncopes, des notes de passage et des imitations dans l’entrée des parties, ainsi que dans le courant des phrases, donna lieu aux théoriciens d’imaginer le contrc-poûit des cinq espèces, pour enseigner à mettre en œuvre cette nouveauté du grand maître, dont la musique , dite à la Palestrina, n’est autre chose qu’un contre-point fleuri, ou de la cinquième espèce.

Vers le même temps, l’établissement du drame lyrique, ou la représentation des scènes de la vie humaine ; son union avec la musique instrumentale qui la soutient, l’embellit et eherehe à imiter ses accents passionnés; l’opéra enfin vint affranchir le compositeur des entraves que lui imposait la sévérité du style religieux de ce temps ; et l’harmonie, avec son instrumentation, avec son luxe d’accords et de modulations commença à prendre l’essor (l).

Selon la marche ordinaire des choses, on le sait, l’art naît d’abord; la pratique, les essais, l’expérience le conduisent lentement, mais progressivement , vers un but qu’il n’aperçoit pas encore. Puis arrive le théoricien qui recueille les faits, classe les matériaux, établit des règles, pose des principes, et la science est créée.

(1) Ou sait ([U eu Italie, dès le xv' siècle, et en France au xvii', ce sont des prélats, des cardinaux; des hommes tels qiieTrissino, Angelo Politiano, Uuccellai Bibiena, Biolti, Ilichelieu, Mazarin, qui ont élevé les premiers théâtres; composant eux-mêmes tragédies, comédies, opéras, et encourageant les poètes, les acteurs, les musiciens et les chanteurs. On vit alors disparaitre les mystères, moralités, etc., dont les sujets, tirés de l'Ecriture sainte et mis en action, étaient joués sur les places publiques et dans les carrefours. DesNoéls, la plupart venus de l’Eglise d Orient, formaient toute la mus qué de ces pièces, souvent plus scandaleuses qu'édifiantes, par les boulfor.neries qu’on y avait introduites, afin de retenir des spectateurs bientôt las d’un sérieux trop continu.

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