ET PAR LES SONS NATURELS DU TUBE DE MÉTAL
On a vu, figure 9, que les résonnances d’une corde sonore mise en vibration dans toute sa longueur, font entendre, outre le son de sa totalité, celui qui lui est propre : 1° son octave à laS'"; 2° sa quinte à la L2‘; 3° sa double octave à la 15% et 4” sa tierce majeure à la 17®. La figure 10 du quinzième Tableau, lettre a, présente ces quatre sons dans l’ordre de leur succession, et la lettre b de la même figure les fait voir sous l’aspect de leur simultanéité.
En rapprochant la 12® et la 17® du son grave, (figure 10, lettre c), ce qui a lieu à chaque instant dans la pratique , on a tous les intervalles appelés consormants, au nombre de sept, et qui sont Y octave, la quinte, la quarte, les deux tierces et les deux sixtes majeures et mineures. (Figure 10, lettre d.)
Maintenant, on va voir dans les sons naturels de la trompette (figure 11), que, indépendamment de ceux dont sont formés les sept intervalles de la figure 10, lettre d, il y a deux autres sons (si b et rè) , lesquels, réunis aux inférieurs, et toujours en relation de tierces superposées, fournissent les cinq accords de la
(l) On sait qu il y a des Cùles en cristal, dont M. Laurent, de Paris, est l’inTenltur et le fabricant.
figure 12. Ne voit-on pas aussi, dans ces accords, trois intervalles nouveaux, savoir : ceux de quinte diminuée mt-si'p; de septième mineure ut-si\?, et de neuvième ma]cme ut-ré ?
Mais le co’’, beaucoup plus riche d’étendue et de sons naturels que la trompette (voir figure 13), outre les intervalles et accords que l’on vient de voir , renferme dans scs sons sur-aigus un accord de plus, en ne j)renant aussi que ceux qui sont en relation de tierces superposées, et laissant les intermédiaires. Cet accord est celui de neuvième mineure mi-sol ^-si-ré- fa. (Figure 14.)
Voilà donc six aceorJs, parmi lcsf[ucls deux seulement sont consonnants. Les quatre autres, à cause de la (]uinte diminuée, de la septième mineure et des deux neuvièmes majeure et mineure, dissonent sans doute, mais d’une façon si douce, qu’entendus inopinément, ils n’ont rien (pie d’agréable à l’oreille, (juoique saisissants de leur nature. Tout ce qu’ils exigent, c’est d’étre immédiatement suivis d’un autre accord sur les notes duquel les dissonances trouvent à se reposer, ou, comme on dit, font leur résolution. (Voir la figure 15, lettres e f (j h, pour la résolution la plus simple et la plus ordinaire de ces quatre accords dissonants (1) (F).
Si le vœu de la nature, en ceci, est que nous jouissions de ses dons, elle nous permet aussi d’en user à notre gré; de choisir, de modifier, d’étendre ou de restreindre, de mêler ou de séparer. C’est donc moins un ou deux accords qu’elle nous donne, qu’une série d’intervalles qu’elle met à notre disposition. Et comme elle étend à des diapasons divers le son producteur de ces mêmes accords, ainsi cpic les résonnances des corps sonores en général, elle semble nous inviter à les approprier à notre usage. En définitive, si elle ne nous fait entendre rpie deux accords, elle nous donne de quoi en faire vingt autres.
C’est ainsi qu’en essayant de reproduire des accords de trois, de cpiatre et de cinq sons .sur les sept degrés de la gamme, et de placer alternativement à la partie grave les différents sons de ces accords, on a obtenu, d’une part, des septièmes et des netivièmes dissemblables entre elles, autant qu’avee celles des figures 12 et 14, (piant à la nature et à l’amalgame des tierces superposées ; et que, d’autre part , on a recueilli de nouveaux effets de la mutation des sons de ces accords, ou de ce qu’on a appelé leurs renversements. (\'oir les ligures K) à 21 du quinzième Tableau et les observations y annexées.)
Les altérations que l’on fait subir à une ou plusieurs notes d’un accord ; les sons cpii , en se prolongeant, deviennent autant de retards de ceux que l’oreille réclamait ; les notes de passages, les syncopes, les anticipations ; enfin les successions d’accords divers sur un son tenu à la partie grave, et qu’on nomme pédale ou tenue ; toutes ces variétés et modifications constituent V Harmonie artijicielle, appelée ainsi par opposition à V Harmonie naturelle, que Catel, auteur de ces dénominations, n’a composé que des six accords des figures 12 et 14.
On peut supposer, avec assez de probabilité, que les notes de passage, dont l’imagination des ebanteurs ne tarda pas à feurir le plain-chant, donnèrent naissance aux accords dissonants, ceux de septième surtout.
Par exemple, dans la formule du cadence parfaite (repos de la période musicale), si l’on n’y admet que des accords de trois sons, l’une des parties, celle qui double la note grave de l’avant-dernier accord , par suite de la position prise, descend de tierce, mais de manière à rendre un peu vague la cbùte de cette partie. (Figure 22, lettre a.)
Si, au contraire , on remplit l’intervalle de tierce par une note de passage, ce changement, tout léger
(1) Ces résoiiilions, qui se font clans le mode el la gamme auxquels appartient pins spécialement cliaqiie accord dissonant, .sont aiipelees résolutions n'gulUref, par opposition aux résolutions cxccplionncllcs , ou tromjxrses pourrail-on dire, k'.squcllcs ont l.eii sur d’au! les accords.
qu’il est, donne déjà plus de grâce à la conclusion de cette partie (fig. 22, lettre b) -, et cette note passagère, «ntroduite dans l’accord majeur du 5® degré de la gamme, donne la septième mineure provenant des sons successifs du tube de métal.
Il n’est pas moins permis de supposer que l’origine des autres septièmes est provenu d’emplois pareils des notes de passage. (Fig, 22, lettre c.)
D’autres accords dissonants peuvent fort bien aussi avoir été le résultat de petites notes , de port de voix, d' altérations, etc.
Ainsi, que l’on fasse la cadence figure 23, lettre rf; ensuite, que l’on ajoute rut comme petite note supérieure du si, la même barmonie n’en sera pas moins bonne. (Figure 23, lettre e.)
Que cette petite note soit d’un quart de la valeur du si, ou qu’elle en soit la moitié, la dillérence est peu de chose, et, de cette façon, permise et usitée, l’agrément est plus moderne, plus selon notre goût présent. (Figure 23, lettre f.)
De là encore à unir cette petite note à celle qui la précède, comme ferait une préparation, il n’y a qu’un pas, et l’on obtient alors, par cette prolongation, le retard de tierce , connu sons le nom d'accord de (piarte et quinte. (Figure 23, lettre g.)
Les retards de sixte, d’octave et autres, n’auraient-ils pas enfin une origine semblable? (FoiV figure 24, lettres a b c d e f g).
Quant aux altérations , voici une anecdote que le doyen des inspecteurs de l’enseignement au Conservatoire, Gossec, racontait à ses élèves.
Un chanteur, à certain endroit de son motet (C, avait à formuler un repos ou cadence imparfaite sur le o“ degré de la gamme mineure, repos amené par les accords de la figure 25.
Ayant prié l’organiste, son accompagnateur, de ne faire à cet endroit que les notes inférieures de l’harmonie et de lui abandonner les supérieures, il lui fut permis d’exécuter ce qu’il avait conçu en méditant sa partie, c’est-à-dire ce qui est noté figure 26.
Le passage fut admiré et devait l’élre à sa naissance ; mais chacun s’en étant emparé, on le prodigua, comme il arrive et comme il arrivera toujours. Il est devenu banal.
Cette anecdote, à laquelle le conteur paraissait ajouter foi, ne pèche pas du moins contre la vraisemblance. En la supposant authenticiue, les théoriciens du temps ne manquèrent pas apparemment d’apercevoir dans le passage élégant du chanteur deux accords nouveaux dont ils devaient enrichir l’harmonie, savoir : ceux de quinte et de sixte augmentées, dont la préparation, par les mêmes sons non altérés, fut longtemps obligatoire (2).
C’est ainsi que, par des recherches, des essais, des expériences réitérées, on a, de loin en loin, découvert des effets nouveaux plus ou moins heureux. Puis des novateurs sont venus enchérir sur le tout par leurs licences , passablement excentriques quelquefois. Cependant , quand ces novateurs ont du génie ; quand leurs ouvrages offrent des beautés réelles à l’admiration publique, leurs excentricités mômes, inaperçues du vulgaire, ne tardent pas à être reçues, au moins dans un silence de bon ton, par ceux-là même qu’elles avaient le plus choqués. Alors le théoricien s’empare de ces données ; il en tire des consécpiences, en déduit
(1) Morceau de musiiiue relii’ icusc en deiiors de roffice, et exéciilé par un seul cliauteur.
(2) En écrivant le passage du chanteur dans une partie intermédiaire, et en ajoutant une quatrième partie, on a pu former deux accords non moins usités aujourd’hui r 1“ celui de quarte et sixte augmentées ; 2“ celui de sixte augmentée avec quinte inaltérée. (Eigures 27 et 28.)
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(IfS règles , des préceptes ; il classe enfin ces richesses dans ses ouvrages didacliipies, selon sa manière de les envisager, et les éludes sont dirigées d’après ces dépôts des connaissances acquises, jusqu’au temps où Fart et la science, enrichis de nouveau, provoquent d’autres méthodes, font concevoir de nouvelles théories.
Nous devons donc présumer que cet ouvrage, ainsi que selui qui en est la suite (t), pour être les derniers venus aujourd’hui , ne seront pas les derniers qu’on publiera sur les mêmes matières. D’autres viendront qui feront plus, ([ui feront mieux surtout. Nous nous en félicitons par avance, et pour l’art et pour ceux qui le cultivent. Mais s’il nous était permis de penser que nos études, nos réflexions, notre expérience nous avaient conduit à la découverte de quelques vérités utiles, nous nous serions cru hlamahle de ne les avoir pas dites. C’était un devoir de notre profession ; c’était surtout un besoin de notre sollicitude pour cette jeunesse studieuse qui n’a ]ias cessé de nous inspirer tout l’intérêt qu’elle mérite.