RÉFLEXIONS SUR CE CHAPITRE
Il est curieux de voir que le système musical des Arabes et des Egyptiens modernes est liasé pareillement sur une sorte de diagramme enharmonique qui procède par tiers de ton, ainsi que nous l’apprend feu Villoteau dans son intéressant ouvrage sur la musique moderne de ces deux peuples.
Employé mélodiquement (ils rejettent encore l’harmonie) , ce genre est pour eux ce qu’était pour les Grecs anciens leur diagramme par quarts de ton, une manière de conduire le chant sur certaines cordes données.
«Pour nous, dit J. -J. Rousseau, en parlant du genre enharmonique, c’est une manière de conduire « l’harmonie qui force les parties à suivre les intervalles prescrits par ce genre. De sorte qu’il appartient « plus à l’harmonie qui l’engendre qu’à la mélodie qui le fait sentir.
« Ce genre , le premier inventé par les Grecs avant les deux autres , a été aussi le premier abandonné. « Car si , de son côté, Aristoxène dit que, jusqu’au temps d’Alexandre, le diatonique et le chromatique étaient «négligés des anciens musiciens, et qu’ils ne s’exerçaient que dans le genre enharmonique, comme le seul «digne de leur habileté, d’autres auteurs ont dit plus tard que son extrême difficulté le fit abandonner à « mesure que l’art gagnait en combinaisons ce qu’il perdait en énergie, et que l’on suppléait à la finesse de « l’oreille par fagilité des doigts. Aussi Plutarque reprend-il vivement les musiciens de son temps d’avoir « perdu le plus beau des trois genres, et d’oser dire que les intervalles n’en sont pas sensibles ; comme si « tout ce qui échappe à leurs sens grossiers , ajoute-t-il , devait être hors nature. »
HOTES DE CHAPITRE XHlll.
(A) Ces deux notes sont écrites dans l’ordre contraire de leur degré d’élévation-, car si, à cause du nom de chacune, elles sont ascendantes comme degrés, leur altération opposée les rend descendantes comme diapason, puisque ré \? est inférieur à d’un tiers de ton environ. Or, si le tiers de ton est moins qu’une seconde mineure (demi-ton), il n’est pas pour cela un unisson, et l’on ne peut guère lui appliquer d’autre dénomination que celle de seconde enharmonique. C’est ce qu’on a fait au n“ 8 du septième Tableau , où la môme qualification a été donnée à la quarte, à la quinte et k l’octave doublemenî diminuées ou augmentées.
(B) Certains professeurs de solfèges qui aiment à jeter quelques mots grecs à travers leurs leçons, disent à leurs elèves que le ton (la seconde majeure) est composé de neuf commas, dont quatre pour le demi-ton diatonique (M(-réb), et cinq pour le demi-ton chromatique (m(-m< J), ce qui détruit déjà l’idée de leurs synonymes. Mais ce n’est pas tout; outre qu’un si petit intervalle n’est appréciable que par le calcul et nullement par 1 oreille, il est faux qu’il n’y ait qu’un comma, un neuvième de ton entre deux notes dont la marche naturelle est aussi différente, aussi opposée. Le seul instinct musical devait faire rejeter cette assertion, dont Rousseau se moquait déjà dans son dictionnaire de musique, publié en 1775. Le tiers de ton, au contraire, se conçoit d autant mieux qu’une oreille attentive le saisit aisément , et qu’on peut le faire sentir avec la voix ainsi qu’avec les instruments dont les sons, n’ayant pas une fixité précise et mécanique, sont modifiables à volonté dans leur diapason, soit par le placement des doigts, soit par le plus ou moins de pression des lèvres.
(1; î. !ii. LSi i;;einbies de la savante Commission allaeliéc à l'expédilion française en Egypte (1798).