DES NUANCES ET DE L’ACCENT
On a donné le nom de Nuances aux divers degrés de force ou de douceur imprimés à un ou à plusieurs sons. Les unes s’indiquent par des mots, les autres par des figures convenues.
Les nuances principales sont le forte, fort; le piano, faible ; le mezza voce, à demi-voix; ou mezzo saono, à demi-son ; poco forte, un peu fort.
Forte et piano ont leurs augmentatifs qui sont ; fortissimo, très fort, et pianissimo, très faible. Souvent aussi ces derniers n’ont d’autre indication que leurs initiales doublées de cette sorte : FF, PP ou ff et pp.
Dolce se modifie par più dolce, plus doux ; molto dolce , très doux ; sotto la voce, sous la voix, ou la partie cliantante en général.
Dolce et piano n’ont pas tout à fait la môme signification, ou la môme expression ; car si piano veut dire faible de son, dolce suppose la graee unie à la douceur.
Chaque nuance se continue jusqu’à ce qu’une autre lui succède; mais si l’on doit aller du fort au faible, ou du faible au fort sur une phrase tant soit peu étendue, on écrit, entre les lettres PF ou F P, les mots crescendo en croissant , ou decrescendo, en décroissant.
Lorsque le premier de ces mots doit servir à un certain nombre de mesures, on ajoute ceux-ei ; poco a poco, peu à peu. Le deuxième a pour équivalents diminuendo, morendo, mancando, perdendosi ; en diminuant, en mourant, en se perdant.
Quand ces mômes nuances ont lieu sur un dessin de quelques notes seulement, on se sert d’une espèce de chevron que l’on trace au-dessus ou au-dessous du dessin qui le réclame.
Voici sa figure :
Plus raccourcis, ces chevrons se plaeent sur une seule note, ou se répètent de cette façon : JJ J J; et dans le sens contraire : JJ J J. Ce dernier est presque toujours remplacé par les expressions assez
significatives de sforzando, rifforzando, en renforçant , ou par leurs abréviations , sfz, rinf.
Le premier des petits chevrons, celui du fort au faible, a pour équivalent les initiales rapprochées de forte et piano, F P ou fp. Enfin les deux chevrons réunis présentent une losange couchée. Ex. 0-- Placée sur une note d’une certaine durée, elle indique la mise de son, c’est-à-dire l’émission particulière du son, en le renforçant et le diminuant progressivement, ce qu’on appelle son fié. Filer le son consiste à l’émettre fort doux, à l’enfler peu à peu jusqu’à un certain degré de force, et à le ramener ensuite, par une gradation inverse, à sa première nuance de douceur.
La losange se place encore, ou se suppose, au-dessus de toute note accompagnée de cette figure qu’on
appelle Point d’Orgue. On le rencontre assez volontiers à la pénultième ou à l’anlé-pénultième noie des deux cadences principales (la parfaite et l’imparfaite) dans les grands airs de chant, et dans les morceaux de musique instrumentale appelés Concerto. C’est aussi dans ces occasions (juc les habiles enrichissent le point d’oryue de traits, de roulades, de passages divers, dans lestiuels, livrés à eux-mêmes, ils font connaitre leurs moyens particuliers, les ressources de leur imagination, et ce qu’ils ne doivent qu’à eux seuls.
Dans la cadence imparfaite, laquelle a lieu sur l’accord du cimiuième degré, le trait ne doit pas être long; attendu que rien ne doit effacer l’impression de l’accord sur Icciucl se hiit le point d’orgue.
Le signe se voit encore sur ce ({u’on nomme Point d’arrêt et point de suspension. Dans ce derniei , le trait est fort court ; deux ou trois notes suffisent quelquefois, ou bien un simple Trille cl sa terminaison (t l Les n°* 3, 4 et 5 du treizième Tableau présentent des points do suspension.
Dans le point d'arrêt, on quitte la note surmontée du signe -O' presque aussitôt (pi’on l’a prise, sans \ rien ajouter. L’indication est donc vicieuse. On devrait plutôt donner une valeur déterminée à cette note, et placer le signe sur le silence qui la suit, non sur la note même, ainsi qu’on le fait à tort.
On aura plus d’une fois occasion de signaler des irrégularités dans la manière trop arbitraire dont s’écrivent certains détails entendus différemment, aussi bien par les exécutants que par les compositeurs, et qui, mal interprétés, ôtent à l’exécution une partie de sa clarté, de sa netteté et de son ensemble.
Quant à I’Accent, il lient à la nuance donnée à une série de sons, qui veut, en thèse générale, que dans un dessin de notes quel qu’il soit, les sons ascendants augmentent graduellement de force (dans la proportion de la nuance indiquée) , et que les sons descendants diminuent successivement d’intensité. Cette règle observée, même entre deux sons placés à une distance quelconcjue l’un de l’autre, leur donne la nuance, l’expression, Vaecent convenable. Rarement fait-on le contraire, à moins que le compositeur ne l’ait prescrit, en écrivant, pour ce cas particulier, le signe par lequel il avertit de son intention.
D’ailleurs, il y a deux excès desquels il faut également se préserver : l’un où la douceur devient presque du silence ; l’autre où la force dégénère en dureté.
On peut jouer fort sans forcer, et doux sans éteindre le son. Pourtant c’est assez le défaut ou la manie de ceux qui, malgré leur prétention contraire, suppléent au sentiment vrai (jue la nature leur a refusé, par un sentiment factice qui ne trompe que le vulgaire ; mettant à la place de celte expression de conviction si .sympathique, une expression de convention qui ne touche personne. Ils pensent faire des contrastes , des oppositions, et ne font en réalité que des disparates.