RAPPORT ANALOGUE
Dans un instrument à cordes, si le son donné par l’une d’elles se trouve être l’aliquote d’une ou ûr j
plusieurs autres, celles-ci résonnent naturellement, sans être touchées, à l’unisson de cette aliquote. Ce lail, connu depuis longtemps, a été consigné par Duport dans son ouvrage déjà cité. Voici ce qu’il dit à ce sujet (2) :
« La note j faite sur la troisième corde en tirant l’archet avec fermeté et le levant ensuite, tait j
« résonner l’octave de la quatrième à l’unisson de cet ut donné par la troisième ; et l’on s’aperçoit qu<- î
« la vibration est double. [Voir figures 3 et 4).
(1) Ceci doit rappeler ce qu’on a dit, chapitre XV de la deuxième Partie, relativement aux son.i iKirmoniques, qui sont aussi im ‘1
résultat particulier de la manière de vibrer des parties aliquotes d’une corde. isl
(2) Il linit se rappeler ici que l’accord du violoncelle, ou le rapport de diapason de ses quatre cordes, est comme ligure 7 du quin- |
zième Tableau. , f!
« Le ^ j , pris sur !a troisième de la môme façon que le précédent , fait résonner la quatrième à <1 la 12" du son grave qui lui est naturel , c’est-à-dire à Tunisson du sol ci-dessus. La vibration est triple « dans ce cas. (Figures 5 et 0.)
« Le môme sol, })ris sur la deuxième corde, fait entendre une résonnance de plus; car, indépendam- « ment de la quatrième qui résonne par la 12% la troisième résonne aussi par son octave. Voila donc trois « cordes en vibration pour rendre le même son, ce qui lui donne beaucoup de rondeur et de plénitude (1).
» Enfin, la 15" ou double octave, la 17% la 19® et la 22® ou triple octave (ligure 8), faites sur la pre- « mière corde ou chanterelle , fait vibrer la quatrième en cinq, six et huit parties. l^Iais dès la première de « ces divisions, les vibrations cessent d’être visibles (2). »
Si ces instructions prouvent ce que nous avons déjà dit de la résonnance des cordes qui sont entre elles dans un rapport analogue, ce qui suit ne prouve pas moins la résonnance simultanée de plusieurs sons dans une seule et même corde ; simultanéité dont chacun peut se convaincre , en faisant résonner l’un des sons graves du Piano. Car la corde sur laquelle on expérimente doit avoir assez de longueur pour (jue ses oscillations , peu rapides, permettent à l’oreille de saisir les différents sons engendrés par le principal. Encore laut-il choisir son temps, selon le conseil donné par le P. Mersenne dans son Harmonie universelle.
« Dans le silence d’une nuit tranquille, dit-il, le musicien, sur sa viole (.^), peut entendre distinctement » quatre sons différents du naturel, et qui suivent la raison des nombres 2, 3, 4 et 5 (1 étant le principal), « savoir : le premier à l’octave aiguë; le deuxième à la 12®; le troisième à la 15® ou double octave; et « le quatrième à la 17® majeure. » (Fig. 9.)
Ces sons, on le voit, sont encore les mêmes que ceux des parties aliquotes d’une corde quelconque. '
SECTION III
; . SONS PRODUITS PAR LA COLLISION DE L’AIR DANS LES INSTRUMENTS A VENT.
« Un tube ou tuyau, dit Chladni (^), peut être ouvert par les deux bouts, ou fermé à l’une de ses ex- " trémités. On pourrait même supposer un tuyau fermé par les deux bouts, mais avec un trou au milieu, (I dans lecpiel on souillerait comme aux flûtes. Dans ces différents cas, la colonne d’air renfermé est le corps " sonore qui fait des vibrations longitudinales, lorsqu’elle a été mise en mouvement par les soufflets de l’or- <( gue, ou par le souffle de l’homme dans les instruments à vent. »
<( Il n’y aura pas de son si l’on souffle simplement; car cela ne produira qu’un mouvement progressif « de l’air, qui n’est pas un son : il faut que l’air, entrant par une fente étroite (l’embouchure, quelle que soit « sa forme) , ou ébranle une lame élasti([ue dont les vibrations provoquent celles de l’air contenu dans le
(1) Qu’on se rappelle encore ce qui a été dit des sons ou cordes à vide , à propos du brillant et de l’éclat des gamines où ces ci ride sont fréquemment employés.
(2) Parce que les oscillations devenant plus précipitées à mesure de l’augmentation d’acuité des sons produits ou résonnants, les courbes se rai>prochcnt et se multiplient avec trop de vitesse pour qu’il soit possible de les apercevoir.
(3) Le nom de Vida (viole) est encore donné en Italie à tous les instruments à arebet. Ou y joignait autrefois une indication particulière sur la manière de les lenir, comme Viola di bracdo, de bras (violon). Viola di gamha, qui se tient entre les jambes. (violoncelle). 11 est évident que c’est celui dont parle ici le P. Mersenne. Viola di ginocchio, appuyée sur le genou, inslrumer.l intermédiaire par ra)iport aux précédents. Tel est celui dont joue Paul Veronése, dans son beau tableau des A'üccs de Cana.
(4) Traité d’Acoustique.
(' tube, ou au moins qu’une iame mince d’air, poussée avec force , se brise contre le bord trandianl d’un « corps anguleux, et passe presipie au sens de l’axe devant la colonne d’air. »
« Les anches des hautbois, clarinettes et bassons sont les lames élastiques dont il est question ; les lèvres,
« (jue l’on serre et roidit plus ou moins, font aussi la fonction d’une anche à l’égard des instruments tels << que flûte, cor, trompette, etc. »
« Les maidères de \ ibrer, et les séries de sons ([ui en résultent, sont diîTérents si le tuyau est ouvert ou « bouché; mais dans toutes il se fait alternativement des dilatations et des condensations de l’air, de sorte « (|ue chacune de ses parties s’approche et s’éloigne successivement des nœuds de vibration ; et ceux-ci « forment des espèces de cloisons qui opj)Osent la même résistance qu’un corps solide aux couches d’air « mobile qui les frappent d’un et d’autre côté. »
On voit, par ce qui précède, comment le son se produit dans les tubes, soit de bois, soit de métal, soit de toute autre matière (0. Il y a pourtant cette difierence que, dans les premiers, la collision de l’air ne donne et ne {)eut donner ({u’un seul et unique son , tant que les doigts conservent la môme position par rapport aux trous et aux clefs. Tout au plus fait-on, malgré soi, l’octave inférieure du son qu’on a voulu faire, ce qui s’appelle oclavier (D).
Sous ce rapport, le tube de métal semble être mieux partagé ; car si les résonnances du son grave d’une corde sonore sont restreintes et restent plus ou moins dans l’ombre , elles ont au contraire force et éclat dans toute l’étendue du tube de métal , savoir : dans le trombone , à chacune des sept positions de sa longue coulisse ; dans la trompette et le cor, à tous les diapasons donnés par leurs tubes mobiles.
Ces sons qui répondent, ainsi que ceux de la corde vibrante, aux aliquotes du plus grave d’entre eux, fournissent plus ostensiblement encore de quoi construire, non seulement l’accord parfait majeur, mais aussi le mineur , et , comme on va le voir, les quatre accords dissonants dont l’etTet est le plus agréable à l’oreille, même lorsqu’ils sont frappés spontanément (E).
SECTION IV
RÉSUMÉS DES INTERVALLES ET ACCORDS DONNÉS, ET PAR LES RÉSONNANCES DE LA CORDE VIBRANTE ,