‹ Le professeur de musiqueChapitre 59 sur 174 · DE LA SYNCOPE · texte numérisé non relu

DE LA SYNCOPE

Une phrase de chant dont chaque note remplit une mesure binaire se conçoit tout d’abord , parce que cette marche est tout ce qu’il y a de plus simple. Mais si, par une singularité (jui a pourtant son elTet en musique, ce même chant commence au second temps de la mesure et se prolonge sur le premier temps de la mesure suivante, pour continuer ainsi du temps faible au temps fort, alors cette allure boiteuse, incertaine, bizarre, donne à ce même chant quelque chose de contraint, d’embarrassé, qui est en effet le propre de ce qu’on appelle Syncopes ou notes syncopées.

Ce qu’on avait fait d’abord de la partie faible à la partie forte de la mesure, on le fit bientôt de la partie faible d’un temps à la partie forte du temps suivant; et l’usage ayant peu à peu accoutumé à cette manière, elle s’est étendue au demi, au quart, au huitième de temps.

Depuis qu’on ,use fréquemment de la syncope, son exécution n’est plus qu’un jeu pour le praticien ; mais le commençant ne s’y habitue pas toujours promptement : il ne pourrait même s’y faire , sans le secours d’une autre partie (ordinairement la basse) qui marque le temps fort , ou la partie forte des temps. En effet, si, d’une part, on suppose l’absenee de cet auxiliaire ; si, d’autre part, on s’abstient d’indiquer ostensiblement les temps de la mesure, les habiles eux-mêmes ne pourront se flatter de donner une durée égale aux notes syncopées, pour peu que leur succession se prolonge.

Puisque la syncope ne peut se passer d’une partie qui l’accompagne, elle est donc plus barrnomquë que mélodique. Aussi, n’en fait-on point usage dans les chants que l’on veut rendre populaires, et généralement dans la musique vocale; au lieu que, dans l’instrumentale, elle est fréquente et d’un effet toujours certain.

Le n° 1 des exemples donnés au neuvième Tableau présente un chant très simple, composé d’unité seulement. Au n° 2 le chant est le même, mais ses valeurs sont réduites de moitié. Elles ne sont que des ([uarts au n° 3.

Dans les exemples suivants (4, 3 et 6), les syncopes sont présentées en valeurs relatives des n”M, 2 et 3 auxcpielles elles se rapportent ; car deux blanelies, liées ou frappées, équivalent à une ronde ; deux noires à une blanche ; deux croches à une noire, etc. L’exécution ne change môme pas ici, sauf le point de départ, c’est-à-dire le temps de la mesure par le(}uel on commence.

La liaison placée au-dessus des notes syncopées indique, comme on le sait, que les deux n’en font qu’une, (jue le son est prolongé, non répété.

La bonne exécution de la syncope consiste à l’attaquer avec un peu plus d’énergie que les autres notes, proportionnellement à la force donnée aux précédentes ou à la nuance indiquée ; après quoi on laisse s’écouler le son, sans faire autrement sentir la seconde moitié de la syncope, sans pousser le son, comme font les écoliers mal enseignés, ou (jui, n’ayant pas le sentiment de la mesure, pensent la mieux observer par ce moyen que réprouve le goût.

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